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L’infection à Virus à Hépatite B : cas des Comores

Par Dr Azhar S MOHAMED

Les hépatites virales sont des infections des cellules du foie dues aux virus dits virus hépatiques identifiés chacun par une lettre de l’alphabet : A, B, C, D et E [i],[ii],[iii]. Attaquant tout le foie, ces virus sont tous différents par : – leurs modes de transmission, – l’évolution de la maladie et – leur traitement.

Cependant, on peut les regrouper en deux famille selon le mode de transmission i,ii :

  • Liés à la nourriture : les hépatites A et E. Elles n’évoluent jamais vers la chronicité.
  • Liés au sang et les relations sexuelles : les hépatites B et D. L’infection se fait par échange de sang ou de sécrétions sexuelles. L’hépatite B évolue vers la chronicité dans 5 à 10% des cas avec risque de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire (cancer du foie). L’hépatite C, l’infection se fait essentiellement par voie sanguine et, dans certains cas, peut se produire au cours d’un rapport sexuel et peut évoluer vers la chronicité.

Ce sont des maladies infectieuses endémiques à transmission interhumaine. Les hépatites B et C dont l’évolution chronique peut se compliquer de cirrhose et de cancer du foie, sont les plus redoutables. L’OMS les classe comme la deuxième cause de mortalité par maladies infectieuses dans le monde après le VIH/SIDA et sont, de ce fait, une priorité mondiale de santé publique[iv].

L’hépatite B a une distribution mondiale, mais variable en fonction des zones géographiques. L’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud-est sont des zones de haute endémie ; la prévalence des porteurs chroniques du virus y est supérieure à 8 % et peut atteindre 20 %iv. Le risque majeur de l’hépatite chronique B est le développement de la cirrhose et du cancer du foie après plus de 20 ans d’évolution habituellement silencieuse. « Le VHB est la première cause de cancer du foie dans le monde et en Afrique subsaharienne ».

Aux Comores, les chiffres exacts sont peu connus. Aucune étude épidémiologique n’est encore jusque-là effectuée. Seuls quelques travaux effectués par nos voisins de l’Océan indien (Madagascar, Ile de la Réunion, Ile Maurice) et en France rapportent quelques données concernant le taux de prévalence de l’hépatite B dans notre pays. Selon Migliani[v], les Comores sont comme Madagascar, des pays à haut niveau de prévalence de l’infection à VHB. Les dernières informations disponibles indiquent des taux de 20 %. A l’île comorienne de Mayotte, les données françaises estiment une prévalence de 5 à 8 % de la population générale, 5 % des donneurs de sang et 3 à 4 % des femmes enceintes[vi].

La prise en charge de l’infection à VHB doit tenir compte de : – La sévérité de l’hépatopathie (dégradation des fonctions du foie) et -Des comorbidités : alcoolisme chronique, cirrhose, coïnfection avec VIH, surcharge pondérale, diabète, …

Le but de ce traitement est de : – Supprimer la réplication virale, – Faire régresser les lésions histologiques du foie, – Prévenir ou ralentir l’évolution vers la cirrhose et -Prévenir le développement du cancer du foie.

Notons qu’il s’agit d’un traitement extrêmement couteux et long. La meilleure stratégie thérapeutique reste donc la prévention et l’éducation de la population.

Pour un problème mondial de santé publique tel que les hépatites virales, maladies évitables et surtout éradicables (en ce qui concerne l’hépatite B) grâce à la vaccination, la prévention et la sensibilisation constituent la plus juste et meilleure réponse globale.

La vaccination contre l’hépatite B doit être systématique chez les nouveau-nés dans les 24 heures suivant la naissance par le vaccin monovalentiv. C’est la seule stratégie qui peut conduire à l’éradication de l’endémie virale B à long terme, et à la diminution de l’incidence du cancer du foie.

Il faut si besoin, dépister les femmes enceintes et les personnes à risques puis les vacciner.

