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Nos dictateurs, ces «pères» qui tuent leurs «enfants»

Nos dictateurs, ces «pères» qui tuent leurs «enfants»

«Pères» de l’indépendance, de la nation, de la démocratie

Par ARM

       Nos dictateurs, ces dictateurs qui nous tuent et nous empêchent de mener une vie normale, ont le béguin pour le titre de «Père»: «Le père» de la libération, de l’indépendance, de la nation, de la démocratie, de «l’émergence à l’horizon 2030».

Un seul dictateur se voit en fils: Jean-Bedel Bokassa, dictateur ubuesque et fantasque de Centrafrique. Il se voyait en «fils» du Président Charles de Gaulle: «De Gaulle le rudoyait et l’avait surnommé le “soudard” mais Bokassa vouait une admiration sans bornes au général, et l’appelait “papa”; il pleura longuement sur sa tombe à Colombey»: Hervé Bourges et Claude Wauthier: Les 50 Afriques. Tome II. Afrique centrale, Afrique des Grands Lacs, Afrique australe, océan Indien, Le Seuil, Paris, 1979, p. 106.

Jean-Paul Ngoupandé, ex-ambassadeur et ex-Premier ministre centrafricain, note que le Capitaine autoproclamé Général puis Empereur «avait défrayé la chronique quand, en novembre 1970, il a éclaté en sanglots en sortant de l’avion qui l’amenait de Bangui pour prendre part aux obsèques de celui qu’il ne cessait d’appeler “papa”. Par-delà ces excès qui ont fait la triste réputation du despote centrafricain et terni l’image de mon malheureux pays, il y avait certainement de la sincérité quand Bokassa criait à qui voulait l’entendre: “De Gaulle est mon papa”»: Jean-Paul Ngoupandé: L’Afrique sans la France. Histoire d’un divorce consommé, Albin Michel, Paris, 2002, pp. 52-53.

La «paternité» du Français sur le Centrafricain pouvait réserver des surprises: «Un matin de la fin mai 1968, alors que la révolte grondait à Paris et que le général de Gaulle avait “disparu” de la capitale, le général Bokassa réveilla Jacques Herly, l’ambassadeur de France à Bangui, et lui demanda de venir immédiatement au palais présidentiel. Le représentant français y découvrit Bokassa en tenue de parachutiste avec tout son “barda” et derrière lui, une section de parachutistes tout harnachés. “Le général de Gaulle est en difficulté. Nous allons sauter sur Paris et l’aider. Les moteurs de l’avion tournent, nous partons tout de suite”. L’ambassadeur le remercia chaleureusement et, prudemment, entreprit de lui faire renoncer son projet…» Pierre Péan: Bokassa Ier, Éditions Alain Moreau, Paris, 1977, pp. 46-47.

En se posant en «fils», «le fils» Jean-Bedel Bokassa fait exception, et ici aussi, les surprises foisonnent. Pour preuve, Louis Sanmarco, ancien Gouverneur français de colonies en Afrique, rappelle «Tiémoko Coulibaly, qui avait soutenu le 25 avril 1997 à la Sorbonne une Thèse qui obtint la mention très honorable. Il en ressortait qu’on leur avait enseigné à l’école que le grand libérateur de l’Afrique avait été Houphouët-Boigny, qui avait mené toute sa vie une lutte acharnée contre le colonialisme. Coulibaly disait ne pas être d’accord avec cette thèse car, ayant lu les archives et relu les discours d’Houphouët, il s’était rendu compte que ce dernier avait été plutôt un collaborateur du régime colonial. Il avait été ministre dans presque tous les gouvernements de la IVème République. Il avait ministre du Général de Gaulle, et il avait participé à la rédaction de la Constitution de 1958, et on osait dire à l’opinion qu’il avait opposé une résistance vigoureuse, permanente et finalement victorieuse contre l’oppression française. Allons! Allons! Pour cette “hérésieˮ, Tiémoko Coulibaly avait dû s’exiler aux États-Unis… Écoutez, je les comprends quelque part. Pour créer un pays, il faut des mythes… On refait l’histoire comme on peut»: Gouverneur Sanmarco et Samuel Mbajum: Entretiens sur les non-dits de la décolonisation. Confidences d’un Administrateur des Colonies, Préface du Président Abdou Diouf, Les Éditions de l’Officine, Paris, 2007, p. 69.

Félix Houphouët-Boigny, le «Père de l’indépendance et de la nation de Côte-d’Ivoire», avait tellement «lutté les armes à la main contre la colonisation» qu’il suppliait la France de ne pas accorder l’indépendance à son pays. Il voulait que son pays reste une colonie française. On se moque des peuples. On leur raconte des mensonges.

Les Comores ont également beaucoup de «pères» et de nombreux mensonges. C’est ainsi qu’Ahmed Abdallah Abderemane, farouchement opposé à l’indépendance, est devenu «le père de l’indépendance et de la nation», par pure usurpation: «L’indépendance unilatérale est alors proclamée, le 6 juillet 1975, dans la Chambre des Députés envahie par la foule; elle marque l’aboutissement héroïque mais catastrophique de cette fuite en avant : Ahmed Abdallah, humilié par le Parlement français, mais décidé à ne pas perdre la face, en vient malgré lui à réaliser le programme des extrémistes du MOLINACO; ce négociant considéré jusque-là comme l’“homme de Paris” entre paradoxalement dans l’histoire comme le “père de l’indépendance”. Il devient, dans la foulée, le premier chef d’État des Comores. Mais ce geste théâtral apporte, en fait, une victoire inespérée au mouvement mahorais qui déclare aussitôt que la quatrième île s’en tient à la loi française et demeure française»: Hervé Chagnoux et Ali Haribou: Les Comores, 2ème édition, PUF, Collection «Que sais-je ?» n°1824, Paris, 1990, p pp. 38-39.

Pour sa part, Saïd Mohamed Djohar, père de la «Gendrocratie», est également surnommé par ses zélateurs «Père de la Démocratie». Or, il avait été candidat à l’élection présidentielle de 1990 alors que la Constitution le lui interdisait, avait volé la victoire de Mohamed Taki Abdoulkarim, avait dissous pour convenance «gendrocratique» l’Assemblée fédérale élue démocratiquement en 1992 pour organiser une mascarade infâme en 1993 pour les siens, avait offert anticonstitutionnellement la présidence de l’Assemblée fédérale à son gendre Mohamed Saïd Abdallah Mchangama, avait lancé dès le 15 décembre 1989 le chantier d’élaboration d’une Constitution démocratique mais en avait saboté les travaux jusqu’à l’adoption de celle du 7 juin 1992. De 1989 à 1995, le «Père de la Démocratie» et sa «gendrocratie» ont plongé les Comores dans un trou, d’où elles ne sortiront pas avant longtemps.

Et voilà que le dictateur fou et terroriste Assoumani Azali Boinaheri s’est posé en «Père de l’émergence à l’horizon 2030», dans un pays ayant tué le Droit et qui ne produit même pas une aiguille, une serviette hygiénique, du sel, un cure-dent, où il n’y a ni École, ni Santé publique, ni électricité, ni eau courante… ni dirigeants, et où on vole l’aide de la France devant aider Mohéli à lutter contre le coronavirus.

Seul un miracle venant de Dieu sauvera les Comores.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Samedi 23 janvier 2021.

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