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Nawal Mlanao, auteure, compositeure et interprète : « Ma musique est soufie, elle est empreinte de la tradition comorienne et de la sono mondiale »

Entretien réalisé par Faïssoili Abdou

Nawal Mlanao, auteure, compositeure et interprète (source : www.nawali.com)
Nawal Mlanao, auteure, compositeure et interprète (source : http://www.nawali.com)

Elle affiche fièrement trente années de scène, des milliers de concerts un peu partout dans le monde  et quatre albums au compteur  [Kweli (2005), Aman (2007), Nawal et les femmes de la lune (Live 2009) et Caresse de l’âme (2011)].  L’auteure, compositeure et interprète franco-comorienne, Nawal Mlanao, s’impose aujourd’hui comme l’une des plus grandes figures de la chanson comorienne. Une icône qui a réussi à franchir les frontières des îles de la lune  pour  s’installer durablement sur la scène internationale.

Armée de son Gambusi et sa voix envoûtante, elle s’est taillé une place de choix dans la chanson comorienne.  Les messages de paix, d’humanisme et de partage prodigués  à travers ses chansons ont fait le reste. Elle a conquis  des fans dans les quatre coins du monde. Avec détermination, cette descendante de Maarouf (prédicateur  soufi qui a introduit la twarika Chadhiliya aux Comores) a su trouver très rapidement sa voie et règne avec majesté  au sommet de l’afro-sufi-roots, son style musical, qu’elle décrit comme étant « un mélange  de la musique traditionnelle comorienne du soufisme et de la sono mondiale (du jazz, du blues, du reggae) ». 

Alors qu’elle s’apprête  à sortir prochainement  une réédition de son deuxième album  Aman, Nawal  est déjà entrain de mijoter un nouvel album, le cinquième,  prévu pour la fin de l’année 2017. La diva  revient d’une tournée en Russie où elle a tenu des concerts. Elle se prépare à monter sur scène à Paris ce 15 décembre. Comoressentiel, en a profité pour s’entretenir avec elle. Nawal, nous parle ici, de sa musique, évoque son métier d’harmonisatrice d’émotions. Elle nous présente ses projets à venir notamment  l’intention  d’ouvrir  un centre d’insertion et de création sur l’île de Mohéli. Au cours de cet entretien, elle nous a, également, livré le  regard  qu’elle porte sur le monde culturel de l’archipel des Comores, etc.(Nawal  est en Concert ce jeudi  15 décembre au centre Mandapa, 6 rue Wurtz 75013 Paris 20h30). Entretien…

Vous revenez d’une tournée en Russie où vous avez tenu des concerts dans les villes de Moscou et Saint-Petersbourg. Comment s’est passé ce déplacement ?

C’était très riche. Et très intéressant de voir qu’en Russie, il y a des pratiquants soufis, il y a des gens qui sont ouverts vers d’autres cultures. Et il y a quelque chose d’assez intéressant, par rapport à ma quête de l’être humain et d’où l’on vient etc.… Alors là-bas, ils ont quelque chose qui ressemble beaucoup à chez nous, ils ont le Safliki. Safliki ce sont des brochettes. Moi, j’entends Mchakiki, et nous aussi ce sont des brochettes. C’est intéressant de voir qu’il y a des choses qui peuvent être communes. Je pense qu’ils sont en lien peut-être avec les soufis qui sont arrivés depuis l’Iran et peut-être avant l’Iran, depuis tout ce qui est des anciennes colonies russes (Turkménistan etc.…). C’est intéressant de voir que même au niveau de leur parler, il y a des choses qui ressemblent aux Comores ; qui est à l’autre bout de la planète.  Et quand on regarde l’Histoire des Comores par rapport l’arrivée des Iraniens, des Perses, à l’intérieur d’eux, il y avait surement des gens qui venaient de plus loin dans le Nord, ce n’est pas si loin que ça.

