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L’islam au prisme des dialogues interreligieux

Par :

Said Bacar Hasbat

Doctorante en 2ème année de Sociologie

Laboratoire Cresppa-GTM

Université Paris 8 Vincennes – Saint – Denis

Cet article se donne pour objectif de mener une réflexion sur le devenir de l’islam en France et dans le continent africain non seulement au vu de ces événements tragiques terrifiant le monde mais aussi sur la stigmatisation qu’elle subit au travers l’expansion d’un groupuscule de terroriste prônant des idéologies macabres.

Deuxième religion au monde, l’islam est aujourd’hui au cœur des débats. Présent dans tous les continents, notamment en Asie, en Afrique, en Europe, cette religion est instrumentalisée et mise à l’épreuve par des groupes de terroriste naissant s’autoproclamant défenseur de ses droits et valeurs. Si auparavant le terrorisme ne s’apparentait à aucune religion et s’entendait défendre des idéologies au travers des actes meurtrières ciblées, présentement il se vulgarise dans le monde, avec des actions plus désorganisées n’épargnant quiconque. On peut citer à titre d’exemple le premier acte terroriste ayant marqué l’histoire du XXIème siècle, le 11 septembre 2001, où 2977 personnes ont péri dans l’attaque visant des monuments symboliques du Nord Est des Etats-Unis[1]. Cet acte revendiqué par un groupe islamique nommé Al Qaïda ne fut pas sans conséquence. Si d’une part, de nombreuses personnes soutenaient l’action des Etats-Unis pour l’éradication de ce mouvement, de l’autre, ce groupe trouva non seulement des alliés mais aussi des fanatiques dans le continent africain tels que Al-Mourabitoun, Ansar al-Charia, Ansar Dine et Boko Haram pour ne citer que ceux-là[2]. Ainsi, à compter des années 2000, la naissance de ces mouvements dans des pays où l’islam est fortement pratiquée induit des quiproquos voire une dichotomie entre un islam rigoureux, se voulant originel et un islam modéré, spirituel prenant en compte les effets de la globalisation, de la nécessité d’une cohabitation avec des communautés religieuses distinctes.

Ces idéologies n’influent pas seulement l’Afrique mais aussi l’Occident avec des impacts disparates. En effet, si ces actions se juxtaposent dans le temps, néanmoins la conséquence de ces pratiques divergent selon leur contexte social selon un angle de vue du continent africain ou de l’Europe. Si d’une part, en Afrique subsaharienne, le Mali a connu en 2012 une prise d’otage de grande envergure à l’hôtel Radisson de Bamako, en Afrique centrale, cette menace se manifeste en 2013 par des prises d’otage de personnes d’origine étrangère[3]. Contrairement à ces pratiques, l’Europe quant à elle subit des attentats désorganisés, où les assaillants visent le plus grand nombre de victimes[4].

L’insécurité se faufile donc d’une part et d’autre laissant les gouvernants africains pantois face à une menace éprouvant leur capacité à assurer la sécurité des salariés d’origines étrangères participants à l’économie locale et l’appropriation de terre symbolisant la naissance d’un Etat dans un Etat.

Et de l’autre, une Europe fragilisée face à une menace inattendue où l’inquiétude règne partout et où nul ne semble être à l’abri.

Face à ce climat, il reste à s’interroger sur les conditions pouvant permettre un meilleur vivre ensemble, une meilleure compréhension des interactions humaines, l’acceptation de l’altérité dans un contexte où règne la méfiance, où circule les stéréotypes et où les idéologies naissantes deviennent plus prégnantes et dangereuses.

Au-delà de cette situation qui défraie les chroniques médiatiques et politiques, l’islam est constamment réinterrogé car incompris de part sa complexité. Comme les autres religions monothéïstes, les musulmans se divisent en deux branches ; les sunnites et les chiites. Au sein de ses deux branches regorgent plusieurs confessions dont les plus populaires entre autre pour ne s’en tenir qu’au sunnisme restent le wahhabisme, le soufisme ainsi que le salafisme. Des chercheurs tels que Fouzi Skali considère le soufisme comme étant : « un rempart contre l’islam radical »[5]. Si beaucoup s’accordent aujourd’hui à considérer ces actes barbares comme étant une proposition émanant de la religion musulmane, nombreux ne partagent pas ces croyances et prônent un univers de paix et de tolérance où croyances et symboles religieux ne seraient aucunement signe de provocation, de marginalisation ou d’instrumentalisation.

En effet, bien que partageant une croyance commune, à savoir l’unicité de Dieu « Allah », les musulmans dénoncent ces violences proliférées par ces djihadistes clamant œuvrer pour cette religion promulguant avant tout des valeurs de bienveillance ainsi que le respect de la vie humaine. Ces musulmans n’identifient ni leur religion ni leur pratique à ces initiatives barbares et favorisent le dialogue interreligieux pour consolider leur foi et lutter contre ce radicalisme social prégnant. Ces dialogues constituent une réponse intelligible dans la lutte contre les stéréotypes et l’instrumentalisation des religions.

Cependant, il reste à s’interroger sur l’efficacité de ces dialogues interreligieux, constituent-ils réellement un début de réponse à la lutte contre l’islam radical ? Si tel en est le cas quelles sont les actions mises en place au sein de ses dialogues interreligieux et dans le continent africain et en Europe pour endiguer ce fléau ? Peut-on considérer que ces derniers arrivent à construire des ponts et à briser les frontières subsistant entre les religions monothéïstes ? Doit-on élargir le débat et parler de conflits de culture et de civilisation opposant l’Occident avec ces groupuscules terroristes se refugiant dans le continent africain ? Quel rôle peut jouer le soufisme dans l’islam dans ce contexte d’incompréhension et de guerre ? Subsiste t-il des dialogues intra religieux, c’est à dire entre musulmans pour amoindrir les tensions internes ?

Cette panoplie de questionnements constitue le fer de lance de ma recherche et les réponses à toutes ses interrogations constitueront des pistes de réflexion pour la lutte contre les stéréotypes et la cohésion sociale entre des citoyens de confessions distinctes mais partageant un destin commun, celui de la nation.

Dans une société divisée et fragmentée, il est plus qu’impératif que chacun retrouve son humanité, son désir commun de vivre ensemble et ce peu importe son appartenance religieuse.

[1]     http://www.revuedesdeuxmondes.fr/11-septembre-2001-attentats-tours-jumelles/ consulté le 12/05/2018 à 12h51

[2] https://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Les-18-principaux-groupes-islamistes-armes-dans-le-monde-2014-09-23-1210674 consulté 12/05/2018 à 14h09

[3]     http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-1054_en.html consulté 12/05/2018 à 13h30

[4]     https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/attaques-du-13-novembre-a-paris/96.html, consulté le 12/05/2018 à 14h11

[5] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/04/le-soufisme-un-rempart-a-la-barbarie-des-extremistes_4587212_3212.html consulté le 12/05/2018 à 14h27

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