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Liberté de la Presse/ Notre Edito: Non, les journalistes ne sont pas des paillassons

Par Faissoili Abdou

« En face de la marée montante agressive de la bêtise, il est nécessaire d’opposer quelques refus », disait Albert Camus

La dictature. Le mot hérisse les cheveux des tenants du pouvoir actuel et leurs soutiens. Il les mets dans tous les états. Ils s’en prennent violemment à ceux qui osent évoquer ce mot infamant pour qualifier les pratiques qui ont cours depuis près de trois ans dans notre archipel. Ils jurent tous, la main sur le cœur, que nous sommes bel et bien en démocratie en Union des Comores. Ils avancent  même des arguments biscornus pour justifier cela. Et pourtant, les faits sur le terrain démentent formellement leur prétention. Cette fumisterie…

Les nombreux prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles de l’archipel, les citoyens auxquels on interdit tout jusqu’aux droits les plus élémentaires dans un Etat de droit qui se respecte ne diront pas le contraire. S’ajoute encore cette pratique pernicieuse de la censure qui touche de plein fouet la presse locale, la fermeture des radios privés,  l’arrestation et l’emprisonnement des journalistes etc… Ce sont là, des actes qui  ne font que confirmer encore plus  le fait que nous sommes en dictature. Le contrôle de l’information est, en effet,  l’arme la plus prisée des dictateurs. Oui, nous sommes en dictature. Elle est là et elle risque de s’enraciner et prendre ses aises si l’on ne prend pas garde.

Les Comores se retrouvent aujourd’hui sur la liste des 26 pays africains qui pratiquent un régime « Autoritaire » selon le classement 2018 de l’Union européenne. Nous y occupons la 28ème place sur le plan continental et le 121 ème rang mondial. Ce n’est pas glorieux ! Chez nos voisins, l’île Maurice, (1er sur le plan continental et 16ème rang mondial) est reconnu comme une  « démocratie parfaite » tandis que Madagascar (16ème place sur le continent et 95 ème rang mondial) est qualifié de « régime hybride ».  La Grande île nage entre deux eaux, l’Union des Comores est en queue du peloton.

En l’espace d’une semaine, la presse comorienne a été victime de censure avec tout ce que cela implique d’effets néfastes  sur le plan moral et financier. Cela a commencé par la Gazette des Comores, censuré pour avoir titré sur la mise en place du Conseil National de la Transition (CNT), puis le quotidien Alfadjr qui subira le courroux du ministère de l’intérieur, suivi de cette arrestation abusive de Toufeyli Maecha, rédacteur en chef de Masiwa  qui subira des tortures à la gendarmerie. Survint ensuite la censure, ce lundi 1 avril, des trois journaux privés de l’archipel  qui avaient voulu relater dans leurs éditions les tortures subies par leur confrère Toufeyli Maecha dans les locaux de la gendarmerie de Moroni. Le minisrère l’intérieur a décidé que ces journaux ne ne devraient pas tombés dans les mains des grands enfants que seraient à leurs yeux  l’ensemble des Comoriens au risque de corrompre leur cerveaux pas tout à fait matures. On se croirait face à gag, un poisson  d’avril mais c’est une réalité. Une triste réalité. Oui, un homme tapi sous les climatiseurs et la belle moquette  du ministère de l’intérieur comorien ordonne, au 21ème siècle à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, l’interdiction de la parution des journaux dans cet Etat qui se revendique démocratique.  Mon oeil!

On tape sans vergogne sur des journalistes qui, pourtant, s’emploient à éclairer l’opinion sur l’actualité dans les conditions de travail les plus rudes. On se rappelle comment la journaliste Faïza Soulé a été virée sans ménagement  du journal Alwatwan, on se souvient de cette énorme claque du ministre de l’intérieur  dont le journaliste Oubeidillah Mchangama a reçue en pleine figure devant ses collègues. Ministre et boxeur de journalistes. Voilà où nous en sommes. Voilà où notre pays est plongé.  On vit, depuis quelques mois, dans la tristesse depuis la mise au cahot, sans procès, du même Oubeidillah Mchangama et son ami Abdallah Agwa. Assez ! La coupe est pleine Messieurs les censeurs. Un répit.  « En face de la marée montante agressive de la bêtise, il est nécessaire d’opposer quelques refus », disait Albert Camus. Non, aux mauvais traitements infligés  à la presse et aux journalistes. Non, les journalistes ne sont pas des paillassons sur lesquels vous pouvez vous  essuyer les pieds dès que ça vous démange.

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