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«Les yeux dans les yeux». Secrets d’une tragédie

«Les yeux dans les yeux». Secrets d’une tragédie

Ahmed Sambi-Anjouan: Omerta sur une sale guerre à Anjouan

     La crise anjouanaise, d’ordre essentiellement électoral, commandait-elle un règlement militaire en lieu et place d’un règlement politique? Le recours à la force contre Anjouan a fait replonger cette île de 350.000 habitants environ dans un enfer fait de misères jamais égalées aux Comores. Tout le monde ou presque a fini par rallier en masse les positions de l’Autorité d’Anjouan de l’époque et s’accorde à se demander comment expliquer la démarche belliqueuse d’Ahmed Sambi et de l’Union africaine sur la petite île d’Anjouan.

     De la responsabilité de la société civile comorienne sur la crise à Anjouan

     Les Comores font partie de ces pays où la culture politique est sujette aux atermoiements d’un univers qui demeure lui-même exposé aux humeurs prédatrices et calculatrices des acteurs politiques locaux. La classe politique comorienne a suivi de plus près l’évolution de la crise anjouanaise qui déchirait les îles sans parvenir pour autant à imposer un modus vivendi pour une alternative de sortie de crise. Il faut avouer que le côté versatile des politiciens comoriens tient d’un opportunisme implanté quotidiennement dans les comportements plus qu’intéressés des décideurs comoriens qui, en fin de compte, ont fait de la politique leur source privilégiée pour renflouer le bien-être de leur embonpoint personnel pour ne pas dire financier. C’est là un fait qui, loin d’honorer les mœurs politiques nationales, déshonore la classe politique dans son ensemble. En effet, la société civile comorienne a au départ pris activement part au débat politique engendré par la crise anjouanaise pour se rétracter par la suite et former autour d’Ahmed Sambi une union de circonstances contre Anjouan.

     Pourtant, auparavant, ces mêmes formations politiques de Ngazidja défilaient sur l’Île d’Anjouan pour venir apporter leur soutien «indéfectible» à l’esprit et à la lettre de l’Accord-cadre de Fomboni donc à la cause anjouanaise. Je veux pour preuve irréfutable que les responsables desdites formations se sont présentés par vagues successives à Anjouan pour venir proposer leurs plateformes de sortie de crise allant jusqu’à crier sur les ondes et les médias publics leur appartenance à la dynamique de l’une des îles des Sultans batailleurs. Force est de constater que face aux ralliements politiques qui s’opéraient en faveur de l’île d’Anjouan et de sa cause, L’Union des Comores n’a trouvé mieux que d’ériger des obstacles au niveau de la circulation des personnes entres les deux îles sœurs de Mohéli et de Ngazidja en direction d’Anjouan. De même qu’il était bien entendu exclu à tout homme politique anjouanais de se déplacer sur les îles.

     La censure politique était devenue la règle, et c’est ainsi que les liaisons téléphoniques étaient suspendues périodiquement au gré des humeurs des autorités centrales qui sont même allées jusqu’à isoler complètement les lignes des responsables politiques anjouanais. Ainsi donc, sans vergogne et au mépris des contrats qui liaient la société Comores Télécom à ses clients, des personnes se sont vu interdites d’user de leur droit à consommer ce qu’elles ont acheté auparavant. Le hic – parce qu’il y a un hic –, c’est qu’au même titre que la poste, Comores Télécom est une société relevant du patrimoine commun entre les Îles. En panne d’imagination, l’Union des Comores n’a trouvé mieux à faire qu’à initier une série de mesures vexatoires avec comme effet immédiat l’étouffement de la dynamique anjouanaise en cours. C’est dans ce même ordre que les transactions bancaires étaient gelées afin de pénaliser, voire d’étouffer tout développement de l’économie de l’Île d’Anjouan. Bref, de la part d’Ahmed Sambi, si tout a été fait pour mettre à genoux Anjouan afin qu’elle subisse les diktats de l’enturbanné, rien, absolument rien n’a été consenti pour mettre sur rail une sortie de crise honorable pour les uns et les autres.

     Vous me direz que ce n’est pas nouveau: le propre d’un intégriste, c’est de ne pas concéder quoi que ce soit. Comme il sait que ses positions sont loin de rallier des gens de par leur asservissement aveugle, il faut donc les imposer par tous les moyens coercibles. Ce qu’il a su faire avec brio le non moins intégriste Ahmed Sambi. Dans les faits, la classe politique comorienne a été instamment sommée de suivre à la lettre les orientations du gouvernement de l’Union des Comores, et les corps constitués de l’Union des Comores, à savoir l’Assemblée de l’Union des Comores, la Cour constitutionnelle ont subi les mêmes pressions afin d’accompagner Ahmed Sambi dans sa folie meurtrière à paralyser son île natale. Dans la foulée, une conférence de presse de l’Union des Comores a été convoquée pour inviter les médias et la presse, le quatrième pouvoir, à n’y consacrer aucun article de presse sous peine d’être interdit d’exercer. La classe politique comorienne, entre sa régénérescence et sa perte n’a pas su se transcender pour tirer son épingle du jeu dans cette défiance permanente.

