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Mohamed Ali Soilihi, de nouveau en librairie

Mohamed Ali Soilihi, de nouveau en librairie

«Lettres d’une vie. Parcours d’un homme d’État comorien»

Par ARM

   Oba est Congolais. Du Congo-Brazzaville. Un jour, il est chez lui, à Brazzaville, et suit le journal télévisé. Tout d’un coup, il se rend compte qu’on parle d’une conférence internationale sur les Comores. Il entend parler de Mohamed Ali Soilihi, qu’il voit apparaître aussitôt sur l’écran de télévision. Il sursaute, ému jusqu’aux larmes, noyé dans un flot de souvenirs, terrassé par l’émotion: il vient de reconnaître le frère comorien avec il partagé bien de moments à Toulouse dans les années 1970, alors qu’ils étaient étudiants. N’hésitant pas une seconde, il écrit à son ami après une séparation qui date de 1979, et là, il reçoit de lui une réponse également émouvante. Oba lui-même avouera: «Mohamed! C’est à peine croyable! Quand je vous ai écrit (et puis écoute, tutoyons-nous, cela me mettra plus à l’aise), je pensais jeter une bouteille à la mer, comme dans la légende. Je constate que les temps, même sévères, n’ont rien effacé dans ta mémoire, signe d’une vitalité intellectuelle, comme quand on avait les vingt, trente ans. Je crois qu’on peut, sur ce plan déjà, te faire confiance. J’ai retrouvé dans ta belle lettre, tout ce que tu me contais à Toulouse lors de nos veillées nostalgiques mais belles dans nos chambres des cités universitaires, dans les années 1970». Le contact venait d’être rétabli entre les deux hommes. Les deux amis vont échanger des dizaines de lettres, parlent du passé, du présent et taquinent l’avenir. Ils parlent des Comores et du Congo-Brazzaville, et insistent sur l’attachement de chacun à son pays. Tandis qu’Oba signale à son ami que «Dieu m’a accordé la chance de tomber sur une femme merveilleuse qui, sans être une grande intellectuelle, sait m’accompagner et me soutenir en toute circonstance. C’est elle d’ailleurs qui m’a convaincu de quitter le monde politique, ayant compris que je n’étais pas fait pour lui», Mohamed Ali Soilihi lui dit qu’il est dans ce monde politique-là, avec ses hauts et ses bas, ses traversées du désert et des moments les moins pénibles, l’essentiel résidant dans la volonté de servir son pays avec fidélité et loyauté.

   On l’aura compris: Mohamed Ali Soilihi, en accord avec son ami Oba, a décidé de publier les lettres qu’échangent les deux hommes, et cette publication est une pure merveille à tous points de vue.

   Dans ce livre très émouvant, on découvre Mohamed Ali Soilihi à l’École coranique avec ses châtiments corporels, à l’École primaire de Mbéni, au Collège et au Lycée de Moroni, à Toulouse pour ses études en Agronomie et au sein de l’appareil d’État comorien. On le découvre également dans les ruelles de Mbéni, dans la campagne jouxtant la ville, en compagnie de ses amis de jeux. On découvre également un garçon bien décidé à réussir dans ses études et qui déploiera la même énergie pour réussir sa carrière professionnelle. Au fil des pages, on voit Mohamed Ali Soilihi dans une jeunesse comorienne bien accomplie, en train de jouer à la guitare, en train de faire du théâtre, en train de danser du Twist et du Rock, mais aussi en train de nettoyer les amphithéâtres à Toulouse pour pouvoir financer ses études. On le voit aussi en famille, on découvre le premier cercle de sa famille, les joies et les peines. Emprisonné en 1992 et pendant 8 mois à la suite d’une rumeur de putsch, il vivra les moments les plus pénibles de sa vie, quand son épouse n’aura pas 5.000 francs (10 euros) pour l’achat de ses médicaments, et quand il perdra sa mère, les pouvoirs publics lui accordant juste et à la dernière minute le droit d’aller au cimetière au moment de l’enterrement.

   Le voilà en train de travailler avec les différents Présidents comoriens, déployant toute son énergie pour réussir, lui qui a compris en 1980, au moment de sa nomination à la tête du Centre fédéral d’Appui au Développement rural (CEFADER) qu’«en tous cas, je me rendis très vite à l’idée que du succès ou de l’échec de cette grande mission dépendait la suite de ma carrière professionnelle. Rapidement, je devais mettre sur la table les preuves concrètes de mes compétences». Cette réflexion fait rappeler à Oba une chose fondamentale: «Tu n’arrêtais pas de m’asséner, comme pour me faire partager ta conviction, que même volcaniques, les Comores avaient une vocation agricole, et que c’était précisément cela qui avait suscité ta propre vocation en agronomie. La misère des paysans de ton pays, dont tu me parlais avec tristesse, n’avait fait que faire aiguiser cette excitation intellectuelle et presque morale à devenir ingénieur agronome. Et, tu l’es devenu parce que tu y mettais une farouche volonté de réussir pour toi-même, pour ta famille et pour ton pays…».