C’était un concert assez particulier parce que par internet, j’ai envoyé mes chansons, mes textes à quatre femmes qui  sont juste des fans et qui avaient envie d’apprendre mes chansons et de chanter avec moi. Donc, on a eu deux répétitions avec elles avant de chanter vraiment et il y avait aussi deux musiciens russes qui jouent de la musique indienne. Ils jouent le Tabla, le violon indien, la flûte indienne. Leur groupe s’appelle Samhey, l’idée avec eux  c’était de faire une rencontre basée sur l’improvisation à partir de mes chansons. Bientôt, sur Youtube on va mettre des extraits de ces rencontres. C’était très beau…

Il y avait beaucoup de monde ?

Il y avait beaucoup de monde. Quand on a joué à Moscou, c’est passé en direct pendant le concert sur une chaine nationale dans une émission du genre « ce qui se passe en ce moment à Moscou ». C’est intéressant, ça fait une bonne ouverture en Russie.

J’ai rencontré aussi des organisateurs de concerts. Je pense que l’année prochaine, Inch’Allah, on va jouer dans des salles encore plus grandes avec encore plus de monde. En tout cas, ils aiment bien. J’ai amené 35 CD , je suis revenu avec trois. Voilà, il y a eu beaucoup de monde, beaucoup de succès et beaucoup de partage. Beaucoup de neige et beaucoup de froid aussi…(Rire).

Alors, c’était rigolo…pour la petite histoire, quand j’étais à un des concerts à Moscou, moi, je fais toujours chanter les gens même s’ils ne sont pas musulmans, je leur fait chanter Allah avec moi, parce qu’on va au delà de tout cela. Je les fais chanter, évidemment, en comorien aussi.  Et dans le public, je comprenais que ce n’était pas facile parce que personne n’avait jamais été venu aux Comores  et en fait, il y avait une petite fille qui avait été conçue à Mayotte et qui a fait son premier concert avec moi lorsqu’elle avait un an. Elle avait un an, j’étais en train de chanter à Mayotte. Elle était venue avec ses parents. C’était très émouvant, parce que c’est une petite fille qui a tété sa nounou qui était comorienne de Mayotte.  Ses deux parents, il y en a un qui tchèque, et puis elle, est française et travaille pour Médecins sans frontières et en ce moment elle est là-bas…

Peu d’artistes comoriens arrivent à s’exporter. Quelle est la recette, selon vous, pour pouvoir se produire ailleurs ?

L’idéal c’est d’avoir un agent qui vous cherche des concerts. Pour ma part, je n’ai plus d’agent depuis deux ans. J’attends, j’espère bientôt en avoir un, mais j’ai une renommée qui fait que les gens m’appellent. Voila, pour l’instant, c’est plus des gens qui m’appellent, ce n’est pas moi qui fait des recherches. Pour la Russie, ce sont des gens qui viennent à mes stages en tant que faiseur de bien c’est-à-dire en tant qu’harmonisatrice d’émotions. Parce que j’ai un autre métier à côté, j’ai hérité de Maarouf quelque chose qui permet en plus de ce que j’ai appris à l’école et dans la vie d’aider les gens à aller mieux, dans les soins. Donc, je faisais des stages en Allemagne, il y avait des Russes, ils m’ont dit, viens en Russie. Ils se sont organisés pour que je vienne là-bas et puis ça a fait son chemin d’autres personnes qui ont dit, il faut que tu reviennes encore…

Sinon, l’autre chose que j’ai fait et qu’il faut que je refasse avant de trouver un agent, c’est d’aller déjà sur internet chercher les festivals, les salles de spectacles, les centres culturels et puis leur envoyer un courrier avec deux, trois morceaux à écouter ou à voir, envoyer un courrier.(…) C’est après, quand ils répondent et qu’ils aiment votre musique qu’il faudra commencer à parler argent. C’est ce que je peux donner comme conseil. Même un professionnel, c’est ce qu’il va faire. Là, j’irai aux Comores pour différentes choses mais, je vais en profiter pour donner quelques masters class de voix à qui veut, puisque ça va être gratuit. Je pense que dans le futur quand le centre sera prêt à Mohéli, il va y avoir un lieu où on peut donner des formations  aux artistes comoriens pour savoir comment  faire pour avancer dans leur carrière. On n’a pas ça…

Pour l’instant, il y a, le Ccac, les Alliances françaises, alors je contacte, de temps en temps, ce n’est pas régulier, j’y vais quand je peux, pour offrir un stage…Mais dans le futur le centre à Mohéli, servira de ma part et mais aussi, je pense, que d’autres professionnels dans le monde pourraient avoir envie de venir partager…

Donc, vous allez ouvrir un centre à Mohéli ?

