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Parcours/Mahamoud Bakary (Moissi), enseignant et maître de Taekwondo : «J’ai accompli ma mission et c’est aux jeunes de continuer »

 

Maitre Moissi

Mahamoud Bakary dit  Maitre Moissi , 57 ans, est aujourd’hui une référence dans le taekwondo au niveau de l’archipel des Comores. Né à Marovoay Madagascar, cet originaire de Ongojou dans le Nyumakele est le pionnier de cet art martiaux tout droit venu de la Corée du sud. A la fois prof de français au lycée, Maitre de Taekwondo et homme  de théâtre, ce père de sept enfants a un parcours professionnelle bien rempli. Presque à la retraite, Maitre Moissy s’est retiré dans sa région de Nyumakele  où il travaille en qualité d’animateur pédagogique à l’école secondaire et assure parallèlement des animations de  sketches au bénéfice des enfants de l’école primaire. Son souhait le plus ardent est de voir les nombreux élèves qu’il a formés dans le Taekwondo reprendre le flambeau pour maintenir la flamme de cet art martial dans l’archipel des Comores. Dans l’interview qui suit, il retrace son parcours. Passionnant.   

 

 

1-Vous êtes le premier à avoir importé le Taekwondo dans l’archipel des Comores pouvez nous raconter les débuts de cette aventure ?

Si nous parlons du Taekwondo, je dois vous dire qu’il s’agit d’un art martial coréen utilisant le coup -de poing et le coup de pied accompagnés de l’esprit. Sans esprit, le taekwondo n’est rien. Effectivement, c’est moi qui suis le « pionnier » du Taekwondo aux Comores. C’était en 1991 que j’ai ouvert le premier Dojang ou Dojo (salle d’entrainement de Taekwondo) à Moroni, au foyer Grimaldi.

2-Quelles sont les valeurs défendues par le Taekwondo ?

Le Taekwondo est au service du peuple et il défend les valeurs de la société. Un Taekwondoka ou Taekwondiste doit aider une personne en danger ou en difficulté. Il ne doit pas être le premier provocateur d’une bagarre ni un voyou qui sème la terreur. Il doit être pacifique. Notre objectif est d’imiter la philosophie orientale appelée « le Yin et le Yang ». Je peux appeler cela l’art de l’adaptation ou de la perfection. Un Taekwondiste doit s’adapter dans tous les endroits où il se trouve même si c’est contraire à sa situation. Je peux donner quelques exemples de « Yin et Yang ». Même deux objets différents ou contraires peuvent s’adapter et être ensemble, en harmonie tels l’homme et la femme, le jour et la nuit, le riche et le pauvre etc. Un autre exemple, même si tu es très fort mais devant un faible, il faut s’adapter à lui, être  en harmonie et être au même pied d’égalité. C’est la perfection que l’on cherche.

 

3-Quelles étaient les difficultés rencontrées à cette époque ?

Au début les difficultés rencontrées étaient multiples mais quand même, on a eu du soulagement après. Le Taekwondo est un sport de combat, je peux dire même violent car nous autorisons  des coups de pieds au visage donc là, il faut instaurer d’abord la discipline. Il faut avoir les deboks c’est la tenue blanche que l’on porte. Nous avons eu parfois quelques aides tels que les plastrons, tenues de protection, des casques et autres, venant de nos amis Coréens. Et enfin, on a pu installer notre fédération de Taekwondo.

4-Quelle place occupe cet art martial actuellement dans l’archipel ? 

Actuellement, cet art martial coréen occupe une grande place dans notre pays. Notre fédération ou notre Taekwondo est reconnu par le «Kikkuwon  », centre mondial de Taekwondo (en Corée) et chaque année nous recevons des Experts coréens et même français tel que Maitre Edouard Branco, 6 ème DAN et arbitre international.

5-D’où vous vient  cette passion pour les arts martiaux ?

