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L’insurrection d’Anjouan n’est pas un feu de hasard

L’insurrection d’Anjouan n’est pas un feu de hasard

Une Déclaration solennelle du Mouvement du 17-Février

      Le Mouvement du 17-Février, né à Fomboni, Mohéli en 2017, a suivi avec attention et inquiétude, la succession d’évènements qui ont replongé notre pays dans une crise grave, avec des risques d’implosion déjà vécus en 1997. Le Colonel Azali Assoumani était alors un acteur clé de l’intégrité territoriale et de la sécurité des Comoriens.

Ce dernier a repris les rênes du pays, après une période d’accalmie, de paix sociale et de stabilité politique, initiée par l’Accord de réconciliation nationale de Fomboni, et la Constitution de 2001: quinze (15) années de stabilité politique, où l’alternance du pouvoir fut gérée démocratiquement et pacifiquement, grâce à un réel consensus national. C’est du jamais vu dans l’Histoire des Comores, depuis l’accession à l’indépendance.

Aujourd’hui, notre Mouvement interpelle la communauté nationale et internationale, afin de constater ensemble, que l’insurrection d’Anjouan n’est pas un feu de hasard, allumé au petit matin du 15 octobre 2018 à Mutsamudu. Bien au contraire, c’est le résultat d’une dérive dictatoriale, engagée depuis les assises nationales manipulées, jusqu’au dernier référendum, et qui ont abouti au démantèlement des institutions nées de l’Accord de Fomboni, et de la Constitution du 23 décembre 2001.

Les manœuvres dont le Président Azali Assoumania a usé avec les maigres deniers publics pour manipuler les assises nationales et les résultats truqués du dernier référendum sont sans précédent dans l’histoire politique de notre pays. Il a remis sur les rails, et ce, contre l’insularité, contre la sociologie et contre la culture de notre pays, un pouvoir personnel sans contrôle, concentré à Moroni, en dépit de plusieurs décennies de combat pour l’équilibre régional, l’autonomie des îles, et la décentralisation de l’administration. Résultats: les ressources financières sont gérées à sa guise, sans partage, ni transparence, et pour faire durer l’homme au pouvoir, le plus longtemps possible.

C’est une violation flagrante des lois qui ont établi depuis 2005, un dispositif financier, avec une clé de répartition des crédits budgétaires entre l’Union et les îles autonomes. Il est inacceptable que le seul et unique budget de l’État, gère à partir du centre de Moroni, des populations séparées par 70 km au moins de mer, ainsi que les particularités bien comprises de nos îles, constitutionnellement reconnues comme des entités autonomes et distinctes.

Nous avons constaté avec amertume que les interpellations multiples de la société civile, des organisations politiques, et les mises en garde de la Communauté internationale se sont heurtées à l’orgueil et à la répression aveugle d’un pouvoir fermé, arrogant et militarisé.

En faisant couler un bain de sang à Mutsamudu, le Colonel Azali Assoumani a rompu le consensus national de réconciliation, d’unité, de paix sociale et de stabilité politique, scellé par les signataires de l’Accord-cadre de Fomboni, dont la communauté internationale. Il a franchi allègrement, la ligne rouge du démantèlement de la nation, par mépris et par mégalomanie. Personne ne peut rester indifférent face au massacre des Anjouanais, à l’appel de détresse et aux cris d’alarme, lancés par nos compatriotes insurgés contre la dérive dictatoriale du Colonel Azali Assoumani. Le destin commun des Comoriens a pris un coup terrible; il a été frappé à mort, et les choses ont pris une autre tournure.

Sur ce, Mohéli et sa population affichent leur détermination: ils ne céderont pas sous la menace et la terreur. Ils ne braderont jamais leurs intérêts, au nom de l’unité à tout prix, une unité de façade, mise au service de la domination politique et territoriale des clans hégémoniques et du grand nombre. Nous ne ferons aucun compromis d’ailleurs, sur notre existence autonome et sur l’avenir.

À cet égard, il est grand temps de tirer les leçons de notre engagement politique tout à fait volontaire à la construction du destin commun, en tant que minorité nationale, reconnue par l’Accord-cadre de Fomboni du 17 février 2001.

Le retour à l’Accord-cadre de Fomboni du 23 décembre 2001 et à la Constitution du 23 décembre 2001 est notre exigence, notre bouclier institutionnel pour rester dans l’Union, mais pas pour quémander à Moroni des subsides de fonctionnement qui n’arrivent pas ou qui se couvrent de mépris et de dédain. Mohéli et sa population veulent s’épanouir sur le plan politique, économique, social et culturel. C’est notre droit, et c’est l’héritage que nous voulons transmettre à nos enfants, aux futures générations.

Nous préférons souffrir en prenant en main notre propre destin, que succomber sous les balles d’un tyran mégalomane. L’unité des Comoriens existe dans l’Archipel. Elle peut encore s’améliorer avec des formes multiples, diverses et variées, dans l’intérêt bien compris des uns et des autres, à condition qu’elle ne soit pas enfermée dans les dogmes de l’État-nation, au service d’un pouvoir centralisé, tyrannique et corrompu.

Fomboni, le 18 octobre 2018

Mouvement du 17-Février

www.lemohelien.com – Vendredi 19 octobre 2018.

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