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Le Comorien est-il responsable de sa pauvreté?

Le Comorien est-il responsable de sa pauvreté?

Par Omar Ibn Abdillah Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed

     Le peuple comorien fait face depuis la nuit des temps à des problèmes comportementaux qui influent et bloquent systématiquement toute forme de développement socio-économique du pays. Il est temps de repenser l’économie et les politiques de développement de notre pays. Nos intellectuels ont toujours mis un accent sur les questions apparentes et matérialistes qui frappent presque tous les pays pauvres tels que le chômage, le manque d’infrastructures, la famine. Cependant, le vrai problème réside dans notre comportement, de l’individu à la société. Nous autres Comoriens ne faisons que juger et critiquer nos dirigeants sans nous remettre en cause. En tant que citoyens, nous devons nous demander ce qu’on a fait pour notre pays. En quoi notre attitude influe-t-elle sur son développement socio-économique? Est-ce vraiment la faute de nos dirigeants, ou de la société elle-même? Une société fondée sur des bases ancestrales coutumières du «Anda», d’une religion qui n’a plus ces repères et où la jeunesse est atteinte par le syndrome de Peter Pan.

     Au cours des dernières décennies, la recherche sur les sciences naturelles et sociales a développé des théories stupéfiantes sur la façon dont les individus pensent et prennent des décisions. Alors que les gens posent toujours comme hypothèse que les décisions sont prises de façon délibérative et autonome, selon des préférences logiques et des intérêts personnels, de récents travaux montrent qu’il n’en est presque jamais ainsi: on pense de façon automatique – au moment de prendre une décision, les individus utilisent généralement ce qui vient naturellement à l’esprit; on pense de façon sociale – les normes sociales influent en grande partie sur notre comportement et bon nombre de personnes préfèrent coopérer tant que les autres coopèrent; et on pense par modèles mentaux – ce que les individus perçoivent et la façon dont ils interprètent ce qu’ils perçoivent dépendent de visions du monde et de concepts issus de leurs sociétés et d’histoires communes.

Sommes-nous esclaves de la belle tradition du «Anda»?

     À l’origine, le «Anda» symbolise le Grand Mariage, mais est devenu un phénomène social qui joue un rôle primordial dans la vie de chaque Comorien. Je ne vais pas ici faire un bilan global du mariage et dire qu’il est mauvais ou pas, car ce serait ignorer les maintes ramifications, irremplaçables et essentielles dans le déroulement de la vie aux Comores et qui ne relèvent pas du seul domaine économique. Les effets du «Anda» tels que la gestion du quotidien, la structuration villageoise, le maintien d’une cohésion sociale et l’établissement de systèmes de gouvernance à l’échelle locale et régionale nous permettent de voir à quel point ce phénomène est ancré en chacun de nous depuis notre naissance. Notre conduite et notre prise de décisions est programmée tel un robot dès notre jeunesse à suivre et respecter tout cela au risque d’être traités de non désirables, d’être bannis dans la société ou même au sein de nos propres maisons. Tout Comorien digne de ce nom en sait autant que moi sur cette question et beaucoup d’intellectuels y ont laissé leurs marques. Nous devons apprivoiser la tradition à la lumière de la modernité de manière à ce qu’elle ne s’oppose pas aux nécessités de développement économique et social.

L’Islam est-il un frein pour le développement?

     La religion joue un rôle fondamental en tant que déterminant du développement économique d’une région donnée et dispose d’un impact considérable sur la formation et l’évolution du corpus juridique et institutionnel d’une société, qui est lui-même un déterminant majeur et reconnu de longue date du développement économique. Dans les pays musulmans, l’influence de l’Islam est si envahissante qu’elle empêche de nombreux États comme les Comores de s’interroger sur les vraies raisons de leur retard. Toutes les réponses apportées sont religieuses… Si les choses vont mal, nous sommes punis par Dieu pour avoir abandonné le droit chemin comme on a tendance à le souligner quand on est confronté à la mort: «C’est la volonté de Dieu», et on met de côté toutes les causes médicales. Toutefois, comme on peut le constater dans plusieurs pays musulmans comme les Émirats Arabes Unis, le Qatar et l’Arabie saoudite et autres qui sont très avancés, aucune religion ne peut être «par essence» défavorable au développement économique, puisque l’effet de ses dogmes est contingent aux conditions économiques, sociales et historiques du moment.