   Oba a choisi de s’éloigner de la politique, une activité très dangereuse en Afrique, et Mohamed Ali Soilihi a choisi d’en faire un métier. Mais, faire de la politique ne signifie pas se dévoyer, et Mohamed Ali Soilihi le dit à son ami Oba: «Oba, j’ai travaillé aux côtés de quatre présidents de mon pays avec loyauté, honnêteté et rectitude. Pour autant, trait sans doute singulier dans le monde très impitoyable de la politique, je n’ai jamais couru après les postes de prestige et de responsabilité, ni eu l’ambition démesurée; je n’ai jamais eu l’âme d’un frotte-manche, ni celle d’un courtisan. Je n’ai jamais ciré les chaussures de qui que ce soit, ni au sens propre, ni au sens figuré. Je suis resté moi-même».

  Et Mohamed Ali Soilihi a le bonheur de constater que chaque projet réalisé apporte une joie immense aux Comoriens: «Ces CADER étaient les démembrements du CEFADER dans les régions. Ils jouaient un rôle décisif dans l’encadrement et dans la sensibilisation de nos agriculteurs. Je ne saurais te décrire la joie des populations de certaines régions lorsqu’elles virent s’ouvrir des pistes praticables qui les reliaient enfin au reste du pays. La construction de ces pistes s’avérait indispensable pour répondre au double défi de l’accroissement de la production et de l’acheminement de cette production vers les marchés. Les Comores étaient devenues un immense chantier. Mais, mon cher Oba, j’étais loin d’imaginer que, par l’ouverture de ces pistes, je résolvais en même temps d’autres problèmes autrement plus dramatiques. Celui, par exemple des femmes à qui il arrivait parfois d’accoucher en rase campagne, sur la route de leur acheminement par civière portée sur des épaules, vers le centre hospitalier le plus proche. Pour moi, voir s’afficher sur le visage de ces populations le sourire d’un bonheur ineffable constituait le meilleur des réconforts et le plus fort moyen de me faire oublier toutes les souffrances que j’ai connues durant la période de mes études d’agronomie à Toulouse. Vint alors une politique tout à fait inédite de financement des agriculteurs à travers des lignes de crédit ouvertes à la Banque de Développement des Comores (BDC). Un pas important devait d’ailleurs être franchi, bien plus tard, quand je deviendrai ministre de l’Économie et des Finances, dans le financement des activités des agriculteurs avec le projet, que j’ai dû porter à bras-le corps, de la création de sortes de banques populaires et communautaires qui sont appelées Meck et Sanduk et qui sont toujours en activité».

  On retrouve également Mohamed Ali Soilihi devant le calvaire de voir ses anciens amis de combats politiques du temps de la jeunesse arrêtés en 1985 à la suite d’une tentative de coup d’État, alors que lui-même est ministre. Comment rester loyal envers le gouvernement tout en songeant au sort réservé à ses anciens camarades, dont Mohamed Abdou Soimadou, le préfacier de ce livre intime sur Mohamed Ali Soilihi par lui-même?

  Autant dire que Mohamed Abdou Soimadou est la personne la mieux indiquée pour préfacer ce livre, lui qui apprend au lecteur: «Car en réalité, Mohamed Ali Soilihi n’est pas seulement pour moi le vice-président des Comores; il l’est, certes, mais il est d’abord et surtout un frère. Cette fraternité, certes, n’est pas de case, mais en a presque la même valeur sentimentale, puisque née et grandie au cours de toute une vie: l’enfance commune, l’École primaire à Mbéni, le lycée à Moroni, les études supérieures en France et, aujourd’hui, la vie active. Le plaisir est d’autant plus chatouillant que j’ai, pendant une courte année, connu l’autre épistolier de cet ouvrage, Oba, comme cela est dit quelque part dans une de ces merveilleuses et mémorables correspondances».

Mohamed Ali Soilihi: Lettres d’une vie. Parcours d’un homme d’État comorien, L’Harmattan, Paris, février 2016 (78 p.).

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 4 février 2016.

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