Oui. C’est vrai pour l’instant, je n’en parle pas beaucoup parce qu’il faudrait que ça existe déjà. Ça avance, peut-être, ça prend du temps. J’espère que ça sera facile de trouver des partenaires au pays, car je ne peux pas faire ça toute seule…Mais oui, je vais faire un centre d’insertion et de création…

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Cinq  ans après votre album Caresse de l’âme, vous allez sortir bientôt un nouvel opus, en fait, une réédition de votre 2ème album Aman. Pourquoi avez-vous choisi de rééditer cet album, y a-t-il un message particulier à passer ?

Ce qui m’a motivé, c’est vu les événements actuels en relation avec le Wahhabisme, avec ces personnes qui sont devenus fous, et qui au nom du plus beau vont tuer et qui salissent l’islam. Et l’islamophobie, du coup. Parce que l’être humain quand il a peur, il devient un vrai animal et il se méfie. Du coup, cela fait monter la peur de l’islam, il y a une montée de l’extrême droite parce qu’on a besoin de se sentir entre nous pour se défendre…Et, je pense que dans Aman, il y a des chansons qui parlent de cela et qui aident à mieux comprendre et à trouver la paix. Il y a beaucoup de gens aussi qui le demandent après le concert ou qui envoient des mails pour le demander…Donc, il fallait le rééditer.

Vous avez retravaillé les morceaux ?

Il y a un titre « Salama », qui est remixé par un Dj. Ça c’est le bonus qu’il y a dans ce nouvel album. Il y a une nouvelle pochette, parce que c’est une nouvelle édition, les éditions Jade qui vont le sortir. J’ai signé avec eux et ça va être distribué par Universal ou Warner suivant les pays. J’ai eu envie d’offrir  un cadeau voire un plus  dans cet album qui a été remasterisé et d’ouvrir le morceau Salama à un plus large public. Du coup, j’ai travaillé avec un Dj, qui a remixé le titre Salama.

Comment définirez-vous votre style musical?

« J’ai interrogé ces rythmes, je les ai ramenés ailleurs, je les ai fait miens, jusqu’à créer quelque chose qui m’est propre. Et du coup qui est universel ».

 J’aime bien l’appeler afro-sufi-roots. Parce que ma musique est africaine, ma musique est soufie, elle est empreinte de la tradition comorienne donc africaine et du soufisme, la spiritualité et de la sono mondiale (du jazz, du blues, du reggae). C’est une musique identitaire qui prend vraiment ses sources aux Comores mais qui se mélange avec mes nouvelles racines, mes nouvelles branches de Parisienne.  Mon objectif, et j’ai l’impression que ça marche, c’est qu’une personne âgée  qui n’est pas du tout branchée dans la sono mondiale, se reconnaisse dans cette musique. Une personne des Comores, je veux dire.

Parce que, je vois des mamans comoriennes danser sur ma musique ou des jeunes qui me disent, non c’est du Sambé etc…qui débattent pour savoir qu’est ce qu’il faut danser sur cette chanson. Est-ce que c’est du Sambé, est ce que c’est du Moulid, du Djaliko etc… Parce que je mélange tellement de sons, que tu peux danser ce que tu veux. Mais, je pars toujours d’un rythme bien précis des Comores.

Par exemple dans mon morceau Salama de l’album Aman, c’est du Moulid. Une fois, je me suis amusée, aux Comores à l’Alcamar, on a fait un concert, j’étais accompagnée que par des femmes d’Anjouan qui habitent Moroni, qui jouent des Tari, qui jouent le Ngoma. Elles n’ont joué que des rythmes traditionnels sur mes morceaux. Parce que, je me suis inspiré de ces rythmes. Donc, ça colle. Mais par contre, j’ai interrogé ces rythmes, je les ai ramenés ailleurs, je les ai fait miens, jusqu’à créer quelque chose qui m’est propre. Et du coup qui est universel.

En Novembre 2015, il y a eu la réalisation d’un film documentaire « Nawal et les femmes de la lune » pouvez vous nous en parler un peu de ce travail?

