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Leçons des dernières élections présidentielles

La publication des résultats du deuxième tour des élections présidentielles aux Comores confirme un changement de mentalités par rapport à la démocratie galopante dans le pays.

Tout le monde reconnaît que la coalition UDPC au pouvoir vient de perdre plusieurs grandes villes des Comores, dont la capitale, Moroni, mais aussi d’autres agglomérations importantes, comme Mitsamiouli, Iconi, Mutsamudu et Fomboni même si cette coalition constituée autour du parti au pouvoir conserve un grand nombre de localités.

L’opposition, elle, incarnée par la CRC/ JUWA revendique une large victoire lors d’un scrutin qui, si les résultats se confirment, constituerait la vraie première défaite du parti au pouvoir depuis l’arrivée aux affaires du président Ikililou Dhoinine avec ses colistiers Mohamed Ali Soilihi et Nourdine Bourhane.

Cette perte de Moroni, qui doit être validée par la Cour Constitutionnelle est un événement sans équivalent dans l’histoire récente de la Troisième République aux Comores. La perte de ces élections constitue un véritable revers électoral de la coalition au pouvoir.

D’abord, il y a ce symbole de Moroni, la capitale, qui avait toujours observé une certaine neutralité même au moment où feu Abbas Djoussouf incarnait l’opposition par rapport aux régimes d’Ali Soilihi, Abdallah, Djohar et Mohamed Taki. Il y a ensuite le symbole de la ville Iconi, qui a élu Azali Assoumani aux dépens de leurs deux gendres Mohamed Ali Soilihi et Nourdine Bourhane, ce qui a d’ailleurs suscité la colère de la ville de Mbéni, terre adoptive de Mamadou.

Et puis, il y a toutes les autres localités de Mitsamiouli, fief du colistier de Mamadou dans lesquelles la désormais ex-opposition s’installe. La messe est dite. Reste à savoir comment peut-on interpréter la perte de ces localités. Un diplomate africain en poste à Moroni croit bien qu’il s’agit d’un rejet de la politique présidentielle depuis l’alternance de 2006. Cette élection a montré malgré tout que les Comores étaient aussi une démocratie. Il faut s’en réjouir même s’il y a eu des couacs dans l’organisation, mais fondamentalement le scrutin s’est relativement bien passé, ajoute-t-il.

Dans ce contexte électoral, il est difficile de faire des analyses objectives par rapport aux élections dans un pays où l’État a failli à renforcer l’État de droit, les mensonges et les calomnies, conséquences de la tradition orale ne font que ternir l’image d’un pays et d’un peuple. Les analyses fallacieuses et infondées des roulures du régime, notamment, M. Abdoulaziz Riziki, le nouvel albâtre et griot de Mamadou prouvent combien le régime est aux abois.

Cette fois-ci, outre l’impossibilité d’organiser des élections à Mayotte, l’abstention a été très forte pour ce deuxième tour des élections présidentielles. Peu commenté, ce chiffre est rapidement relégué au rang d’information de seconde importance une fois les résultats connus. Et pour cause, une abstention massive tend à décrédibiliser le principe des élections et donc le système républicain lui-même. On se focalise sur les couacs et sabotages observés dans certains bureaux de vote notamment à Anjouan. Où était l’autorité publique censée sécuriser les opérations électorales ? Qu’elle était la réaction de la gendarmerie et la position du procureur de la République ? N’est-il pas rationnel de parler de désistement ou démission totale de l’État ? N’aurait-il pas été sage pour les vices présidents et leur Ministre de l’Intérieur de se remettre en cause et rendre leurs tabliers au lieu de s’autoproclamer élus ?

Aussi, l’autre donne qui préoccupe est celle de l’abstention et des non inscrits. Ces Comoriens en âge de voter, mais qui ne sont inscrits sur aucune liste électorale représentent pourtant plus de 20 % de la population majeure au Comores. Ces jeunes s’étaient mobilisés pendant la campagne et étaient omniprésents. Bien qu’aucune statistique officielle n’en fasse référence, il est facile de calculer leur nombre en retranchant le nombre d’inscrits du total de la population majeure.

À cette donne, s’ajoute la liste de la diaspora dont l’actuel Ministre de l’Intérieur avait miroité et laissé entendre que cette frange importante allait voter en 2016. Un Ministre d’un Gouvernement qui n’a jamais tenu parole ne pourrait pas honorer ses engagements. Et en conséquence, à quoi servirait son élection ? Cela prouve, s’il en était besoin, à quel point le peuple comorien est lassé du jeu politique qui lui est imposé.

Il est important de constater que la défaite de l’UDPC ne vient pas que de son mauvais score. La transformation géographique et sociologique de cette coalition est encore plus intéressante. De ce point de vue, il faut regarder avec attention les cartes des votes du 1er tour et les comparer à celles du deuxième tour. Vous comprendrez d’où vient le malheur des Comoriens en pareilles circonstances.

En attendant la proclamation officielle des résultats des élections présidentielles, que dit le Ministre de l’Intérieur, chantre du Gouvernement par rapport à l’immigration qui a fait périr quelques dizaines de Comoriens dans la région de la Méditerranée ? Et la délinquance souvent arrimée au candidat Mamadou ? Et le chômage de la jeunesse, espoir de demain ? Et les ordures qui embaument la capitale des Comores ? Où en est-on avec le patrimoine foncier de Handuli ? Et pourquoi soudainement le dossier des Bidouns Kowetiens surgit à un moment où les Bidouns Emiratis sont à l’origine de beaucoup de malheurs et d’une mauvaise réputation des Comores ? La loi électorale en cette phase en dit long et est tranchante. Que l’Union Européenne le sache ! Les Comores en ont marre d’être considérées comme un laboratoire de gestion de crises. Le dernier communiqué de la Commission Paix et Sécurité de l’Union africaine l’a souligné pour ceux qui savent lire les communiqués de ce genre. L’Envoyé spécial de l’ONU aux Comores, M. Haile Menkarios a du pain sur la planche pour pouvoir persuader le perdant et le mettre sur le droit chemin.

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