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Pour favoriser l’émergence, il y a une condition de base

Pour favoriser l’émergence, il y a une condition de base

Changeons les statuts de la Banque centrale dite des «Comores»

Par Saïd Ahmed Saïd-Abdillah

       «Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise»: Thomas Jefferson (1743-1826, Président des États-Unis de 1801 à 1809).

Les Comores font partie des pays francophones sous-développés, dont les structures d’un État digne de ce nom et les compétences dévolues à un pays indépendant manquent d’une manière frappante. L’indépendance proclamée le 6 Juillet 1975 est partiellement acquise du fait de l’occupation de la France d’une partie de notre territoire national, Mayotte, et l’imposition d’une monnaie coloniale appelée pour nous duper le franc comorien.

Parmi les conditions permettant un pays de s’assumer et d’espérer un développement économique et social, il y a l’implantation d’une administration dans toute l’étendue du territoire national et non uniquement dans les différentes grandes villes, et aussi et surtout le droit de battre sa propre monnaie nationale. Avoir une monnaie nationale implique ipso facto la possession d’une Banque centrale nationale. Cette dernière est le centre névralgique du pilotage de toute politique économique d’un pays. Elle ne peut pas être confiée à une personne la téléguidant à distance. Elle doit être gérée de manière à refléter les besoins économiques et sociaux nationaux. La Banque centrale, pour l’économie d’un pays, est comme le climatiseur pour une maison. Elle régule la température selon le temps et le besoin de l’occupant et non des amis qui habitent ou même du voisin.

1.- Le défi de l’émergence en 2030 lancé par Azali Assoumani

       «La France n’a pas de politique africaine», dixit Emmanuel Macron, Président de la République française.

       Quelques mois après son retour à la Présidence des Comores, Azali Assoumani a formulé le vœu de mettre les Comores au niveau des pays émergents. Depuis le lancement de ce défi, chaque personne donne son appréciation, et les palabres ont pris la place de l’action. Il a bien vu, après sept ans de pouvoir (1999-2006) que le problème fondamental des Comores est d’abord économique. On appelle pays émergent celui qui a un PIB (Produit intérieur brut) proche de l’Occident, c’est-à-dire des pays développés, dotés d’une activité économiques et des infrastructures administratives et judiciaires. En annonçant ce vœu, Azali Assoumani citait l’exemple de l’île Maurice – après avoir visité l’île – comme jadis Deng Xiaoping (1904-1997) parlait du Japon en calquant et suivant le modèle de la Singapour, ville-État de 718 km².

Deng Xiaoping, grand homme d’État chinois, a été d’une prudence et méfiance exceptionnelles. Il avait préféré l’adaptation par secteur, petit à petit, comme un chat qui attrape une souris. Il avance sans inquiéter sa proie. Il a suivi le modèle et le conseil de son ami et admirateur Lee Kuan Yew (1923-2015), ancien Premier ministre et bâtisseur de Singapour, en menant la Chine là où elle est aujourd’hui. Il est de bon usage, pour un dirigeant politique de prendre en modèle un pays.

Depuis cette déclaration, les Comoriens, au niveau des partis politiques, de la société civile et de la population en générale, s’interrogent et se mobilisent. La mobilisation diffère d’une personne à l’autre et d’un parti politique à l’autre. Chacun amène sa contribution sans que cela soit uniquement des logorrhées ou des proses pour plaire ou d’attirer de l’amabilité. Azali Assoumani a fixé un objectif et un timing: «Émergence des Comores à l’horizon 2030». Pour éliminer les doutes qui s’installent et convaincre les sceptiques, nous devons expliquer les voies et moyens qui permettront le pays d’y arriver. On peut avoir un pays émergent en 2030. Mais, pour y arriver, nous devons changer notre façon de diriger notre pays.