« C’est un film qui montre légèrement mon parcours artistique, qui montre d’où je viens et les questions que je me pose et les solutions que je propose par rapport à notre pays ».

C’est un film qui a été réalisé par Eric Münch et Francois Kotlarski.  C’est une longue histoire. Cela fait trop  longtemps que je connais Eric et François et qu’on  avait envie de faire un truc ensemble aux Comores. Il est arrivé qu’on a pu avancer avec un seul caméra et très peu de moyens. Nous avons profité d’une tournée que j’avais avec les femmes de la lune et puis grâce à l’aide d’un organisme de l’Etat pour la carrière des artistes, on a pu avoir  des fonds pour faire un portrait d’artiste. Donc, c’est moi, en relation avec le travail que je fais dans l’archipel des Comores à commencer par les femmes de la lune de Mayotte.

Puisque, j’ai commencé à mettre en action ce concept des femmes de la lune à Mayotte. C’est un film qui montre légèrement mon parcours artistique, qui montre d’où je viens et les questions que je me pose et les solutions que je propose par rapport à notre pays. Par rapport à l’environnement, par rapport à la femme, par rapport aux potentiels, aux richesses non exploitées que nous avons et en même temps de mettre la femme de l’archipel des Comores à l’honneur et de créer mon film gospel.

Justement à propos de votre projet avec les femmes de la lune, il y a un internaute qui vous accuse d’avoir accaparé le « Deba » qu’il présente comme une spécificité mahoraise. Que répondez-vous à cela ?

« Ce sont les Anjouanais qui l’ont amené le Deba à Mayotte. Il n’est pas pour autant anjouanais, non plus. Il est venu par rapport au Mozambique et avant cela au Yemen. Après les Bantous, ils ont fait à leur façon« .

Oui, j’ai entendu parler de cela. Quelqu’un m’a montré, j’ai regardé et puis, je me suis dis, bof, ce n’est pas la peine de répondre. Mais, c’est l’ignorance. Et de la colère. C’est enfantin. Je comprends la personne qui est ignorante, qui a besoin de justifier des choses par rapport à son choix de ne pas être Comorien ou sa colère face à cette situation. Je ne sais pas moi. Mais, ce que je sais c’est que le Deba, c’est fort possible qu’il vient du Yémen. En tout cas, une chose est sûre, c’est que la plupart des Mahorais à part ceux qui sont Malgaches, ils sont Anjouanais. Vous savez, cette année, j’étais à Anjouan, et puis j’ai fait les trois îles, avec un ami scientifique Russe, on a fait des recherches sur le soufisme dans l’Océan indien et j’en ai profité pour poser des questions à Anjouan pour avoir beaucoup plus de preuves par rapport à ce qu’ils disent, comme quoi le Deba est seulement de Mayotte. Et, évidemment, j’ai la preuve aujourd’hui que le Deba était d’abord à Anjouan avant d’arriver à Mayotte.

Ce sont les Anjouanais qui l’ont amené à Mayotte. Il n’est pas pour autant anjouanais non plus. Il est venu par rapport au Mozambique et avant cela au Yemen. Après les Bantous, ils ont fait à leur façon. Mais, moi, j’ai des enregistrements que j’avais fait à la radio Comores, les premiers Deba que j’ai chanté, que j’ai connu, ce sont des Deba que j’ai connu par des groupes anjouanais. Aujourd’hui, les femmes anjouanaises font beaucoup moins le Deba. Elles font beaucoup plus le tari alors, il y a une nouvelle génération à Mayotte qui ne connait pas son Histoire, qui ne fait pas de recherches et qui pense que parce que Mayotte l’a beaucoup développé c’est mahorais (…) J’espère que ces gens, un jour  vont connaitre l’Histoire et qu’ils vont comprendre. Je crois que les gens sont perdus. Donc, ils ont besoin de trouver des béquilles pour les faire tenir.

Quels sont vos autres projets  à venir en plus de ce projet de centre à Mohéli dont vous nous avez parlé plus haut?

« Le projet du centre à Mohéli sera à la fois un centre d’insertion et aussi une sorte de coopérative. C’est un lieu qui doit être autonome et qui veut créer du travail« .