Je ne sais pas comment vous répondre réellement à  cette question-là. J’essaye quand même. L’amour des arts martiaux est ancré dans mon esprit depuis l’adolescence. Vous savez M. le journaliste, on m’a appelé Maitre avant même que je sois  entré au Dojang ou Dojo. Lorsque j’étais encore lycéen à  Domoni à l’époque du président Ali Soilihi, je combattais déjà dans les  » M’rengue » (boxe traditionnelle à mains nues où les hommes  s’affrontent  pour le plaisir, Ndlr) de  Domoni à Nyumakélé . Là, c’était Anjouan, Île Comorienne. Beaucoup connaissaient Me Moissi pour son combat. A ce temps-là, les coups de pieds étaient permis et je sortais toujours  vainqueur. Mais lorsque j’ai eu ma vraie ceinture de Taekwondo, j’ai arrêté de combattre aussi bien dans la rue que dans les M’rengué. On ne doit pas combattre sauf en cas de légitime défense.

6-N’êtes-vous pas plutôt influencé par les films que vous regardiez dans votre jeunesse ? Je me souviens que vous vous promeniez dans les rues toujours armés de vos « Nunchaku » du nom de ces deux morceaux en bois octogonale, évasés et reliés par une corde utilisés dans certains discipline des arts martiaux..

Possible car à cette époque, on visionnait  déjà des films de Bruce Lee que j’admirais beaucoup, de Chuc Norris, et d’autres acteurs chinois. D’ailleurs, certains amis m’appelaient Bruce Lee et j’en étais fier. Evidemment, je possédais pas mal de matériels de combat à la maison, des « Nunchaku « , , des makiwaras (sac de frappe) etc.

A l’époque, j’avais même enseigné quelques élèves or normalement cela est interdit d’enseigner des arts martiaux tant qu’on n’a pas encore atteint le grade de ceinture noire. Et tout cela fait partie de ce qui m’a encouragé d’accéder très rapidement  au grade de Ceinture Noire 2e Dan en TAEKWONDO en République de Guinée Conakry. Actuellement, étant le pionnier de cet art aux Comores, notre Fédération, m’a délivré un grade de Ceinture Noire 6e Dan à titre honorifique avec l’accord bien sûr de certains Experts Coréens qui étaient aux Comores. M. le journaliste, je peux vous dire que je suis le patron de cet art dans notre pays, Dieu merci de m’avoir donné ce titre. Qu’Allah donne aux jeunes  la force et le courage de continuer cet art dans notre pays. Nunchaku

7-Etes-vous vraiment satisfait de tout ce que vous avez accompli jusque-là ?

Je peux dire que je suis satisfait de tout ce que j’ai réalisé pour cet art martial car j’ai accompli ma mission et c’est aux jeunes de continuer. Je demande à l’Etat comorien d’aider le Taekwondo  et le sport de combat en général. Ma satisfaction repose aussi  sur le fait qu’en 2005, grâce au Taekwondo, on était en Arabie Saoudite précisément à la Mecque, Taif, Médine et Djeddah pour les premiers jeux de la Solidarité Islamique pendant quelques jours.

8-A côté du Taekwondo vous êtes également enseignant de Français. Comment et où avez-vous commencé votre carrière ?

Oui, vous avez parfaitement raison de dire qu’à part le Taekwondo, je suis enseignant de français.  En tout cas, Enseignant de carrière. J’ai fait langue française à l’université de Conakry en République de Guinée et j’ai eu mon diplôme de D.E.S (diplôme d’études supérieures). Je suis recruté à la fonction publique à Moroni le 1er avril 1994. Je suis affecté cette même année le juillet 1994 au lycée de Mutsamudu-Anjouan.

 

9-Et après vous avez poursuivi dans d’autres lycées….

Après mon affectation au lycée de Mutsamudu, sans tarder, j’ai ouvert un dojang de Taekwondo au sein même du lycée. Actuellement, il existe aussi des ceintures noires à Mutsamudu. En 1998, je suis affecté au lycée de Liwara, et à l’an 2000, on m’a nommé proviseur de ce dit lycée. Et toujours sans oublier d’implanter un club de Taekwondo à Nyumakele. C’est pour cela que je porte le titre de pionnier de Taekwondo aux Comores.

des éléves de Taekwondo en plein entrainement à Ongojou sous la supervision de Maitre Moissi (Photo Ansufoudine Dany)

10-Vous êtes aussi un homme de théâtre. Pouvez-vous nous en dire plus ce que vous avez réalisé dans ce domaine ?