     Ahmed Sambi, dans son acharnement à faire d’Anjouan une île où le non-droit est monnaie courante, a insidieusement œuvré pour que l’un des rouages incontournables de l’État de Droit et de la bonne gouvernance tombent sous sa coupe et sans que les instances et la communauté internationale se rendent compte de la supercherie. C’est ainsi qu’Ahmed Sambi a joué des mains et des coudes pour inféoder et contrôler la Fédération comorienne des Droits de l’Homme (FCDH). Il a d’abord fait renouveler le Bureau de l’Instance en faisant de sorte que le Président de la Fédération lui soit acquis. Il s’en est suivi une scission entre les antennes de Mohéli, de Ngazidja et celle d’Anjouan. Une guerre de communiqués eut alors lieu, les différents responsables de la FCDH réglaient leurs différends par médias interposés. Mais, comme il fallait le prévoir – corruption et promesses obligent –, la Fédération comorienne des Droits de l’Homme finit par être sous la coupe d’Ahmed Sambi. D’où l’émergence d’une dynamique de diabolisation surmédiatisée visant à faire d’Anjouan et de ses dirigeants tantôt des rebelles, tantôt des tortionnaires, des détourneurs de fonds publics, allant jusqu’à faire des gendarmes de la Force anjouanaise des violeurs en série des femmes, chose qui n’a jamais été dans les mœurs locales. À cette occasion, Monsieur Abdoulatuf Mohamed, alors Président de la Fédération comorienne des Droits de l’Homme, sommé par Ahmed Sambi de faire preuve de son allégeance, déclara que pas moins d’une trentaine de femmes ont été violées par les gendarmes anjouanais. Aucune contre-expertise n’a été initiée par les instances habilitées pour vérifier l’authenticité de ces allégations infâmantes. Et c’est ainsi que le même Abdoulatuf Mohamed, président de la FCDH, fit publier sur internet des cas fictifs des tortures physiques, des assassinats ciblés, et des tas d’autres exactions soi-disant commis par les autorités anjouanaises.

     Il est à déplorer que la communauté internationale s’est laissée facilement berner et jusqu’à ce jour, je reste persuadé que cette même communauté internationale, de par son rôle a pêché par excès de confiance, ayant à tort oublié qu’elle avait affaire à un intégriste qui ne recule devant rien pour atteindre son but.

     De tels crimes ne peuvent aucunement restés impunis si tel est vraiment le cas. C’est pourquoi, au risque de me répéter, je me permets ici d’interpeller les instances habilitées, à savoir, la Fédération internationale des Droits de l’Homme, la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme, le Conseil des Droits de l’Homme nouvellement créé et l’Observatoire international pour les Prisons pour que lumière soit enfin faite. À toutes fins utiles et pour servir à qui de droit et à tous ceux qui portent un intérêt à la vérité, je tiens à préciser que Monsieur Abdoulatuf Mohamed, le fameux Président de la Fédération comorienne des Droits de l’Homme, en guise de remerciement aux bons et loyaux services rendus à Ahmed Sambi, a été respectivement nommé tout de suite après l’expédition militaire de mars 2008 à Anjouan, Directeur régional des Impôts, puis après Directeur commercial à l’ÉDA, et enfin, Directeur du Cabinet de la ministre des Transports, avant d’être sommairement viré et pour quel motif!

     Qui dit mieux? Quand on sait que Monsieur Abdoulatuf Mohamed est, de par sa formation, animateur culturel, l’on est en droit de se demander ce qu’il est supposé faire à de telles responsabilités. L’on sait de source digne de foi que l’ancien Président de la FCDH est un défenseur invétéré d’Ahmed Sambi. Ce sont là des faits avérés facilement vérifiables sur le terrain pour peu que l’on veuille se prémunir de la politique de l’autruche évidemment en vogue aux Comores. Un animateur culturel nommé Directeur des Impôts est en soi une chose normale surtout quand celui-ci continue d’occuper les fonctions de Président de la Fédération comorienne des Droits de l’Homme et qui s’affiche publiquement comme un soutien indéfectible d’un homme politique qui, de surcroit, se trouve être le Président de la République.

     Quid du silence qui prévaut sur les violations, les atteintes aux droits de l’Homme à Anjouan et aux Comores, des détournements des deniers publics comme si le monde s’est arrêté de tourner? Puisque depuis comme par magie, on entend plus parler de tout cela mais c’est Alice aux pays des merveilles!!! Évidemment que Monsieur Abdoulatuf Mohamed ne pouvait pas s’opposer à son maître, un Directeur peut-il contrarier celui qui l’a promu??? Non, bien sûr. Mais, quid alors du silence vertigineux des instances internationales? Décidément, la politique de l’autruche continue d’être l’apanage de ceux-là même qui sont censés être allergiques à un tel laisser-aller. Incontestablement, le code de l’honneur qui doit prévaloir dans des cas pareils est loin d’être une constance dans la société civile comorienne. Il n’y a, je le concède, aucune fierté à crier sur les toits. Néanmoins, ayant depuis toujours l’habitude d’appeler un chat, un chat, je ne peux que dénoncer de tels comportements qui nuisent à la déontologie et aux règles élémentaires du Droit en politique et en diplomatie.

La suite en janvier 2016, un document spécial sur l’Union africaine et l’intervention des forces coalisées à Anjouan.

Djaanfar Salim Allaoui

Ancien Vice-Premier ministre des Comores

Ancien ministre de l’Intérieur de l’île autonome d’Anjouan

Secrétaire général et Porte-parole de GNEC Rénové

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 17 décembre 2015.

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