Nous ne récusons pas la nécessité des assises nationales, mais les maux qui rongent notre pays sont connus des tous et risquent même de n’y être pas abordés pendant les assises: l’économie. Tous nos maux se résument aux problèmes économiques et à notre manière de voir les choses, de faire la politique et de diriger. Les Comores aujourd’hui ne doivent pas connaître un chômage de masse, et on a largement les moyens d’y mettre fin. Pour mieux apporter notre soutien au peuple comorien, à notre jeune État, apportons notre contribution. L’un des moyens devant permettre de faire de notre pays un pays émergent est la Banque centrale. La Banque centrale est le poumon de notre politique économique. Sans elle, rien ne peut se réaliser d’une manière cohérente.

 2.- La Banque centrale des Comores doit être le premier pilier de toute émergence

       La Banque centrale est le pivot de la politique économique d’un pays, quel que soit le pays, petit ou grand, riche ou pauvre. La Banque centrale est responsable notamment de la politique monétaire du pays. Elle peut orienter la politique économique soit la production, l’export ou de l’import. Elle doit à la fois favoriser la prospérité économique grâce à son action sur la monnaie (taux directeurs), et veiller sur la stabilité monétaire. Elle est admise, par tous les économistes, y compris les monétaristes, comme le dernier prêteur de l’État. Ce pilotage de la monnaie par la Banque centrale – par le biais de la politique monétaire – peut être en faveur de l’emploi, de la production et de la croissance et donc de l’émergence. Elle régule le taux d’intérêt du crédit en faveur la croissance, de l’export ou de l’import et en stabilisant la valeur de la monnaie nationale.

Elle peut aussi mener une politique de tempos ou de neutralisation de l’inflation sans se soucier des besoins du pays ni de la population concernée comme c’est le cas aux Comores aujourd’hui. Rappelons que cette politique monétaire ciblant uniquement la lutte contre l’inflation ne favorise que les épargnants européens et les vieux riches de l’Eurogroupe. Elle ne favorise en aucun moment les Comores, pays pauvre plein des chômeurs – plus de 65% des jeunes cadres – et les Comoriens qui ne produisent presque rien et vivent de l’importation. C’est pourquoi, il nous faudra revoir les statuts de ladite Banque centrale des Comores afin d’adapter ses missions et objectifs à l’ambition annoncée de faire des Comores un pays émergent. Cette Banque centrale est dite des Comores et doit donc fonctionner pour et en faveur des intérêts des Comores et des Comoriens.

 3.- L’île Maurice un exemple à suivre

       «La politique, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c’est une action pour un idéal à travers des réalités». Charles de Gaulle, ancien Président français.

Azali Assoumani, en parlant d’émergence, cite l’exemple de l’île Maurice, un pays qui a presque la même caractéristique géographique que notre pays. L’île Maurice est constituée de deux îles principales – Maurice et Rodrigues – de 1.865 km² et de 1.200.000 habitants comme les Comores, avec 2.250 km² 1.076.000 habitants (856.000 habitants à Anjouan, Mohéli et Grande-Comore, et 220.000 habitants sur l’île occupée, Mayotte.

Une des différences fondamentales entre les Comores et l’île Maurice est qu’elle a sa propre monnaie, la roupie, sa propre Banque centrale, la Banque de Maurice (BOM). Les Comores n’ont ni l’une et ni l’autre. À Maurice, la Banque centrale travaille en faveur du plein-emploi, de la croissance économique et sociale et la stabilisation des prix. Pour le moment, la BCC ne travaille ni en faveur ni du plein-emploi, ni du développement social et économique de notre pays. Elle travaille en faveur de la France et de l’Eurogroupe. D’où l’urgence de changer ses statuts actuels, afin de favoriser l’émergence. C’est l’étape fondamentale pour espérer faire émerger notre pays.

Nous pouvons, comme le souhaite le Président français, Emmanuel Macron, se prendre en charge et faire avancer nos affaires afin de «sortir d’une crise civilisationnelle». Les Mauriciens aimaient aussi les Français avant et les Anglais après, qui les avaient colonisés. Ils leur faisaient confiance, mais se sentaient adultes, refusant de confier leur destin à d’autres pour le mener vers le développement économique et social. Aujourd’hui les premiers investisseurs directs étrangers (IDÉ) de Maurice ce sont les Français, devant les Chinois, les Indiens et les Anglais. Ceci montre que Maurice, à elle seule, attire plus d’investisseurs français que les 15 pays de la zone franc. Pourquoi? Ils se sont montrés adultes, capables et responsables, en prenant en charge leur destin, sans tendre la main, ni baisser les yeux.