Là, j’avance dans la préparation du prochain album qui est vraiment tout nouveau. Il est prévu de sortir à la fin d’année 2017 ou début d’année 2018. Pour ça, je me prépare à aller en Afrique du Sud où j’ai enfin trouvé un partenaire, une chorale gospel. Je leur envoie mes chansons, ils travaillent dessus. C’est quand ils seront prêts que je vais pouvoir aller là-bas. Sinon, je prépare une longue tournée (trois semaines) en février en Allemagne.  La 1ère quinzaine de mars, je suis à Mayotte pour un projet là-bas avec les Cemea, une structure nationale de formation et d’insertion. Je vais là-bas faire un travail de création avec des jeunes et des adultes de Mayotte. Je pense que ça sera un mélange avec des sans papiers. Et ça sera sur le thème des violences faites aux femmes.

Le projet du centre à Mohéli sera à la fois un centre d’insertion et aussi une sorte de coopérative. C’est un lieu qui doit être autonome et qui veut créer du travail. Pour cela, il faut former, il faut développer les richesses, parce qu’on reste dans cette philosophie, il faut développer ce que l’on a. On importe le minimum voire pas du tout. Et par contre, on veut faire des produits qui peuvent être vendus à l’extérieur. C’est une sorte entreprise d’insertion en fait. Pour pouvoir créer du travail et en même temps mettre en valeur nos richesses. Ce que je dis dans le film, mais que je commence à mettre en concret…Montrer un exemple sur ce que je dis, en espérant que les gens qui vont me copier. Parce qu’il y a beaucoup à faire…

C’est donc un centre où on viendra apprendre des chansons, des instruments de musique … ?

« Un pôle artistique, culturel et un pôle social »

Il y a plusieurs pôles. Il y a un pôle, artistique, culturel où on va apprendre à chanter, à jouer des instruments, à fabriquer des instruments, comme le Gambussi. Je me trouve avec le seul Gambussi qui reste des Comores, il n’y a même pas un, ailleurs. Les Gambussi de l’époque, je veux dire.  Fabriquer ces instruments,  donner des cours de musique, danses. Une ouverture totale à la culture sous forme de stage.

En même temps, il y a un pôle d’insertion social, qui est de développer des produits qui peuvent être vendus comme des huiles de massage. Il y a des vieilles femmes qui n’ont pas été à l’école mais qui ont des connaissances qui peuvent être intéressantes. Il y a des huiles de massage, j’ai testé un peu avant, il y a des femmes qui font de bons huiles de massage qui  guérissent et pas seulement qui font du bien. Et, il y a possibilité de faire ses huiles là, pour  les revendre à l’extérieur. Exploiter le baobab. Moi, j’achète de la poudre de baobab à Paris, quand je suis un peu enrhumée ou un peu malade et que j’ai besoin de me booster un peu mon corps. Ça donne plus de vitamine C que l’orange.

Développer des choses comme ça. En fait, il y a une liste qui est très longue des choses possibles à faire pour créer du travail avec ce que l’on a, avec ce que Dieu nous a donné. En même temps, c’est un espace pour accueillir justement des artistes qui veulent aller créer. Cela veut dire qu’il faut les nourrir, qu’il faut les loger, les faire visiter les sorties de baleines, des dauphins, les faire balader. Donc, ça créera un peu de travail autour de tout cela. Et en même temps, des gens qui font les soins comme moi, au lieu d’aller dans un pays, en Allemagne, où j’étais parti donner un stage du bien être, il faudra qu’ils viennent aux Comores.

Là, je fais un appel aux gens de cœurs qui ont un potentiel. Parce que le problème aux Comores ce que tu trouves des gens qui ont des potentiels mais qui ne sont pas dans le cœur. Je sais bien que ça existe, mais il faut que je les trouve. (rires) Là, ça traine un petit peu, mais il faut qu’on avance. Là, j’y vais. J’espère lors de ce prochain voyage, pouvoir au moins faire la déclaration du lieu, la coopératif. J’ai beaucoup de mes fans qui sont prêts à accompagner.  Il faut comprendre que je ne peux pas faire cela toute seule, mais il faut au moins une personne de confiance sur place, qui ne va pas partir avec la caisse. Parce que c’est le problème trop souvent, soit il part avec la caisse, soit il veut jouer au petit chef.. Alors que c’est un lieu d’amour et de partage.

