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«Mon parti ne mourra ni par loi, ni décret, ni arrêté»

«Mon parti ne mourra ni par loi, ni décret, ni arrêté»

Interview exclusive accordée par Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

     www.lemohelien.com: Quelle a été votre réaction à l’annonce du décès de l’ancien Président iranien Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, en cette période où l’on parle de l’implication de l’Iran dans l’élection présidentielle de 2016 et où l’on assiste à la chasse livrée à ce pays aux Comores, qu’il s’agisse de sa représentation diplomatique, de ses institutions sur place ou de la méfiance des autorités comoriennes envers le Chiisme?

Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je voudrais, tout d’abord, vous remercier, vous et vos collaborateurs, pour l’intérêt que vous portez à ma personne et au parti politique que je dirige, le Parti Comores Alternatives (PCA), qui ne mourra ni par loi, ni par décret, ni par arrêté ministériel.

J’ai appris la nouvelle avec beaucoup de tristesse. C’est une grande perte pour le peuple musulman du monde entier, qu’il soit sunnite ou chiite. C’est surtout une grande perte pour le peuple et le gouvernement d’Iran. Ali Akbar Hachemi Rafsandjani a été un dirigeant modéré et modérateur, accepté par tous les dirigeants politiques et le peuple d’Iran. Il ne faut pas oublier qu’il a été la personne qui a le plus insisté auprès du Guide de la Révolution islamique iranienne, l’Ayatollah Khomeiny, pour accepter l’arrêt de la guerre Iran-Irak, une guerre qui a duré plus de huit ans et qui a fait plusieurs milliers des victimes. Il a été aussi, lors de la mort du Guide de la révolution, l’indicateur du choix du Guide actuel de la République d’Iran, au sein des Conseils des Experts, organe qui choisit le successeur du Guide l’Ayatollah Ali Khamenei. C’est quelqu’un dont les visions, les compétences religieuses et politiques vont beaucoup nous manquer, surtout à la nation iranienne. C’était, en quelque sorte, le Deng Xiaoping iranien, par son pragmatisme. Il a été le premier à opter pour la politique d’ouverture économique et politique pour la jeune République islamique d’Iran de l’époque.

Je saisis cette occasion pour transmettre mes condoléances au peuple iranien, au gouvernement et à sa famille, plus particulièrement à sa fille, qui est une grande militante politique.

Pour l’évolution de nos relations diplomatiques avec l’Iran, je pense qu’il n’y a pas eu de changement depuis le régime politique d’Ikililou Dhoinine. Je trouve que nos dirigeants d’hier et ceux d’aujourd’hui ont une autre vision du monde et ce qu’ils veulent pour les Comores et surtout de la République islamique d’Iran est à l’opposé de ma vision et de celle de mon parti politique, le Parti Comores Alternatives. Nous concevons la politique étrangère comme une manière d’avoir des alliés sûrs, fiables et capables de vous épauler aujourd’hui et demain dans les domaines politique, économique, social, stratégique et de Défense. Nous comprenons que nos dirigeants, y compris ceux qui se prétendent ostensiblement proches de l’Iran, font une politique extérieure rentière et factuelle et non pérenne.

Pour la situation des croyants d’obédience chiite aux Comores, le comportement de nos dirigeants à leur égard est intolérable et impardonnable. Les Comores sont un pays de tolérance, de paix et de compréhension mutuelle. Il y a des Musulmans, des Chrétiens, des agnostiques, des athées et des adeptes du mariage pour tous, et personne ne les dérange. Il y a à Moroni et à Fomboni une église qui n’effraye et ne dérange personne.

Les membres du gouvernement doivent se mobiliser pour assurer la paix, la sécurité de tout le monde, quelle que soit sa croyance, afin d’aider les Comores à devenir un «pays émergent». Nous voulons faire des Comores un «pays émergent», un vœu de tous les Comoriens, fatigués de vivre dans la misère et le dénuement. Cela doit commencer par l’apaisement du climat social et politique.

Les Chiites sont des Musulmans comme les Sunnites. Notre pays n’a pas de place pour un conflit entre rites religieux musulmans. Je suis, par ailleurs, inquiet du silence de notre Mufti, qui connaît bien les tenants et les aboutissants du Chiisme et du Wahhabisme, comme il a fait ses études théologiques à l’Université d’Al Azhar du Caire, une Université fondée par une dynastie chiite ismaélienne, celle des Fatimides.

www.lemohelien.com: On sent dans votre réponse et dans vos prises de position passées un parti pris en faveur de l’Iran. N’avez-vous pas peur que vos adversaires exploitent cela contre vous pour vous accuser de Chiisme?

Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je n’agis pas par crainte de ce que les gens vont dire ou non, surtout comme vous dites, quand il s’agit de mes adversaires, mais pour l’intérêt du peuple comorien et de mon pays. Je suis Musulman à la fois Sunnite et Chiite, car les deux prennent leurs sources auprès du Prophète Mohammad Ibn Abdillah, la paix et la bénédiction d’Allah sur lui et sa famille. Je fais mienne la parole de l’Imam Chafii, qui dit: «Lorsque le hadith, parole, acte et fait du prophète, est juste, c’est mon rite, c’est mon parti». Le Prophète Mohammad Ibn Abdillah dit, selon les hadiths compilés par les Imams Boukhari et Muslim: «Je vous laisse deux choses. Si vous y accrochez, vous ne serez jamais perdus: le livre de Dieu et mes traditions». C’est ma source d’action et de référence, et rien d’autre.

