You are here: Home » Monde » Mais quelles obsèques pour les terroristes ?

Mais quelles obsèques pour les terroristes ?

La réponse à cette question fondamentale, comme le fait de se la poser d’ailleurs, est difficile à donner pour plusieurs raisons : d’abord, pour sa délicatesse ; à un moment où l’effroi, la pitié et les hommages envers les victimes s’imposent comme priorité, dans une situation et dans un monde où la seule obsession est d’éviter d’autres attentats, d’autres victimes cibles de la barbarie, cette question liée aux enterrements des criminels passe vraiment en dernier plan. Et, on le comprendrait sans ambiguïté ! Cette même question, comme l’on peut constater, si on se la pose dans notre quotidien, c’est vraiment avec discrétion, et là encore, nous en avons les raisons. Plus encore, pour illustrer la délicatesse d’une telle interrogation, les médias qui sont les premiers à nous informer de ce qui se passe tous les jours, à nous révéler ces événements atroces, ils choisissent de ne pas relayer toutes informations sur le devenir des tueurs, de ces kamikazes, ces assassins.

Il y a là, derrière l’événement atroce commis par ces barbares, un non-événement qui n’est que leurs demeures éternelles. C’est dire que les questions relatives à l’enterrement des terroristes relève d’une sensibilité pointue que tout doit se traiter dans la plus grande discrétion.

Une question à polémiques

Dans un pays de droit comme la France, le fait de se poser cette question en soi ne fait pas peur car elle a déjà ses réponses relatives qui, elles relèvent du droit commun et de ses textes juridiques précis. Si l’on souligne sa délicatesse, ce n’est donc pas, par rapport à la réponse mais plutôt au temps (moment et durée) qui serait accordé à la question. Par exemple, est-ce bien le moment de se poser cette question ? Nous faudra-t-il combien de temps pour espérer y avoir des réponses ? C’est cette incertitude, de se poser ouvertement la question, d’y avoir une réponse dans le temps, c’est cette même incertitude qui rallonge le mystère sur notre sujet. Rien que ça, ce que nous venons de dire, nous pouvons comprendre que cette question posée dès le départ en est une à polémiques.

Au lendemain de l’assaut contre Oussama Ben Laden au Pakistan dans la villa ultra sécurisée d’Abbotabad le 2 mai 2011 par un commando américain, le corps du commanditaire des attentats du 11 septembre a très vite été soustrait de la villa et embarqué dans un porte-avion américain (USS Carl-Vinson) qui mouillait déjà dans la mer d’Arabie. L’objectif est de se débarrasser du corps en moins de temps pour éviter qu’il soit inhumé dans un endroit visible et repérable. Le corps d’Houssama Ben Laden dont des images n’ont jamais été révélées serait plongé en mer. C’est un procédé qui a très vite essuyé de vives critiques, obligeant des responsables américains à se justifier. «Les procédures islamiques ont été suivies. Le corps a été lavé et placé dans un drap blanc. Un responsable militaire a lu des consignes, traduites en arabe. Le corps d’Oussama Ben Laden a été placé sur une planche qui a été inclinée pour lui permettre de glisser dans la mer», a-t-il expliqué.

L’immersion d’un corps en mer n’est pas une inhumation, a-t-il affirmé un responsable d’al-Azhar Charif, connue comme la plus haute institution de l’islam sunnite. En France, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris, a également souligné sur BFMTV ce jour-là que «la tradition islamique de l’inhumation, comme son terme l’indique «humus», c’est dans la terre, donc c’est la mise en terre d’un cadavre, face tournée vers la Mecque, ça, c’est l’inhumation islamique. Je suis en effet un peu surpris disons de voir la rapidité, la hâte avec laquelle l’homme a été mis à mort et très rapidement on fait disparaître son corps».

La polémique est bel là visible dans cette affaire Ben Laden. Elle s’est posée encore en janvier de cette année avec les attentats de Charlie Hebdo et se répète et répètera encore à chaque fois qu’on fait face à de telles situations où il est question d’un assaillant qui se dit musulman. Or, pour surpasser cette polémique, disons plutôt, pour aller au-delà de celle-ci, je pense qu’il faut se poser d’autres questions d’ordre « Ces barbaries, même si leurs auteurs et commanditaires se disent musulmans, quelle solidarité envers ces hommes et femmes assassins ?

