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Politique ou caméléon (suite)

Les voltes-faces des politiques comoriens, et les démarches contre nature ont commencé dès le lendemain même de la proclamation contradictoire de l’indépendance. Contradictoire, car c’est Ahmed Abdallah, un VERT invétéré, figure incontournable de l’héritage de Said M. Cheikh, qui a proclamé unilatéralement l’indépendance. 
C’est à dire sans l’autorisation de Paris. Pourtant, ce sont les VERT qui refusaient toute prise brutale de l’indépendance, prônant toujours « une indépendance dans l’amitié et la fraternité avec la France ». C’est là le commencement de la politique opportuniste. En vérité, Ahmed Abdallah n’a pas proclamé l’indépendance de l’archipel dans une motivation purement patriotique. Il l’a fait pour un intérêt indéniablement égoïste, celui de devenir le premier président de la jeune nation, désire qu’il n’ a jamais caché dans ses discussions avec Paris en sa qualité de président du conseil de gouvernement. Interloqués par cet ouragan venu de nulle part, les progressistes se sentaient pris au dépourvu. Ils savaient très bien que ce changement brutal de stratégie de la part des conservateurs n’était pas de bonne augure. 
Rappelons que lors des discussions préliminaires entre la métropole et les acteurs politiques (BLANC et VERT), pour l’indépendance, les VERT réfutaient sans ménage l’idée soutenue farouchement par les BLANC, celle d’organiser des élections présidentielles dès la proclamation de l’indépendance. Nous remarquons clairement qu’ à l’instant même de la naissance de la nation comorienne, la sérénité politique qu’il y avait entre les deux bords fait place à la méfiance, à la suspicion, à la défiance. 
Une valse d’embûches fait alors face à la jeune Nation : la France blessée par cette déclaration d’indépendance inattendue, les mahorais refusant de célébrer l’indépendance, le nouveau État qui veut se mettre en place, mais boudé par Paris. voilà un vrai chaos qui met à genoux les protagonistes de la vie politique. Dans ce brouillamini, Ali soilihi, numéro deux du PEC de prince Said Ibrahim, donc fervent défenseur de la ligne politique des BLANC, aidé clairement par la France ( qui s’est sentie trahie par Ahmed Abdallah), mit fin à toute possibilité de débat politique en perpétrant un coup d’État quelques semaines après l’indépendance . Car, qui dit coup d’État, dit terreur, étouffement, répression, néant. 
Le paradigme politique changea avec une forte connotation révolutionnaire. Personne n’entendait parler ni de VERT ni de BLANC, mais bien de MONGOZI et siyasa ya wufwakuzi. Mais deux ans après, avec le même mode opératoire et la même complicité, Ahmed Abdallah revient au pouvoir, et Remet son turban VERT. Cette fois-ci on parle de politique, mais à sens unique. Le pouvoir mercenaire ne veut plus de débat politique. Désormais, un seul bord politique est possible. « Les enfants de VERT’ », et… c’est tout. 
Certes, des rescapés du pouvoir révolutionnaire, comme Mouzaoir Abdallah, résistaient avec l’idéologie BLANC et tentaient de critiquer timidement le pouvoir, certes l’ASEC ( devenue FD), dénonçait les pratiques dictatoriales du gouvernement d’Abdallah et les mercenaires, mais tout cela se passait dans une totale clandestinité. D’ailleurs Mouzaoir ne tardera pas de mettre le turban VERT. Petit à petit, dans la conscience collective des comoriens anonymes, et dans l’inconscient de l’élite politique, commence à immerger l’idée farfelue selon laquelle, faire de la politique n’a aucun sens si l’on n’appartient pas au pouvoir. 
Dès lors celui qui se réclame de l’opposition se trouve partout malmené. D’abord par le pouvoir qui n’hésite pas à le mettre en prison, s’il contrarie ou critique l’action du gouvernement. Ensuite par le village ou la région qui se demandent l’utilité d’un homme politique qui ne peut faire aucune intervention ni à la douane, ni au tribunal, qui n’a que des paroles clandestines, et dont le bureau de travail, c’est en prison. Enfin, par ses proches qui le reprochent de ne servir à rien dans la mesure où il n’a pas les moyens financiers de subvenir aux besoins de la famille . 
Il fallait avoir une morale d’acier, et surtout croire en la politique dans ses lettres nobles pour pouvoir faire face à toutes ces pressions, et résister à la tentation de changer de veste. Non, personne n’y est parvenue, ou presque. Les anciens BLANC, rongés par la pauvreté et lassés de côtoyer les prisonniers à chaque échéance électorale, sont tous devenus des VERT à l’occasion. Les anciens VERT évincés se réclamaient de l’idéologie BLANC pour mettre de la pression au raïs. Jeux de chaises, jeux de changement de vestes. La régression est désormais totale. 
Les jeunes intellectuels rentrés au pays, après des études à l’étranger entrent directement et immédiatement dans le système. Déjà, ce sont les notables du village qui amène le nouveau diplômé chez le raïs pour venter, non pas ses compétences, mais sa lignée et l’influence de son père ou de son oncle au sein du village. Les politiques tués, les caméléons règnent. Dans le temps, les présidents ont changé, les gouvernements, la constitution, les couches sociales des dirigeants, mais….le système résiste, persiste, s’enracine profondément. Djohar, Taki, Azali, Sambi, et… Ikililou ??? Les mêmes ministres qui ont échoué dans le bateau de Nouhou en le trouant eux même, refont surface par je ne sais quel miracle et prennent les commandes dans un nouveau gouvernement , en jurant, cette fois-ci, de se conduire autrement, prenant les comoriens pour des amnésiques. 
Depuis 1992, avec l’instauration du multipartisme par Djohar, les grands caméléons apprennent aux petits caméléons que créer un parti politique n’a d’autre vertu que marchander avec ceux qui sont au pouvoir ou en passe de le devenir. Plus de soixante-dix partis politique avec l’usage record de toutes les lettres de l’alphabet, mais à l’intérieur de tout ça ? Rien !!! La plupart de nos politiques sont des grands orateurs, mais au sens sophiste du terme. Ils mentent, ils savent qu’ils mentent, nous savons qu’ils mentent, et ils savent que nous savons qu’ils mentent. Mais ils continuent quand même. Les caméléons nous rongent toujours, ces lions qui traient par terre nuisent à notre pays. Aucune honte de se contredire soi-même, aucune honte d’assumer sa lâcheté, ses mensonges. Aucune conviction, aucune valeur, aucun principe. Juste une grande voix, une cravate et plusieurs vestes de toutes les couleurs. Mais, peut-on espérer un changement de vision et de mentalités ? Oui. C’est ce que nous développerons dans le prochain billet.

Par Idjabou Salim


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