A part le Taekwondo et l’enseignement, je suis aussi un homme de théâtre. Ce théâtre là, je l’ai commencé depuis la Grande-Comore. J’étais à ce temps là, l’auteur et metteur en scène des « Enfants de théâtre » de Moroni.  Sans oublier les « Jeunes Colombes » que j’ai crée moi-même par la suite. On a joué pas mal de mes pièces à Moroni. A Anjouan, j’étais ensemble avec les « Affamés de théâtre » de Mutsamudu. On a joué aussi beaucoup de mes pièces et autres. A Nyumakele, précisément  à Ongojou, j’ai crée une association dénommée ASTO (association sportive et théâtrale de Ongojou). Cette association est fonctionnelle jusqu’à maintenant.

11-Quelles sont vos pièces les plus emblématiques ?

Mes pièces théâtrales sont encore inédites. Le plus emblématiques sont « Le droit d’aimer, une pièce sur le sida et la collégienne trahie » ainsi qu’un recueil de poèmes.

12-Pour finir, qu’est-ce que vous faites actuellement ?

Actuellement, je suis animateur pédagogique à l’école secondaire, dans la région de Nyumakele. J’organise aussi des animations notamment des sketchs avec les enfants de l’école primaire.

Bio Express

Naissance : 19 février 1962 à Marovoy (Madagascar)

1983 : Obtention du Bac série A (Comores)

1990 : Obtention  du diplôme d’études supérieures  (D.E.S=Bac+5), langue française à la faculté des Lettres et  Sciences Humaines de l’Université  de Conakry (Guinée-Conakry)

-Obtention du grade de ceinture noire 1 ère DAN de Taekwondo en République de Guinée

1991 : Il installe et dirige le premier Dojang ou Dojo  (salle d’entrainement) -Foyer Grimaldi à Moroni.

1992 : Obtention de ceinture noire 2ème DAN en Guinée

2005 : Nommé Ceinture noire 3eme DAN de Taekwondo par Maitre Edouard Branco (8 è DAN), arbitre international diplômé d’Etat, directeur technique C.E.B (Cercle Edouard Branco) France.

-Participation au tournoi des  jeux Solidarité Islamique au royaume d’Arabie Saoudite ( Makkah, Madina, Jeddah et Taif ) en qualité de coach de Taekwondo.

2013 : World Taekwondo Federation (fédération mondiale de Taekwondo)  lui attribua un certificat de mérite pour sa contribution au développement du Taekwondo.

2016 : Nommé Ceinture noire 6è DAN par le président de la fédération comorienne de Taekwondo avec l’accord  des experts coréens présents en ce moment-là aux Comores.

-La fédération comorienne de Taekwondo lui attribua un certificat de reconnaissance pour « avoir introduit le Taekwondo et préserver l’esprit de cet art martial aux Comores ».

Encadré

Antoissi Ezdine, cadre de Comores Télécom et un des premiers élèves de Maitre Moissi, témoigne :

« Maitre Moissi a une personnalité assez « douce ». Il n’élève jamais la voix. Cependant, les têtes brûlées que nous étions au départ, avons trouvé en lui une personne forte qui exerçait une  forte influence sur nous. Très pédagogue, il a créé en nous un esprit de discipline qui nous a tout simplement façonnés. Et évidemment, c’est un combattant hors-pair. Les enseignants des autres arts martiaux le reconnaissaient pour cela. Il avait d’ailleurs initié la mise en place du CNCN (collège national des ceintures noires) présidé par feu Maitre Toinette. Aujourd’hui, il joue encore le rôle de sage pour tempérer les égos des différents instructeurs.

Au départ, il (Maitre Moissi, ndlr)  a commencé avec juste deux personnes : Ahmed SS (officier de police) et Mohamed Mze Cheikh qui est en Suisse maintenant. Très vite, nous sommes allés nous inscrire et en juste trois mois, nous étions plus d’une vingtaine et puis une soixantaine. Le Taekwondo était vu comme un art extrêmement combatif, ce qui plaisait aux jeunes. Les démonstrations publiques où il y avait des combat très full contact ont contribué à attirer beaucoup de jeunes dès le départ. Aujourd’hui nous avons 26 clubs de Taekwondo à travers l’archipel et tous considèrent Maitre Moissi comme notre grand Maître ».

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