Dans les centres médicaux, Rechercher systématiquement les marqueurs sériques du VHB et du VHC chez les donneurs de sang, et rejet des poches de sang contaminées.

Promouvoir l’usage individuel (pas de partage avec l’entourage) des objets de toilette et de soins corporels (rasoir, brosse à dents, coupe-ongle, pince à épiler…).

Assurer l’élimination sécurisée de tout ce qui est souillé par du sang et autres liquides biologiques (tampons, serviettes hygiéniques, pansements, aiguilles et seringues…) dans des boites imperméables.

Veiller à la protection contre les liquides biologiques par le port de vêtements de protection et de gants.

En milieu de soins, veiller :

  • Au respect scrupuleux des mesures universelles d’hygiène dans les procédures de soins ;
  • A l’utilisation d’aiguilles et de seringues à usage unique ;
  • A l’étiquetage soigneux des tubes avant tout prélèvement de liquide biologique.

Mener des politiques et campagnes de sensibilisation de la population générale et des personnes à risque suivantes sur les hépatites B et C :

  • les membres de l’entourage familial vivant sous le même toit qu’une personne atteinte d’hépatite B ou C, ou séropositive pour le virus B ou C ;
  • les professionnels de la santé en exercice ou en cours de formation ;
  • les militaires et paramilitaires ;
  • les sujets victimes des pratiques à risque (tatouage avec effraction cutanée, piercing, scarifications, circoncision non médicalisée, acupuncture) ;
  • les transfusés (hémophiles, drépanocytaires) et les receveurs de produits dérivés du sang ;
  • les hémodialysés et les personnes exposées à un risque de transmission nosocomiale ;
  • les toxicomanes utilisant des drogues par voie intraveineuse ou intra-nasale ;
  • les personnes séropositives pour le VIH ou atteintes de SIDA ;
  • les partenaires sexuels des sujets atteints d’hépatite B ou C ou séropositifs pour le virus B ou C ;
  • les personnes ayant des pratiques sexuelles à risque : partenaires sexuels multiples, prostituées, homosexuels ;
  • les personnes incarcérées ou l’ayant été ;
  • les adultes accueillis dans les institutions psychiatriques ;
  • les malades ayant un taux d’ALAT supérieur à la normale sans cause connue.

En conclusion, nous recommandons une mise en pratique généralisée de ces mesures, dans le cadre d’un plan stratégique national de lutte contre les endémies d’hépatites virales B et C. Ce qui peut conduire à une diminution sensible des prévalences de ces infections et du cancer du foie, et à long terme à une éradication de l’hépatite B.

[i] Zarski JP. Les hépatites virales (83). 2003 (Mise à jour Mars 2005). Disponible sur : http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/corpus/disciplines/hepgastro/hepato/83/leconimprim.pdf

[ii]  SOS hépatites. Guide sur les hépatites. Ed 2012. Disponible sur : http://www.soshepatites.org/wp-content/uploads/2013/04/Guide_des_hepatites_2012.pdf

[iii] Chauve JY. Les maladies d’ailleurs – Aux escales et à la terre. Institut Mer et Vie ; 2007. Disponible sur : http://www.stw.fr/Download/stw_jy-chauve_maladies_tropicales.pdf.

[iv] http://www.chu-rouen.fr/page/hepatites-virales-humaines.

[v] Migliani R, et al. Infection par le virus de l’hépatite B : un problème de santé publique à Madagascar. Archives de l’Institut Pasteur de Madagascar 2000;66(1&2):50-54. Disponible sur : file:///C:/Users/MOHAMED/Downloads/Infection_par_le_virus_de_l’hepatite_B_un_probleme.pdf

[vi] Les hépatites B et C dans les départements et régions d’outre-mer et les collectivités d’outre-mer. Disponible sur : file:///C:/Users/MOHAMED/Downloads/92814.pdf.

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