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Médias/Décès du journaliste Hadji Hassanaly : Ta mort renforce ma colère

Par Kamal Eddine Saindou, Journaliste

Le journaliste Kamal’Eddine Saindou

Je m’incline devant la mémoire de notre confrère décédé ce 26 décembre. J’adresse mes condoléances attristées à la famille de l’homme de média et je m’associe dès à présent à toute forme d’hommage qui peut provenir des organisations professionnelles.

Mais je suis trop en colère pour verser des larmes. En colère contre la culture de la fatalité légitimant des drames qui auraient pu être évités. Hadji Hassanaly était diabétique. Il est mort des complications postopératoires à la suite d’une amputation au pied. C’est cette cause directe du décès qui doit nous interpeller parce qu’elle soulève la défaillance de la prise en charge médicale dans ce pays, pour les diabétiques bien sûr, mais pas seulement puisque récemment, un patient est décédé dans de circonstances analogues (complications postopératoires) pour une toute autre pathologie.

Ce deuil qui attriste les médias comoriens révèle aussi un autre drame. L’indigence des journalistes de ce pays. Avons-nous déjà oublié que c’est dans le dénuement et l’oubli que le journaliste Amad Mdahoma (qui fut pourtant directeur du journal gouvernemental) a quitté cette putain de terre. Qu’il a fallu organiser une collecte pour donner une chance de vie à Samnya Bounou, autre collègue partie en nous laissant devant notre impuissance.

Hadji Hassanaly nous a quittés dans la souffrance de n’avoir pas pu sortir le numéro de « La Tribune », encore sur le marbre. Le titre mourra avec lui comme bien d’autres. Comme lui, la première génération des journalistes comoriens de la période post indépendance s’approchent de leur retraite qu’ils vont passer dans une absolue précarité parce que toute une société se refuse à voir le journalisme comme une profession qui doit sa nécessité sociale à la dignité de ceux qui l’exercent. Parce que dans leur crasse ignorance du rôle social de l’information, les dirigeants de ce pays (d’hier et d’aujourd’hui) ont décidé d’asservir ces professionnels pour leur petit confort égoïste.

Quelle histoire de la presse laisserions-nous aux jeunes qui arrivent ? Quel sens un pays donne à son discours sur la démocratie et la liberté d’expression lorsque les outils de cette démocratie et les moyens de faire vivre cette liberté sont embastillés dans les linceuls de la précarité et de l’humiliation de ceux dont le boulot de les faire fonctionner?
La situation de la presse et des journalistes dans un pays reflète le rapport de celui-ci à la vérité, son attachement aux libertés et à la démocratie. Pour l’instant, cette situation est très mauvaise. Seul un sursaut collectif dans un élan de prise de conscience nationale peut l’améliorer. Les journalistes ne sont ni plus courageux ni étrangement différents d’autres catégories professionnelles. Ils ont juste fait un choix professionnel et consciencieux de défendre le droit à l’information reconnu aux citoyens.

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