L’inhumation des terroristes, un sujet très embarrassant malgré les lois déjà claires

C’est un sujet qui, au-delà de sa polémique ci-évoquée suscite aussi d’autres questions qu’on peut se poser ; dans un monde où musulmans et non-musulmans doivent vivre en harmonie, appellent à vivre en paix et à se solidariser avec les victimes des attentats et à se désolidariser contre toute forme de violence, il est embarrassant de réclamer l’inhumation selon les rites de l’islam pour ces auteurs de barbarie. Comment expliquer et comprendre l’idée que nous devons, nous-mêmes défendre en tant que musulmans pour des obsèques dignes musulmanes destinées à des tueurs comme ces auteurs des attentats parisiens ? Le fait de prendre position pour une inhumation selon les rites de l’islam ne serait-il pas synonyme d’aveu envers les terroristes comme étant des vrais musulmans ? Mais comment devrions-nous se reconnaitre en tant que vrais musulmans dans un monde de mixité plus uni qu’il était il y a un demi-siècle ?

Nous l’avons rappelé au début, qu’inhumer les terroristes, dans un pays où le droit commun se fait trop valoir, ce n’est pas en vrai un problème. Qu’en dit donc le loi ? – En France, selon l’article L2223-3 du code général des collectivités territoriales, il y trois possibilités pour être enterré sur une commune, au choix de la famille du défunt : la personne peut être enterrée :

  • dans la commune de domiciliation,
  • là où elle est décédée ou
  • là où la famille détient une sépulture.

Cela n’empêche ni les polémiques ni les interrogations, lorsqu’il s’agit des terroristes décédés. Le droit est bien là applicable à tout le monde. Notre question est de savoir si avec ces situations, avec ces urgences, dans une Europe où la montée de l’extrême droite, et où l’on perpètre ces actes ignobles, la question de modification des lois ne se poserait pas. Lors des attentats menés par les Kouachi, la commune de Reims avait, dans un premier temps refusé d’accueillir Saïd Kouachi avant d’y être contrainte par la loi. Son frère, Chérif Kouachi, lui a été inhumé sans problème à Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine en Île-de-France. C’est cette loi qui a obligé la ville de Paris d’accueillir Amedy Coulibaly tombeur de la jeune policière de Montrouge mais tué dans l’assaut du raid contre l’Hyper carsher près de la Porte de Vincennes à Paris en janvier dernier.

Il faut dire que, dans cette situation, il y a avant tout, la famille du tueur qui, dans son plein droit peut ou ne pas s’intéresser au cadavre. Ce sera peut-être le cas d’Abdelhamid Abaaoud que la sœur et le père bannissaient depuis longtemps suite à son affiliation à l’extrémisme religieux. Dans ce cas de figure, la personne est prise en charge par l’Etat qui décide où elle est enterrée, souvent dans des cimetières de Sans Domiciles Fixes.

En 2012, Nicolas Sarkozy a dû intervenir sur le dossier relatif à l’enterrement de Mohamed Merah, soulignant « qu’il soit enterré et qu’on ne fasse pas de polémique avec ça ». Là encore, on est face à la puissance des lois et des politiques. Mais les lois sont le produit de l’homme politique et non le contraire. A un moment où des parlementaires français émettent une proposition pour contrôler la presse face à la monté du djihadisme, face aux carnages répétitifs, les lois peuvent se voir modifier mais aussi, des libertés vont se réduire au profit de la sécurité. Telle ressemble au tableau reflétant le monde de demain.

La peur de voir les tombes des tueurs attirer de l’affection envers les malfaiteurs

Au départ, la famille de Mohamed Merah voulait enterrer leur fils en Algérie, mais les s d’Alger leur ont signifié un refus. Leurs motivations sont les mêmes souvent avancées comme c’est le cas de Ben Laden que les Américains ont immergé 24 heures après l’avoir capturé. Pour les Américains, il n’était plus question de laisser trace de tombe de Ben Laden, au risque de voir sa tombe devenir un lieu de pèlerinage. Après tout, même s’ils sont inhumés en France, Leurs tombes restent éternellement anonymes, ce qui rejoint cette thèse de peur d’attirer du monde envers ces sépultures.

Powered by Comores infos