     Dans notre cas aux Comores, la pratique des lois islamiques que ça soit dans le collectif ou l’individualisme laisse à désirer, surtout avec la nouvelle génération de «musulmans non pratiquants» semblant croire qu’il suffit, pour être musulman, de le déclarer avec la bouche et cela, même si on n’applique rien des obligations de l’Islam. Le Pharaon savait que Moussa était vraiment un messager d’Allah et qu’Allah est le seul vrai Dieu. Allah dit:

«Ils les nièrent injustement et orgueilleusement, tandis qu’en eux-mêmes, ils y croyaient avec certitude. Regarde donc ce qu’il est advenu des corrupteurs» (XXVII, An-Naml, Les Fourmis, 27).

     Tout cela, pour dire qu’aux Comores, nous n’avons plus nos repères dans la religion mais on tâtonne. Nous devons soit nous déclarer en pays laïc, soit nous comporter en vrais musulmans pour le bien de notre développement.

     La jeunesse comorienne est-elle une bombe à retardement?

     De nos jours, nous jeunes Comoriens, n’avons pas conscience de notre responsabilité à être les élites de demain. On peut trouver plusieurs jeunes qui ne vivent que par le biais de leurs parents et dont le quotidien se résume à la place publique comme beaucoup de chez moi à Mitsoudjé, dont je suis sûr sont actuellement à l’esplanade Mhandadjou. Certains choisissent de s’inscrire à un parti, se rendre à des meetings… Bref, l’engagement politique semble présent, et dans beaucoup d’autres secteurs. Ces nouveaux militants ont comme objectif de faire bouger les choses dans notre pays. Défendre les intérêts de la jeunesse paraît être leur préoccupation majeure. Ils se lèvent ainsi pour revendiquer leur droit à des conditions de vie décentes. Ces jeunes Comoriens longtemps défavorisés, veulent à travers leur engagement, avoir la liberté de choisir leur mode de vie. Et s’il n’y avait pas à choisir et que nous étions réduits à un seul mode de vie: la pauvreté ? Devraient-ils abandonner et continuer à critiquer les dirigeants sans bouger le petit doigt ou brandir le drapeau national et construire leurs vies par leurs propres mains?

     Plusieurs études montrent de façon concrète comment ces théories s’appliquent aux politiques de développement. Une meilleure compréhension et une vision plus subtile du comportement humain peut générer de nouveaux outils d’intervention et aider à atteindre des objectifs de développement a beaucoup d’égards – développement du jeune enfant, situation financière des ménages, productivité, santé et autres. En apportant même de légers ajustements au contexte décisionnel, en préparant les interventions sur la base d’une compréhension des préférences sociales et en exposant les individus à de nouvelles expériences et de nouveaux modes de pensée, on peut créer de meilleures conditions de vie.

     Cependant n’y a-t-il pas un danger à essayer de changer les normes culturelles et religieuses d’une communauté par un «big push» visant à modifier rapidement l’équilibre culturel d’une population, et donc ses normes coopératives? Comme dit l’adage, «qui va doucement, va sûrement». Il y a beaucoup à faire pour ce beau paradis et jeune pays, les Comores pour notre développement socio-économique et cela ne dépend que de notre mode de vie à l’échelle individuelle et collective à nous tous, peuple comorien, car c’est uniquement ensemble qu’on mènera le bateau à bon port.

Par Omar Ibn Abdillah Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed,

Étudiant en Économétrie

Université d’Antananarivo

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© www.lemohelien.com – Mardi 7 juin 2016.

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