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Msa Ali Djamal crée Azali Assoumani Baba et les sondages

Msa Ali Djamal crée Azali Assoumani Baba et les sondages

Le savant multicarte recrée Azali Assoumani Baba en ange du Paradis

Par ARM

     Le frère Ahmed Youssouf dit Alley est un patriote sincère. Il a perdu ses dernières illusions sur la plupart des acteurs politiques comoriens et préfère se référer à l’œuvre même inachevée d’Ali Soilihi. Pourtant, malgré les frasques des politiciens comoriens, il fait tout pour que ces derniers ne lui gâchent pas son sommeil et ne l’énervent pas. Blasé, il fait avec. Pourtant, dans la matinée de ce mardi 24 novembre 2015, il est furieux au téléphone, et l’origine de sa colère a un nom: Msa Ali Djamal. Le frère Ahmed Youssouf fait tout pour contenir sa colère et arrive à peine à dire: «As-tu vu la dernière facétie de Msa Ali Djamal? Il vient de sortir un truc dans lequel il prétend que des sondages placent son Dieu Azali Assoumani en tête des intentions de vote et que si l’élection présidentielle comorienne avait lieu aujourd’hui, c’est cet homme qui a ruiné les Comores de 1999 à 2006 qui serait élu haut la main. Le comble c’est qu’un homme qui se dit scientifique, sociologue et disciple de Pierre Bourdieu – qui doit se retourner nerveusement et rageusement dans sa tombe, dégoûté – ose qualifier des acteurs politiques de “petits candidatsˮ, et cela, par pur mépris envers des gens qui valent mille fois mieux que lui». Bien évidemment, il a fallu calmer le frère Ahmed Youssouf, en lui expliquant que les sondages relèvent de la science, malgré des imperfections, se font selon des moyens et des méthodes scientifiques dont ne dispose pas Msa Ali Djamal, et que leur organisation se fait toujours sur la base d’un échantillon représentatif de toutes les couches sociales de toutes les régions du territoire choisi. Il a fallu expliquer au frère Ahmed Youssouf qu’un homme qui est en France ne peut pas organiser des sondages sur les Comores et qu’il est, de surcroît, impossible de faire les sondages sur un média que les Comoriens ne connaissent point. Parce que les Comoriens qui ont entendu parler de «L’Observatoire des Comores» ne courent pas les rues, donc, ce sondage est nul et non avenu. C’est de la pure mascarade relevant de la complaisance démagogique et mensongère.

     Il a également fallu lire au frère Ahmed Youssouf un passage du grand classique de Madeleine Grawitz sur les sondages, et ce passage ne milite pas en faveur de la crédibilité du «sondeur» et de son «sondage»: «Le sondage est né d’une impossibilité pratique: interroger individuellement toute une population à laquelle on s’intéresse, et d’une possibilité statistique: décrire le tout par la partie. Impossibilité pratique, en effet, un recensement complet entraîne une organisation matérielle et des frais importants, les résultats sont très longs à exploiter et à publier. De plus, on ne peut disposer d’un personnel suffisant pour recueillir autre chose que des informations facilement accessibles: état civil, signes extérieurs, etc.», et il faut avoir «une estimation des paramètres d’une population donnée» et «vérifier une hypothèse statistique concernant une population»: Madeleine Grawitz: Méthodes des sciences sociales, 11ème édition, Dalloz, Collection «Droit public – Science politique», Paris, 2001, p. 533.

     Par la suite, il a fallu chercher sur Internet «l’étude scientifique» du savant multicarte Msa Ali Djamal pour avoir une idée exacte des dernières découvertes sorties de ses éprouvettes et de son laboratoire. Et là, on ne s’ennuie pas parce que l’homme de Chezani-Mboinkou a réalisé la grande «prouesse» mondiale de présenter aux Comoriens un Azali Assoumani Baba populaire, aimé, adulé, béni, moderne, moderniste, aussi innocent que le jour de sa naissance, un Azali Assoumani Baba aimant les Comores et n’ayant fait aucun mal à ce pays. Un agneau qui vient de naître. C’est la joie de savoir qu’aux Comores, un tel homme existe et qu’il va conduire le peuple droit au Paradis, puisqu’il y vient. Lisons certains morceaux choisis de l’«œuvre» du grand savant multicarte Msa Ali Djamal pour voir comment il a créé à la fois les sondages et le nouvel Azali Assoumani Baba: «L’observatoire des Comores a réalisé quelques sondages en ligne sur lesquels je voudrais revenir pour dégager trois analyses sur cette étude d’intention de vote. […]. Deuxième analyse, l’ascension remarquable du candidat potentiel du parti de la Convention pour le Renouveau des Comores. Cette montée en puissance de l’ancien président Azali Assoumani dans les sondages (17,51% des sondés ont exprimé l’intention de voter pour lui) regorge plusieurs facteurs explicatifs. Azali Assoumani est celui qui est longtemps sur le terrain. Depuis son retrait du pouvoir, il est resté au pays, en contact permanent avec les Comoriens. Le lien entre lui et le peuple n’a pas été rompu. Proche des gens, c’est un homme extrêmement accessible et sociable qui a développé une aisance relationnelle. Il participe avec les petits gens dans les cérémonies de mariage. Dans les moments difficiles, il est présent. C’est celui qui n’hésite pas de composer un numéro de téléphone pour présenter ses félicitations ou ses condoléances selon le cas à un de ses amis ou anonymes. Son répertoire de relations personnelles est hétéroclite et diversifié. On compte parmi son entourage des ouvriers, des employés, des étudiants, des cadres, des notables. C’est un homme de proximité». Blablas. Taratata.

