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PEUT-ON OUBLIER MAYOTTE ?

Qui n’aurait pas souhaité un archipel des Comores composé de quatre îles ? Tous les Comoriens l’auraient voulu. Mais au sujet de la question de Mayotte, deux choses s’affrontent. L’idéal et la réalité. Que suivre ? Je préfère me placer du côté de la réalité. L’idéal, bien qu’il soit beau et magique, reste chimérique. Mayotte ferait mieux de revenir dans le giron de l’archipel des Comores. Mais, son retour est-il possible ? Peut-on d’ailleurs parler de retour ?

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Retourner où ?

Sauf erreur de ma part, on ne retourne que dans un lieu où on a déjà été. Pourquoi Mayotte retournerait–elle aux Comores ? Que je sache, physiquement parlant, le sol mahorais n’a jamais bougé. Il est là. A quelques kilomètres de Moroni. S’agirait-il ici d’un retour administratif ? Peut-être. Alors voyons.

Depuis les années 1840, et alors que la Grande Comore, Anjouan et Mohéli jouissent encore d’une certaine indépendance, Mayotte était vendue à Louis Philippe. Dit autrement, il y a de cela un peu plus de 170 ans, Mayotte intégrait la France en suivant déjà un destin qui lui est propre. L’île n’a pas été annexée par la France contrairement aux trois autres îles voisines. C’est là une particularité qui a tout son sens.

Encore une fois, Mayotte va s’illustrer seule en se désolidarisant de ses îles sœurs comoriennes. Car, il faut quand même le dire, il n’y a pas mal de choses qui unissent les quatre îles des Comores. Considérer les habitants de ces îles comme frères et sœurs n’est pas forcément un abus de langage. Il n’empêche qu’en décembre 1974, dans un contexte de décolonisation, Mayotte a choisi sans les autres îles de rester française. Cette fois encore, Mayotte a fait cavalière seule.

Si Mayotte a ainsi décidé de rester française, ce serait parce que dans les années 1960, Saïd Mohamed Cheikh a transféré la capitale des Comores de Mayotte à la Grande Comore. Mais, ne faudrait-il pas beaucoup à un peuple lié par une histoire millénaire pour se séparer ? C’est là sans doute un faux prétexte. L’histoire ne nous dément pas. Rappelez-vous. Depuis 2011, Mayotte est un département français. Que s’est-il passé ?

Dans le monde diplomatique, une revue des plus sérieuses, on s’étonne de voir le nombre conséquent d’articles publiés sur la question de Mayotte. Dites-vous que pour la plupart de ces articles, il apparait que Mayotte a toujours voulu faire avec la France. J’y ai appris en effet, que depuis les années 1990, voir depuis un peu avant, les Mahorais négociaient la départementalisation de leurs îles. Grande fut ma surprise lorsque j’ai dû constater que dans tout le long processus qui a mené à cette départementalisation, les quatre représentants mahorais n’ont pas eu de cesse de défendre ce projet. Certains députés français non mahorais étaient même hostiles à cette idée. C’est dire si Mayotte n’est pas un département français par hasard.

Voyez-vous. Depuis plus de 170 ans, la position de Mayotte n’a pas varié d’un iota. Pensez-vous que si Mayotte n’a pas vacillé après tout ce temps, elle le fera aujourd’hui qu’elle jouit des mêmes privilèges que tous les autres départements français ? On aurait tendance à y croire. Mais, sauf naïveté extrême, on voit que cette question échappe aux autorités comoriennes. Il n’y a pas si longtemps, disais-je, les Mahorais œuvraient pour leur départementalisation. Est-ce pour retourner en arrière ? Je n’y crois pas. Et pour cause.

J’ai eu moi-même à interroger des Mahorais. Parce qu’elle fera peut être l’objet d’une publication prochaine, mon enquête ne sera pas ici publiée. Les résultats de ces miens sondages ne laissent aucune place au doute. Je leur demandais ceci. Regrettez-vous d’être Français ? Si vous deviez voter pour le départ des Français de chez vous, le ferez-vous ? Ils me répondaient par la négation. Non, ils ne regrettent pas d’être Français et non ils ne voteraient jamais pour le départ des Français de leur île. Bien sûr, certains d’entre eux ajoutaient : On a tout avec la France. Pourquoi reculer, en redevenant comorien, lorsqu’on peut continuer notre lancée avec les Français ? Comment voulez-vous, dans ces conditions, que Mayotte retourne ? Où retournerait-elle d’ailleurs ?

Les vraies priorités

On sait tous, et d’ailleurs les Mahorais pour beaucoup le martèlent sans arrêt, que Mayotte n’est restée française que pour des raisons économiques et matérielles. Lorsqu’elle était comorienne, elle n’avait même pas le strict minimum. L’eau et l’électricité, ces minimums élémentaires, manquaient. Aujourd’hui, Mayotte dispose de l’essentiel et même de plus. Aides sociales par ci, projets de développement par là ; les Mahorais sont dans un confort qu’on ne trouve nulle part aux Comores.

Et c’est bien pour cela que les Comoriens migrent, au péril de leur vie, vers Mayotte. Le bras de mer qui sépare les îles d’Anjouan et Mayotte, est l’un des plus meurtriers au monde. Des femmes enceintes, des nourrissons, des malades et des infirmes, y meurent presque régulièrement. Où vont ces Comoriens ? Pourquoi mettent-ils leur vie à ce point en danger ? Ils fuient la misère et se dirigent vers Mayotte là où on mange à sa faim.

C’est cela l’urgence. Permettre aux Comoriens de vivre décemment aux Comores. Empêcher cette tragédie maritime. Leur garantir la santé, l’éducation et un peu de bonheur. C’est cela la priorité. Les Mahorais ne migrent plus vers les Comores. Ce sont plutôt les Comoriens qui se déplacent. Croyez-vous que les Mahorais, aujourd’hui enviés à mort par nos compatriotes, renonceront à ce qui nous attire pour nous faire plaisir ? Cela est invraisemblable. Alors, développons-nous. Concurrençons-les. Ils n’auront plus aucune raison de rester ailleurs. Pour l’instant, mobilisons-nous pour ces frères et sœurs qui meurent. Mettons d’un côté les faux débats et soyons honnêtes.

Omar MIRALI

COMORESplus

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