Un lieu où on peut venir juste pour regarder le soleil se coucher et boire un thé ou un jus et lire un livre.. Ou partager, pourquoi pas ! Comme un Kibboutz, vous avez une connaissance, vous venez la partager, vous restez là vous ne payez pas le loyer, vous ne payez pas votre manger mais vous le cultivez. Vous participez à la création du lieu.

Avez-vous prévu de faire des concerts aux Comores ?

« Le problème aux Comores, ce qu’il n’y a pas vraiment, en tout cas je ne connais pas, d’organisateur de concerts. C’est-à-dire pour jouer là-bas, il faudrait aller sur place, organiser tout, et mettre la main à la pâte, quoi ».

Je n’ai pas prévu de concert aux Comores. J’avais proposé une sieste musicale, mais je crois qu’ils ne m’ont pas compris. Parce que, je ne voulais pas mettre d’instruments. Ici, ça marche bien ça. Mais c’est nouveau aussi. C’est-à-dire les gens viennent, ils installent, ils amènent leurs coussins, leurs mtawo, ils se posent, ils n’applaudissent pas, ils ferment les yeux, je chante et je joue mes instruments et ça leur fait du bien.  Le problème aux Comores, ce qu’il n’y a pas vraiment, en tout cas je ne connais pas, d’organisateur de concerts.

C’est-à-dire pour jouer là-bas, il faudrait aller sur place, organiser tout, et mettre la main à la pâte, quoi. A part l’Alliance française qui parfois me demande d’aller faire un concert. Je me suis dis, je vais juste faire les formations, voir mes parents et avancer sur mon projet. Parce que, début janvier, je vais aussi à Anjouan pour faire la formation des voix et finir un travail de l’Ong Dahari qui a monté un projet pour sauver la forêt, en particulier à Anjouan. Ils travaillent avec les paysans. Ils font très bon boulot, je suis allé voir.

Il y a disque qui, est prévu sortir bientôt, des jeunes artistes mais qui ont rencontré des professionnels comme moi, comme Maalesh, comme Cheikh Mc etc.…, ils vont partager un titre chacun. Je vais finir l’enregistrement du mien avec ces jeunes. L’idée c’est de vendre le CD et d’essayer de trouver les moyens pour essayer d’aider à la reforestation.

Quel regard portez-vous sur le monde culturel de l’archipel des Comores où, apparemment,  les artistes ne reçoivent aucune aide l’Etat ?

« Je n’ai pas l’impression que les artistes comoriens sont regroupés. Moi, j’ai déjà proposé à Maalesh par exemple qu’on crée la Sacem pour les droits. C’est-à-dire nos chansons passent sur les antennes, à la télé à la radio, mais on ne touche aucun droit. Par contre les gens qui regardent la télé, ils payent pour regarder la télé ».

C’est le problème dans tous les pays. Quand, il y a la crise la culture prend  toujours un coup. Mais aux Comores, c’est encore plus délicat. Le chemin est long. Mais,  je pense qu’il serait temps d’avoir plus de moyens pour la culture. Parce qu’il y a eu des moyens qui ont été utilisés peut-être autrement, par exemple pour faire des bibliothèques…

Les politiques ne mettent pas en valeur l’artiste. On a un long chemin à faire aux Comores, parce que c’est encore possible d’entendre ta grande mère te dire, alors que tu lui donnes même de l’argent pour vivre, qu’est ce que ce métier, tu vas enfin arrêter de jouer avec cette guitare là et chercher un vrai métier, maintenant. Un long chemin à arriver à reconnaitre l’artiste en tant que profession. L’artiste doit apprendre à faire ses demandes et  à défendre ses droits, à manifester s’il le faut…..

Et surtout à se regrouper pour cela ! Je n’ai pas l’impression que les artistes comoriens sont regroupés. Moi, j’ai déjà proposé à Maalesh par exemple qu’on crée la Sacem pour les droits. C’est-à-dire nos chansons passent sur les antennes, à la télé à la radio, mais on ne touche aucun droit. Par contre les gens qui regardent la télé, ils payent pour regarder la télé. Donc, c’est normal que nous, on se défende pour cela, il faut se regrouper. La Sacem en France se sont les artistes qui l’ont crée et qui continuent à la gérer.