Pour prétendre vouloir arriver là où sont parvenus les pays émergents et Maurice, il nous faudra les imiter ou avoir les moyens qu’ils ont utilisés, et les adapter à notre pays. Il n’y aura pas de miracle comorien mais un modèle comorien. C’est possible. Pour y parvenir, nous devons nous munir des moyens qui sont à notre portée avant d’aller chercher ailleurs. L’un des moyens disponibles utilisés par tous les pays développés et les pays émergents est la Banque centrale. C’est le pilier fondamental de toute politique de développement d’un pays à condition de l’adapter à nos besoins et non à ceux de nos colonisateurs. Il faudra d’urgence modifier les statuts de la BCC et mettre celle-ci au service des Comores et des Comoriens.

 4.- Les articles à modifier sur les statuts de la Banque centrale dite des Comores

       «Aujourd’hui, la zone franc offre une stabilité monétaire, mais qui n’est pas sans certains défis. […] Nous partageons, je crois, une vision commune sur l’intérêt de la zone. Mais, je crois qu’il faut la moderniser, ouvrir une nouvelle voie avec beaucoup de pragmatisme, et je crois que c’est ce sur quoi nous souhaitons nous engager ensemble»: Emmanuel Macron, Président français, s’adressant au Président ivoirien Alassane Dramane Ouattara.

Les statuts de la Banque centrale dite des Comores doivent être orientés vers la politique de l’émergence. À défaut de réécrire tous les articles (65) des statuts de la BCC, nous proposons les modifications de ceux qui bloquent toute oxygénation de l’économie nationale. La modification de ses statuts conditionne notre volonté réelle de vouloir mener notre pays vers un vrai développement économique et social, c’est-à-dire l’émergence. Nous devons nous y mettre et éviter de nous trouver des excuses qui ne manqueront jamais.

5.- L’indépendance de la Banque centrale

       «Le gouvernement devrait créer, émettre, et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour satisfaire les dépenses du gouvernement et le pouvoir d’achat des consommateurs. En adoptant ces principes, les contribuables économiseraient d’immenses sommes d’argent en intérêts. Le privilège de créer et d’émettre de la monnaie n’est pas seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité»: Abraham Lincoln (1809-1865), Président des États-Unis, assassiné.

Les Comores ont été totalement colonisées par la France dès la fin du XIXème siècle. La politique coloniale de la France avait été atroce, ne laissant jamais de structures viables sur place. Les anciennes colonies britanniques ont hérité d’une structure étatique viable et fiable, et une indépendance totale. La plupart des colonies françaises ont l’indépendance à minima: hymne national, drapeau et des figurants à la tête de l’Etat, avec un colonialisme monétaire appauvrissant. La France a été une première puissance mondiale au XVIIIème siècle sans une suprématie monétaire mondiale comme c’est le cas l’Angleterre au XIXème siècle, avec la livre sterling, et les États-Unis aujourd’hui, avec le dollar.

Aucun pays anglophone n’est sous la dépendance monétaire après les indépendances acquises comme c’est le cas des 15 pays d’Afrique noire de couleur noire de la zone franc. Peut-on penser à une revanche de la France sur l’Histoire pour combler le vide de ses années de première puissance mondiale sans la dominance monétaire mondiale? On peut comprendre comme prétendent certains hommes politiques et intellectuels acquis à la Françafrique que c’est pour notre bien-être. La France est paternaliste et aime l’Afrique noire de couleur noire qui n’est pas «encore entrée dans l’Histoire». Mais, dans ce cas de figure, comme tout un bon père de famille, elle doit donner les meilleures recettes qui lui a permis de réussir: une Banque centrale en faveur du développement économique et social dont le plein-emploi. Dans la France de 1945-1970, il y a eu les Trente Glorieuses. Pendant ces Trente Glorieuses, qui ont connu le développement économique et social et le plein-emploi, la Banque de France n’a pas été indépendante. L’inflation, qui a été largement tolérée, n’a pas été l’unique objectif de la Banque de France, et le franc a été plusieurs fois dévalué. La Banque de France n’a eu une vraie indépendance qu’à partir du 4 août 1993. Or, en on est loin de prendre la voie de la France à ce niveau de 1993, au moment où on se situe, au niveau économique, au Moyen-âge. L’Afrique ne peut pas avoir la même politique monétaire que l’Eurogroupe. Elle doit préserver ses acquis économiques et monétaires, avec une monnaie forte pour protéger ses épargnants et ses retraités. Nous avons besoin d’une politique monétaire expansive pour le plein-emploi avec l’inflation maîtrisée comme avait fait la des Trente Glorieuses.