     Pour les condoléances et les félicitations, on sait ce qu’il en est, surtout s’il s’agit d’être vu en public, de prendre des enveloppes de 1.000 francs comoriens (à peine 2 euros) lors des cérémonies mortuaires. Les Comoriens savent comment Azali Assoumani Baba fait tout pour être vu partout où on inaugure les chrysanthèmes, au point d’avoir failli se faire tuer par une vache mohélienne à Fomboni en février 2014. Entre nous, sur l’organe de propagande d’Ahmed Sambi, tous les sondages sont en faveur de l’ancien satrape, comme par pur hasard.

     Et, toute honte bue, le savant multicarte continue sa litanie de bonnes nouvelles pour son chef Azali Assoumani Baba: «Deuxième facteur explicatif de cet engouement pour l’ancien président est d’ordre politique. Son parti recrute une armée des militants disponibles et profondément engagés par conviction. Il mobilise son électorat sur le terrain depuis de lustres. Dans des cadres de conférence, des séminaires, des émissions médiatiques, les adhésions s’accentuent. Le leader du renouveau est le premier à bénéficier de ralliement des comités de soutien formés à l’extérieur du pays, au Sénégal, au Maroc, à Madagascar, en France. Son appareil politique a mis à disposition des outils relativement modernes. Un site internet mis à jour, une page Facebook très active, et un groupe de militants très motivés, un compte d’Instagram ouvert, sans compter sa plateforme Youtube. Tous ces outils modernes créant de la dynamique au sein des volontaires et génèrent de la motivation militante. La CRC a renoué avec ses militants et sympathisants, et a fait un remodelage de son fonctionnement, communique avec la base et rend disponible les informations le concernant. Des hauts cadres du parti, notamment Mohamed Chatur Al Badaoui, Dr Maoulana Charif, Fouad Goulam, Dr Younoussa Ben Imani se sont déplacés plusieurs fois à la rencontre des militants de France pour échanger au sujet du projet et de l’actualité du parti. C’est un atout considérable. Autre élément explicatif, c’est le bilan qui est positivement défendu par son électorat. Azali Assoumani, c’est l’homme de l’université et de la réconciliation nationale. C’est aussi l’homme du renouvellement des élites, doté à la fois d’une autorité capable de se servir de la main gauche, celle de politique sociale, de la création d’emploi, et de la main droite, celle de mettre de la voix et de l’autorité dans la république. Pour les jeunes, c’est l’homme doté d’un goût prononcé pour la culture. Grand lecteur au goût culturel éclectique, il a inventé le Prix Gombessa pour promouvoir la culture et le prix de mathématique pour encourager les séries scientifiques. C’est aussi l’homme grâce auquel les Comores sont admises à la FIFA en dotant notre pays d’infrastructures sportives modernes. Autant de facteurs qui contribuent à élargir ses réserves électorales surtout chez les jeunes universitaires qui voient en lui l’homme de culture méritocratique. Azali Assoumani, c’est aussi l’homme qui est entouré par des journalistes, des juristes, des économistes, des historiens, des statisticiens, des médecins, des diplomates, des fonctionnaires, et d’une grande partie de l’intelligentsia comorienne qui le considère comme le moins mauvais, et comme le candidat le plus crédible et le plus sérieux. Voilà ce qui explique cet engouement. Troisième enseignement, c’est la désaffection qui frappe deux ténors du pouvoir. Le premier Mohamed Ali Soilihi Mamadou, qui peine à recueillir 4,12% et Mouigni Baraka devancé par des petits candidats comme le Général Salimou». Reblablas.

     «Des hauts cadres du parti»? Ils sont où? Et c’est qui? Et depuis quand Azali Assoumani Baba est le «leader du renouveau» et «l’homme du renouvellement des élites»? Et on apprend en plus qu’il est un «grand lecteur au goût culturel éclectique» et un «homme doté d’un goût prononcé pour la culture»? Parce qu’il lit quoi? Parce qu’il se cultive maintenant? Et c’est quoi sa culture, en dehors du putschisme multirécidiviste? En tout cas, compte tenu de son niveau de français, il doit faire des lectures parce que ça fait un peu folklo et du désordre sur Radio France Internationale (RFI) et ailleurs. Ah! Donc Azali Assoumani Baba est «l’homme de l’université»? Pourtant, ce n’est pas ce que dit l’ancien ministre Omar Tamou, qui considère que le putschiste n’a fait que renommer l’ancienne ÉNES, créée par Ahmed Abdallah. Et puis, on aurait aimé savoir ce que Msa Ali Djamal fait de la piquante observation de Thierry Vircoulon selon laquelle «la privatisation de l’État, le “néo-paternalisme” de type sultanique ou la “politique du ventre”, bref les racines de ce que la Banque mondiale appelle la “mauvaise gouvernance” n’ont pas été éradiquées durant la transition. Corruption et mauvaise gouvernance ont continué à prospérer sous les yeux de la “communauté internationale”: aux Comores, comme l’atteste la découverte de 40 millions d’euros dans des comptes à l’étranger, le Colonel Azali a pillé le Trésor public et distribué les contrats publics à la coterie formée par ses proches». (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/0902_Vircoulon_FR.pdf.). Alors?

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 26 novembre 2015.

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