Il faut que les artistes se regroupent avec l’Etat, parce qu’on ne peut pas faire cela tout seul, non plus, et peut-être avec l’aide de la Sacem en France pour créer la Sacem aux Comores ou en Afrique de l’Est parce que j’ai rencontré  des artistes de cette région, en tout cas en Tanzanie, qui ont les mêmes problèmes. Pourquoi ne pas se mettre ensemble pour créer une telle structure aux Comores ou dans la région ?

En novembre 2013, vous êtes désignée Ambassadrice de bonne volonté du système de Nations unies aux Comores , le mois de novembre dernier lors de la célébration de la journée internationale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, les chiffres dévoilés par les organismes présents sur place au sujet des personnes touchées par ces violences font peur, on a notamment parlé de « 70 cas de viol d’enfants enregistrés à Ngazidja entre janvier et juin de cette année. 125 cas toutes catégories confondues dont 7 cas de violence sur mineur à Anjouan. Et 35 cas à Mohéli pendant cette même période » (La Gazette des Comores).  Quelle est votre réaction par rapport à ce phénomène ?

« Une personne qui a été violée pense que c’est elle qui est coupable or ce n’est pas elle la coupable. Et là, apparemment, il y a des lois qui ont été faites pour punir ces gens, mais j’espère seulement qu’elles vont être appliquées  »

C’est terrible. Je remercie les gens qui osent, parce que ça fait très  longtemps que ça existe. Et les viols, souvent, ce sont des gens très proches, tontons voire les pères quelques fois, les profs, quelques fois même le maitre d’écoles coranique et les parents ne disent rien parce qu’il y a cette mentalité de  ne pas salir la famille. Une personne qui a été violée pense que c’est elle qui est coupable or ce n’est pas elle la coupable. Et là, apparemment, il y a des lois qui ont été faites pour punir ces gens, mais j’espère seulement qu’elles vont être appliquées.

Parce que moi, justement en tant qu’Ambassadrice, j’ai posé la question, il y a deux ans de cela à peu près, puis j’en ai reparlé aussi cette année à des élus. Oui, il y a une loi pour protéger ces cas, mais il faut être vigilant pour qu’elles soient appliquées. Parce qu’encore une fois pour qu’elles soient appliquées, il faut que les victimes osent se plaindre. Donc, il y a toute une éducation là dessus et on a commencé un travail, le mois de mars dernier, avec la coopération française à Moroni, sur ce thème là.

J’ai encadré un groupe de femmes à Moroni pour qu’elles composent elles mêmes une chanson et c’est très intéressant parce que  dans cette chanson, j’ai fait en sorte qu’elles ne s’oublient pas, elles, de leurs responsabilités. Parce que tout le monde est responsable. C’est-à-dire le parent qui ne protège pas suffisamment son enfant et une fois l’acte fait, qui ne se plaint pas mais au contraire demande à l’enfant de se taire, voire d’imposer sa fille à être mariée au violeur. Il y a beaucoup de cas qui sont terribles, vraiment !  C’est bizarre à dire mais je suis soulagée de voir qu’on commence enfin à en parler. C’est déjà un début, pour souhaiter changer. Je pense qu’il faut continuer à faire des actions.

Pour finir, avez-vous un message particulier à passer à vos fans et nos lecteurs des Comores ?

« Nos erreurs sont des cadeaux. Il ne faut pas avoir peur d’agir parce qu’on se trompe »

J’ai envie de leur dire que la vie est un chemin d’expérience…Nos erreurs sont des cadeaux. Il ne faut pas avoir peur d’agir parce qu’on se trompe. C’est parce qu’on se trompe que l’on voit où est ce qu’on ne peut pas se tromper et qu’on avance. Donc, ce n’est pas une tare d’être Comorien. On a beaucoup de richesses, beaucoup de potentiels, beaucoup de freins comme tout le monde donc à nous d’aller à l’intérieur de nous même et d’oser s’appuyer pleinement avec nos peurs et nos forces et d’avancer.

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