Lisons l’article 4 des statuts de la BCC: «Dans l’exercice des pouvoirs qui lui sont attribuées par la loi et dans l’accomplissement des missions et des devoirs conférés par les présents statuts, la Banque centrale des Comores, en la personne de son Gouverneur et du Vice-gouverneur ainsi que tous les agents de la Banque ne peuvent solliciter ni accepter d’instruction du gouvernement, de tout organisme et toute autre personne. Le gouvernement s’engage à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer la Banque centrale dans ses missions».

Cet article 4 explicite l’indépendance théorique de la BCC envers l’État Comorien et ses dirigeants politiques, dont le chef de l’État et le ministre des Finances sur la conduite de notre politique monétaire. Elle est le copié-collé de l’article 107 des Accords des Maastricht sur la Banque centrale européenne (BCE): «Ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ou accepter des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme» et, «inversement les gouvernements s’engagent à ne pas chercher à influencer la BCE».

Donc, la BCC fonctionne comme celle des pays européens – qui nous avaient colonisés hier et qui ont une très grande longueur d’avance économique et sociale sur nous. Comment pourrons-nous admettre qu’on peut appliquer les mêmes conditions de course à un train à grande vitesse (TGV) et à une charrette à deux roues en fer tirée par des bœufs? Nos dirigeants doivent savoir que l’indépendance de la BCE est récente et pour des pays qui ont atteint un certain niveau de développement économique et social. Ils étaient tous keynésiens –prônant l’interventionnisme de l’État auprès des Banques centrales. Cette politique monétaire limitée uniquement à la lutte contre l’inflation a été critiqué par plusieurs économistes de renommée internationale, dont Joseph Stiglitz, États-Unien et Prix Nobel d’Économie, pour qui «la BCE a été mal conçue dès le départ. On l’a construite sur la base de certaines thèses idéologiques qui étaient alors à la mode. Mais ces croyances ont été de plus en plus remises en cause, en particulier au lendemain de la crise financière mondiale de 2008. Si d’autres banques centrales, notamment la Fédéral Reserve des États-Unis, se sont reformées, en se concentrant bien davantage sur le chômage et la stabilité du marché financier – et même en commençant à parler des effets de leurs politiques sur l’inégalité –, le mandat de la BCE est limité par le traité de Maastricht de 1992, à une concentration obsessionnelle sur l’inflation». Joseph E. Stiglitz: L’euro: comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, p. 180.

Les Comores ne peuvent pas s’offrir le luxe d’une Banque centrale luttant uniquement contre l’inflation, donc s’intéressant uniquement à la stabilité des prix afin de mieux protéger les épargnants, en oubliant le chômage et la croissance économique, nécessaires, pour parvenir au niveau des pays émergeants.

La BCC est indépendante des Comores et des Comoriens afin de mieux servir la politique économique de la zone euro. Ceci est loin de l’intérêt des Comores et des Comoriens. Les Comores doivent mener une politique favorisant le développement économique et social du pays. Ce développement est bloqué par des textes écrits par des personnes qui ne sont pas nos élus (Députés), ni choisis par le peuple comorien.