Malheureusement on est loin de notre religion et de l’enseignement de notre Prophète. Notre pays subit une pression et une manipulation venant de l’extérieur afin de nous rendre un deuxième Yémen. Que Dieu nous épargne de ces spécialistes de la zizanie et de leur intention. Le Chiisme a toujours existé aux Comores, depuis longtemps, sans que cela ne fasse peur ou du bruit. Mais, aujourd’hui il y a certains pays qui veulent s’ériger en puissances, moyennant une manne financière colossale, en créant des désordres et des conflits dans le monde musulman surtout là où l’argent est très sonnant et l’ignorance prépondérante. Mais, l’argent uniquement ne suffit pas à rendre un pays une puissance politique ou économique, même régionale. Le silence est assourdissant, et surtout quand il s’agit des oulémas qui ne sont pas d’obédience wahhabite aux Comores, il est condamnable.

Il faut souligner que ce désordre est initié et conduit par des oulémas wahhabites, qui sont de la tendance rigoriste de Mohammad Ibn Abdoulwahab, proche du rite sunnite hanbalite et très loin de celui de l’Imam Mohammed Ibn Idriss Chafii. Ces oulémas ont pu convaincre le régime politique d’Ikililou Dhoinine de faire voter une loi pour imposer aux croyants comoriens que l’unique manière d’accomplir les prières est celle qui consiste à se conformer au rite chaféite. Cette loi, qui est loin d’être bien inspirée, comme il y en a beaucoup chez nous, est votée par nos nobles Députés, en sachant que ces derniers ignorent totalement que nos oulémas qui dirigent la plupart de nos prières sont des wahhabites et non chaféites. Il faudra aussi interdire le wahhabisme dans nos mosquées pour faire respecter cette loi.

www.lemohelien.com: Au moment où vous-même et deux autres opposants êtes accusés de faire des yeux de merlans frits à Azali Assoumani, qui a déjà fort à faire avec les siens, qu’il case et qu’il doit caser, le ministre de l’Intérieur prend des mesures qui mettent les feux aux poudres. Cela vous inspire quoi?

Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Accusez! Je n’en suis pas au courant. Azali Assoumani est ce qu’il est, que je le veuille ou non. C’est un fait. Je n’apprécie pas la façon dont il dirige les Comores de son investiture à aujourd’hui, et cela je le dis à ma façon et selon mes convictions. Je me suis donné une manière de m’opposer au régime politique qui consiste à proposer, à dire ce qui ne va pas, sans injures, ni des mots grossiers. Je compte un jour diriger le pays, d’une façon ou d’une autre, je dois respecter les fonctions et les personnes qui les occupent hier et aujourd’hui. Est-ce cela «faire des yeux de merlans frits»? En plus, chaque homme politique est libre d’aller là où il voudra si cela peut servir le pays ou ses objectifs politiques. Je ne connais pas les deux autres à qui vous m’associez, mais ce sera leur choix. Si Azali Assoumani a du mal à caser ses partisans cela ne me concerne pas, du moment où je n’en fais pas partie.

Par contre, le ministre de l’intérieur veut faire du zèle et de l’activisme là où il ne fallait pas. Je pense qu’il dirige un ministère régalien qui a beaucoup de choses à faire et de toute urgence, au lieu de s’en prendre aux partis politiques et aux vendeurs dans des bidonvilles.

www.lemohelien.com: Justement, en violation totale de la hiérarchie des normes juridiques, une loi votée par l’Assemblée de l’Union interdit le multipartisme intégral tel qu’il est permis par la Constitution, et cela va impliquer l’interdiction de votre formation politique, le Parti Comores Alternatives (PCA). Allez-vous ramener vos partisans à l’UPDC, à la CRC, au RADHI, à Orange, au RDC ou au Juwa?

Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Vous allez me faire pleurer de rire. Je souhaite vous rassurer. Notre parti politique, le Parti Comores Alternatives (PCA), reste et restera comme il est. On ne va le diluer dans aucun autre parti politique, pour plusieurs raisons, dont les trois suivantes:

1.- La première est idéologique et politique: par exemple, aucun parti autre politique aux Comores n’a demandé la sortie du pays de la zone franc. Or, pour nous, il est obligatoire, pour la survie de notre jeune nation, de ne plus en être membres.

2.- Pour nous, cette loi est liberticide. L’accepter, c’est comme tuer un enfant pendant la gestation ou dans le berceau au moment où on décrète ou on fait des lois car on veut que des êtres humains marchent. Comment un parti politique peut avoir des élus ou des électeurs s’il n’a pas eu le temps de se former, de s’organiser et de concourir? Les six partis cités, ce sont des partis politiques qui ont été créés sur la base de fonds publics opaques et par les pouvoirs publics. Aucun d’entre eux n’a été fondé sur des idées, des projets, mais uniquement dans des circonstances, lubies et occasions de pouvoir. Nous ne pouvons à aucun moment nous diluer dans ce genre de farinade.

3.- Nous sommes convaincus que la politique est un combat continu, celui de chaque jour, un combat qui ne se décrète pas, ni ne peut être encadré par une loi. Nous continuerons notre existence et nous sommes plus déterminés à exister plus aujourd’hui qu’hier. Il faudra savoir qu’en France, il y a une loi sur les partis politiques. Mais, cette loi finance les partis politiques qui ont des élus ou ont un certain pourcentage électoral. Mais, aux Comores, c’est juste une loi qui n’apporte rien sauf essayer de museler la liberté de s’organiser et de militer.

Propos recueillis par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 12 janvier 2017.

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