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Mayotte/Comores : non-assistance à un peuple en danger

Mayotte/Comores : non-assistance à un peuple en dangerWilfrid Bertile, ancien secrétaire général de la COI

La chasse aux Comoriens qui déshonore Mayotte et s’apparente aux « pogroms » de triste mémoire n’est pas nouvelle. Elle n’est que le reflet d’une situation explosive qui ne manque (ra) pas de se répercuter sur La Réunion. Après cinq ou six « courriers de lecteurs » sur ce sujet, restés sans réaction des « décideurs », nous avons l’impression de taper sur un tambour qui ne résonne pas. Pourtant, comme il vaut mieux se répéter que se contredire, rappelons brièvement les « fondamentaux ».

Mayotte est une poudrière dont les ingrédients sont autant de défis. Défi démographique, avec un fort excédent naturel de la population. Défi économique, l’île vivant de transferts publics et ne produisant presque rien. Défi environnemental, la croissance démographique et économique mettant à mal l’écosystème et, notamment, le lagon, emblème de l’île. Défi social et sociétal, la liquidation de l’agriculture et de la pêche de subsistance fabriquant en masse des assistés voués aux minima sociaux ; le chômage, les inégalités sociales, la pauvreté et l’irruption de la société de consommation dans une société traditionnelle formant un terreau fertile à toutes les violences. Défi politique, avec un choix impossible entre le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » des Mahorais et l’« intangibilité des frontières héritées de la colonisation » des Comoriens.

Pour compliquer le tout, Mayotte connaît une immigration dramatique, incontrôlée et incontrôlable en provenance d’Anjouan. Tout en les exploitant, certains font des « immigrants » des boucs émissaires, se dispensant ainsi de réfléchir aux problèmes de fond.

Mayotte est donc un défi pour La République. C’est-à-dire pour l’Etat et les élus mahorais qui « font comme en France », au lieu d’inventer. Mais aussi pour La Réunion qui sera déstabilisée par l’arrivée massive de nos compatriotes fuyant l’embrasement annoncé de la poudrière mahoraise.

La solution passe par la mise en œuvre d’un projet mahorais adapté à l’identité et à la culture des Mahorais et aux particularités du territoire insulaire et non, comme actuellement, par la duplication de ce qui a été fait en France ou en Outre-mer. Il passe aussi par un développement mutuellement profitable de Mayotte, des Comores et de La Réunion. Co-développement entre La Réunion et Mayotte : Mayotte, se débattant dans des problèmes quasi insolubles, ne s’en sortira pas seule. Si elle le veut, La Réunion peut lui être d’un grand secours. Co-développement entre La Réunion, Mayotte et les Comores. N’en déplaise à certains Mahorais, seul le développement d’Anjouan tarira à la source l’émigration vers leur île. Nous devons développer l’archipel des Comores et construire un espace swahili avec les terres du nord du canal de Mozambique au potentiel si prometteur. Les moyens existent, ceux de la coopération française bilatérale, ceux de la coopération décentralisée de nos collectivités, ceux mis par l’Europe à la disposition de Mayotte pour coopérer avec les Comores dans le cadre d’Interreg…

Nous réitérons donc un appel à la mobilisation coordonnée de tous : collectivités locales réunionnaises et mahoraises, Etat, Europe. Le pire est devant nous : nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. En restant inertes, nous serions coupables de non-assistance à peuples en danger.

Wilfrid Bertile, ancien secrétaire général de la COI

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