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Limogeage de Jean-Marc Heintz ; Naufrage d’une embarcation … L’incohérence en deux actes

Par Eddine Mlivoindro

Jean-Marc Heintz, ex-directeur de l’Anacm et actuel conseiller chargé de l’aéronautique du Président Azali

A première vue, en dehors de la proximité temporelle, – ces deux événements ont lieu la même semaine-, on ne peut établir de lien, entre le limogeage d’un directeur général, en l’occurrence le patron de l’Anacm, Jean Marc Heintz  et le naufrage d’une embarcation qui a fait trois morts et plusieurs disparus entre Ngazidja et Mwali. Et pourtant, l’un et l’autre portent le sceau de l’incohérence.

L’Affaire Jean-Marc Heintz.

Le limogeage de Jean-Marc Heintz a été accueilli comme une délivrance par des détracteurs ravis de la décision du gouvernement. Du côté de ses partisans qui ne tarissaient pas d’éloges dans sa gestion du dossier AB-Aviation, le silence respire le lâchage. Celui qui a réussi à liguer contre lui, les opérateurs économiques, une partie des élus de la Nation, la moitié des conseillers du chef de l’Etat et une majorité de l’opinion, semblait indéboulonnable. Au point de se faire prêter des accointances particulières avec l’Exécutif, pour tenir tête à tous ceux qui se trouvaient sur son chemin, y compris les députés. Lorsqu’un responsable national de ce niveau cumule autant d’arrogance et de suffisance jusqu’à laisser penser qu’il n’avait pas à répondre de ses décisions à aucune hiérarchie, et encore moins à l’opinion, que dire,  sinon qu’il avait les garanties d’une telle posture.

A la suite de l’affaire Inter-îles, qui paralyse encore les transports aériens intérieurs et a bloqué à Moroni, de centaines de passagers qui terminaient leurs vacances,  le limogeage du directeur de l’Aviation civile, est d’abord perçue comme une sanction contre une  gestion pour le moins tumultueuse. 24 heures plus tard, il obtient une promotion. De DG de l’Anacm, Jean-Marc devient Conseiller du président de l’Union chargé de l’aéronautique. Quant aux raisons de toute cette valse, l’on n’en saura rien. Rien de la mission qui lui fut confié à la tête de l’Anacm où il quitte après avoir tiré un plomb dans l’aile des deux compagnies locales. Rien non plus des manquements qui expliquent qu’il soit remercié. C’est pourtant une telle explication qu’attendaient les Comoriens. La colère de l’opinion ne visait pas la personne de Jean-Marc Heintz. Elle réclamait du directeur de l’Aviation civile comorienne, une politique aérienne lisible et protectrice des intérêts stratégiques et économiques du pays.

Tout cela paraît incohérent. Sauf à s’entendre sur la définition de limogeage :   « le fait, pour un officier ou par extension pour une personne occupant un poste élevé, d’être privé brutalement par sa hiérarchie de ses responsabilités et de son poste, parfois en étant nommé à un poste d’égale valeur mais purement symbolique afin de le neutraliser ». Si ce n’est pas le cas, l’on se sera foutu de la gueule de l’opinion. Quant à Jean-Marc, il aura tout gagné. Un parachute qui le sauve d’une zone de turbulence, une promotion qui le maintient au poste de pilotage de  la politique aérienne. Et à titre très personnel, l’occasion de placer quelques doigts d’honneur au passage.

…Naufrage d’une embarcation à Hoani 

Trois jours après le naufrage d’une embarcation qui tentait de rejoindre Mwali depuis le sud de Ngazidja, les chances sont minces de retrouver des survivants. Ce qui risque d’alourdir un bilan qui est de 3 morts et d’une dizaine de disparues sur la trentaine de passagers à bord de l’embarcation de fortune. Les mauvaises conditions de la météo seraient à l’origine du drame. Une surcharge de passagers aussi. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’un tel drame survient dans nos eaux. Une fois le vent tombé et l’émotion passée, la traversée reprendra son cours normal entre les îles. Elle ne s’est jamais arrêtée depuis la nuit des temps. Depuis la pirogue à balanciers, jusqu’aux actuelles embarcations en résine motorisée. Ceux qui découvrent, effarées, cette réalité séculaire, ignoraient tout simplement que la mer est notre principal élément et qu’elle a toujours été la première voie de transport des insulaires, entre les îles et vers l’extérieur.

L’avion demeure un luxe.  Son coût restera élevé pour le revenu d’une famille moyenne comorienne. Une charge financière que ne connaissent pas les décideurs de ce pays, tout simplement parce que c’est le contribuable qui paie leurs nombreux déplacements. Il n’est donc pas étonnant que lorsqu’ils parlent de politique de transport, il est  inconsciemment question pour eux, de transport aérien. Et plus précisément, de transport régional et international. Un journaliste affirmait récemment qu’il était trois fois plus facile de se rendre à l’étranger que de parcourir le territoire national. Il suffirait de demander s’il a déjà existé une politique publique de réduction des coûts du transport à l’intérieur du territoire, pour se rendre compte que la continuité territoriale, si elle est une obligation constitutionnelle, n’est pas une préoccupation de l’Etat. Dans ses récentes décisions de clouer au sol les deux compagnies aériennes de desserte intérieure,  l’Anacm avait-elle conscience qu’il contribuait à enclaver le pays ?

Faut-il alors laisser circuler ces embarcations de fortune au risque et périls des Comoriens? Evidemment non ! Les pouvoirs publics qui tolèrent officiellement le transport de passagers dans des embarcations qui ne sont pas faites pour cela, devraient être poursuivis. Mais paradoxalement, ce serait aussi une grave erreur d’interdire brutalement cette desserte, sans offrir une alternative. Dans un autre contexte – parce que s’y ajoutent des facteurs politiques-, les autorités françaises à Mayotte ont jeté tout leur argent par la mer dans l’espoir d’empêcher la traversée entre les îles.  Cette option a montré son inefficacité. S’entêter, comme le font les autorités françaises, c’est créer les conditions d’amplification de ces drames. Le Comorien qui tient à se rendre dans une île, le fera quoi qu’il lui en coûte. Il embarquera de n’importe quel point de l’archipel, pourvu qu’il trouve une barque et un pilote pour la conduire.

L’alternative serait de réguler ce secteur, en facilitant à ces jeunes pilotes l’accès à des  financements pour acquérir des embarcations adaptées au transport des passagers et les former à la navigation. Cela sécurisera naturellement le secteur. Mais la vraie solution reste le développement d’une vraie politique nationale des transports maritimes. Or, dans le domaine, le pays brille par l’incohérence de ses décisions. En moins de 10 ans, les sociétés comoriennes (Tratringa, Ville de Sima, Ville d’Anjouan, la frégate des îles, le Dauphin…) ont toutes mis la clé sous le paillasson.  Alors que le pays dominait la navigation maritime inter-îles et concurrençait les armateurs de la région, aujourd’hui, c’est une société étrangère, en l’occurrence française, qui a le monopole du transport maritime domestique des Comores. Au niveau des infrastructures, le projet des petits ports semble gelé, victime de querelles de politique politicienne. Ce schéma de circulation, dont il faut préciser qu’il est plus ancien que ces politiciens qui se disputent la paternité, réduirait les distances des déplacements, assurerait plus de sécurité et baisserait substantiellement les coûts du voyage. Politiquement, le transport intérieur  participe à renforcer l’unité nationale.

Comoressentiel.

 

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