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Les Comores à la croisée des chemins

Les Comores à la croisée des chemins

Le développement est-il possible sans retour aux fondamentaux?

Par Toihir Abdou Kari

     Dans ce contexte comment peut-on définir un citoyen comorien? Est-ce que c’est l’individu mélanoderme, qui possède la nationalité comorienne ou bien celui qui est dépositaire et garant de la tradition comorienne? Est-il celui du paradigme comorien? En effet, avant d’esquisser un début de réponse, il est évident de rappeler que cette question est tellement vaste qu’elle mérite tout le sérieux des sociologues, ethnologues et des anciens gardiens de la mémoire.

Les Comores sont situées au sud-est de l’océan Indien, entre l’Afrique et la Grande Île, Madagascar. C’est un petit archipel de 4 îles: Mohéli, Mayotte, Anjouan et Grande-Comore (Ngazidja), dans lesquelles vit un peuple bantou, venu d’Afrique. Ce peuple nomade se déplaçait en fonction des eaux.

Mais, pourquoi depuis plus de 43 ans d’indépendance, la vie politique comorienne a connu des périodes très agitées ce qui, in fine, rend quasi-impossible tout développement socioéconomique? Face à ces blocages, les Comoriens croupissent dans une pauvreté totale: une véritable carence au niveau de l’Éducation, au niveau sanitaire, une pauvreté réelle surtout au niveau alimentaire. Bref, rien ne va au pays des Îles aux Parfums. Ils vivent depuis 43 ans dans un désespoir total. Mais, pourquoi alors cette constipation en matière de développement?

Pays pauvre très endetté

     Ainsi, ayant vécu depuis des décennies dans un État léthargique, un État en état cliniquement mort, nous avons pris le temps un instant de nous interroger sur le comment de ce pays qui tarde toujours à décoller sur le plan du développement socioéconomique? Tous les pays pauvres très endettés sont dans un début de développement? Sauf les Comores! C’est le lieu et le moment de poser le diagnostic réel qui fait que nous sommes toujours dans un État de paupérisation absolue. Un constant simple: comment développer un pays avec des citoyens pétris par une éducation et spiritualité venues de l’extérieur? Les Comoriens, le peuple noir, sont les seuls au monde à croire que leur évolution sociétale, spirituelle viendrait des valeurs d’autrui. Et, pourtant, ils sont les initiateurs de la civilisation de l’humanité, à en croire les scientifiques.

Pour commencer, il faut savoir qu’à la naissance de tout Comorien, celui-ci embrasse différentes cultures, notamment arabo-musulmanes et occidentales au travers des écoles coraniques et primaires. Plus tard, il poursuit son cursus universitaire en Arabie ou en Occident. En réalité, à la fin de son cursus universitaire, il finit par acquérir un paradigme occidental ou arabe et, bien entendu, dans une totale ignorance des fondamentaux de la tradition originelle des Comores, le pays qui a vu naître leurs ancêtres.

Aliénation

     C’est un paradoxe d’être le peuple qui valorise l’éducation et la spiritualité des autres au détriment des siennes. À ce stade, la colonisation et l’aliénation mentale ont atteint un degré de non-retour. Nous sommes devenus des Arabes et des Occidentaux qui habitent ce véhicule (corps) à la peau mélano-dermique. Mais, alors, comment peut-on prétendre diriger un pays dont nous ignorons la cosmogonie, dont on est étranger? Cela est impossible car on devient l’agent double, le préfet de ses grandes puissances qui, l’intérêt et la suprématie de leur civilisation, une nécessité absolue. Le chercheur Yves Desalay, un sociologue, parle de ceux-ci comme des ambassadeurs dans leurs propres pays qui dans un appel d’offres, privilégieront les entreprises de leurs nationalités secondaires. L’exemple sur la gestion de la question de Mayotte qui se fait au gré des intérêts personnels d’Azali Assoumani est très probant.

Le plan religieux

     Sur le plan religieux, le même Azali Assoumani a sacrifié les intérêts des Comores, qui étaient apportés par la République islamique d’Iran et le Qatar, au profit de siens et de l’hégémonie saoudienne. Alors, comment peut-on espérer un changement qui serait porté par cet homme et les siens? C’est un écran de fumées, car on sait que l’arabophone, lui, passe son temps à discourir sur des proverbes religieux, une façon d’abroutir le peuple dans l’intérêt de la religion, et celui formaté à l’occidentale passe le clair de son temps à s’évertuer sur des philosophes gréco-romains comme si les Africains n’étaient pas les premiers hommes sur l’univers. De plus, ils ont importé l’administration de l’ancien colon et du conquérant arabo-musulman. De même que la majorité d’entre ces hommes qui nous gouvernent, ils ont laissé en France des femmes et enfants. C’est d’ailleurs leur point d’encrage lorsque les choses se gâtent aux Comores.

     Le piège se referme

     Dans cette prison mentale où nous sommes enfermés, il n’y a plus de place pour comprendre la réalité de leurs concitoyens encore moins leur imaginaire commun. D’une manière générale, cela nécessite d’abord une connaissance profonde de notre Histoire, de nos origines et de la spiritualité négro-africaine à laquelle les Comores sont issues et puisent leur source. On ne peut pas débarquer dans un pays dont on ignore l’imaginaire collectif et les rites, et prétendre vouloir les faire évoluer. Cela n’est pas du tout raisonnable et relève de l’utopie. Ce n’est pas étonnant si le Président actuel se dit être Marocain avant d’être Comorien. Ce sont les conséquences de cette aliénation mentale et des actes d’un Ambassadeur de l’Occident chez eux.

De plus, vous avez importé dans ce pays le virus de la corruption car dans la société traditionnelle, personne n’osait outrepasser le pacte moral revêtu de nombreuses vertus: solidarité, paix et de respect. Chez les Arabes et les Occidentaux, les Comoriens à la peau noire devront savoir que la Charte des Droits de l’Homme a été rédigée au XIIIème siècle par l’Empereur mandingue. Cela dit, la démocratie et la spiritualité ont existé bien avant les razzias conduites en Afrique par ces les puissances arabes et occidentales. D’ailleurs, à cette époque où l’Occident et l’Arabie menaient des guerres tribales, l’Afrique était organisée. Et ce n’est pas étonnant lorsqu’on se bat pour une Constitution dont soi-même ne respecte pas, encore moins ne la comprend. Car on a fait du copier-coller. Tout relève du domaine de la singerie.

Alors le développement des Comores ne se fera que lorsque nous prendrons conscience de notre patrimoine culturel, économique et spirituel. Cela nécessitera un développement de soi-même d’abord, c’est-à-dire par un traitement anti-virus arabo-européen.

Par Toihir Abdou Kari

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© www.lemohelien.com – Mardi 25 décembre 2018.

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