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L’indépendance des Comores : une arme à double tranchant

Cette phrase prémonitoire est un vrai signal d’alarme, voire un avertissement émis en 1977 par celui qui, à ma connaissance, rentre dans l’Histoire comme le premier docteur en économie des Comores, Hassan Mogne-Abdou. Cette phrase écrite à l’aube de notre indépendance, je l’ai lu et extraite de la conclusion générale de sa thèse de doctorat soutenue en décembre 1977 à la très sélective Université de Paris II Panthéon-Assas.

 

C’est dans une ambiance bon enfant que les Comoriens ont célébré le 6 juillet 2015, les quarante ans de leur indépendance. Apres quarante ans de souveraineté nationale, la situation socioéconomique n’est pas enviable : paupérisation chronique, recours excessif de l’assistanat, adulation coupable de la corruption, régression sociale, délaissement du bien public et turbulences politiques ; avec en toile de fond une crise séparatiste qui se révélait être une véritable boite à encre pour les lettrés. Pour la première fois de l’Histoire de l’humanité, un peuple décolonisé aspire à une recolonisation. Au vu de ce contexte difficile, le peuple stoïque des Comores s’estime floué et leurré par une classe politique notoirement chamailleuse qui lui a imposé, contre vents et marrées, des choix politiques contestables. Bien que les Comoriens peinent à joindre les deux bouts du mois, force est de constater qu’ils sont en même temps fiers de cette indépendance chèrement acquise. En revanche, cette fierté n’exclut pas l’introspection. C’est ainsi que certains, en l’occurrence, ceux qui se sont battus pour la libération du peuple martyre des Comores réclament des assises nationales afin de tirer au clair le bilan de quarante ans d’indépendance. Noble revendication à mon sens. Toutefois, le bon sens nous dicte aussi d’être patients et de laisser cette noble et délicate tâche au futur Président des Comores. Cet exercice s’avère nécessaire à plus d’un titre, car on ne peut pas créer un scénario pour le futur sans analyser et corriger les erreurs passées. En revanche, questionner le passé au moment où les demandeurs de ces assises et les gouvernants actuels sont des acteurs principaux de ces « quarante régressions » s’avère aussi risqué. Par conséquent, il faut réellement des personnes neutres, honnêtes et lucides pour s’atteler à cet exercice plus qu’indispensable pour le futur de notre pays.

Par ailleurs, au moment où le débat portant sur les quarante ans d’indépendance fait jaser dans les places publiques et les réseaux sociaux, une analyse lue dans une des riches bibliothèques parisiennes « CUJAS » sise au Panthéon, me parait d’une lucidité apparente. Pour cette raison, j’ai décidé de la partager avec mes concitoyens : l’Indépendance des Comores est une arme à double tranchant. Cette phrase prémonitoire est un vrai signal d’alarme, voire un avertissement émis en 1977 par celui qui, à ma connaissance, rentre dans l’Histoire comme le premier docteur en économie des Comores, Hassan Mogne-Abdou. Cette phrase écrite à l’aube de notre indépendance, je l’ai lu et extraite de la conclusion générale de sa thèse de doctorat soutenue en décembre 1977 à la très sélective Université de Paris II Panthéon Assas. Après avoir décrit la situation socioéconomique qui caractérisait les Comores sous le joug colonial, l’auteur de cette thèse intitulée « Etude et perspectives pour un développement des Comores », a justifié et soutenu avec force et conviction l’indépendance des Comores. Fils d’un grand notable de la ville de Ntsaoueni, cosmopolite et ayant reçu une formation multidisciplinaire, ce socio-économiste titulaire, entre autres, d’une Maitrise de sociologie de développement portant sur les « formes de classes et structures socioéconomiques aux Comores » et d’un DES (Diplôme d’ Etudes Supérieures) de Finance portant sur le «  rôle et les attributions de la Banque de France  », obtenu à la très cosmopolite Université de Paris1 Panthéon-Sorbonne, était mieux outillé pour faire une telle analyse sur la société comorienne. Trente-huit ans après la soutenance de cette thèse dirigée par l’un des éminents spécialistes de l’économie du développement, le professeur Jacques Austruy, les réflexions soulevées et les pistes esquissées dans ces recherches doctorales sont d’une pertinence extraordinaire et sont surtout d’actualité. A cet effet, j’invite les prétendants à la magistrature suprême de notre pays à lire cette thèse d’une excellence rarissime et à s’inspirer des solutions proposées par le docteur Hassan Mogne-Abdou. Je suis convaincu que si les remèdes proposés dans cette thèse sont appliqués avec rigueur, ils pourraient aider les nouveaux responsables de notre pays à remettre les Comores sur les rails du développement. Toutefois, cette phrase prémonitoire nous incite tous à la réflexion et nous pousse à nous interroger sur la manière dont nos dirigeants ont choisi de se servir de cette indépendance qualifiée d’« arme à double tranchant » par le docteur Hassan Mogne-Abdou. L’ont –ils dirigée contre les ennemis des Comores et les maux qui secouent notre archipel ? Se sont-ils trompés de cible et l’ont dirigée contre le peuple comorien ? Les travaux des assises réclamées par le mouvement du 11 aout pourraient répondre à ces interrogations et éclairer davantage l’opinion comorienne.

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