Les assises nationales pourraient-elles définir le rôle de cette institution aussi vitale pour le développement économique et social de notre pays? Au-delà de l’indépendance de la BCC, il y a le besoin du peuple comorien, celui du plein-emploi, du développement économique et social. L’histoire de fonctionnement de la Banque centrale des pays développés, dont celle de la Banque de France, nous enseigne qu’elle a été d’abord dépendante du gouvernement avant d’essayer de prendre du large. Elle a commencé à prendre du large quand la France s’est développée après les Trente Glorieuses. Les Comores d’aujourd’hui veulent construire des routes, des hôpitaux, des logements sociaux et des hôtels et cela peut se faire rapidement si nous maîtrisons la politique monétaire de la BCC. La France des Trente Glorieuses avait une politique économique dont la Banque centrale n’était pas indépendante du gouvernement et dont l’inflation frôlait les 10%.

6.- La politique monétaire de la Banque centrale dite des Comores

       Dans d’autres pays, la politique de la Banque centrale est débattue sur la place publique: au Parlement et par la classe politique. Toute décision ou modification des statuts de la banque centrale est connue, au moins, par les élus et les hommes politiques.

Lisons l’article 6 des statuts de la BCC: «La Banque est la seule autorité monétaire en Union des Comores. La Banque garantit la stabilité de la monnaie de l’Union des Comores. Sans préjudices de cet objectif, elle apporte son soutien à la politique économique de l’Union des Comores». L’objectif principal et fondamental de la BCC est la stabilité monétaire, donc la lutte contre l’inflation. Cette politique de stabilité des prix et inflationniste n’a qu’un seul objectif: protéger les épargnants européens et leurs retraités, surtout allemands, qui dominent la politique monétaire de la BCE.

L’inflation est la hausse généralisée des prix. Elle peut avoir plusieurs sources: coût, loi de la demande ou problèmes monétaires. Elle est vue par un courant néolibéral monétariste dirigé par Milton Friedman, Prix Nobel d’Économie en 1976, comme d’origine uniquement monétaire. C’est une thèse réfutée par plusieurs économistes surtout par la pratique des pays développés hier et pays émergents aujourd’hui. L’inflation, qu’on craint comme la peste, a été considérée comme nécessaire jusqu’à une dose de 5% pour favoriser le plein-emploi. Peut-on pavoiser aujourd’hui aux Comores d’avoir maîtrisé l’inflation à 2% dans un pays pauvre comme le nôtre où plus de la moitié des jeunes cadres sont au chômage et où le gouvernement tend la main pour assumer son devoir régalien d’honorer les charges de l’État dont le paiement des fonctionnaires. Il n’y aura jamais d’émergence en vendant des passeports à l’étranger mais en modifiant la politique monétaire de la Banque centrale dite des Comores.

 7.- Le Concours de la Banque centrale dite des Comores à l’État comorien

       Article 22 des statuts de la BCC: «La Banque peut consentir, à l’Union des Comores, en un taux fixé par le conseil d’administration, des découverts en compte courant dont la durée ne peut excéder 12 mois consécutifs. Le total des concours accordés à l’État ne peut pas dépasser 20% des moyennes annuelles des recettes ordinaires de l’Union des Comores effectivement recouvrées au cours trois exercices budgétaires précédents. Les montants effectivement utilisées sont rémunérées aux taux fixés par le conseil d’administration. Le conseil d’administration peut suspendre l’utilisation de cette facilité lorsqu’il estime que la situation économique et financière le justifie. Aucune autre forme de crédit ou avance à l’Union des Comores ou à tout autre organisme ou entreprise publics ne peut être accordée par la Banque directement ou indirectement».

Cet article 22 montre que la BCC n’intervient qu’à des maigres participations au niveau économique de notre pays. Nos recettes réellement recouvrées sont dérisoires. Dans cette petitesse, dire qu’on peut nous accompagner pour le développement économique de notre pays à la «moyenne de 20%» est plus qu’une insulte aux Comoriens. Par ailleurs, il est à constater qu’au sein de la BCC, les décisions reviennent au conseil d’Administration et non au Gouverneur. Ce dernier n’a qu’un rôle de porte-parole.

L’émergence est liée surtout à des facteurs économiques et sociaux. Pour devenir un pays émergent, il nous approcher le PIB des pays développés, donc un PIB de 1.040 à 12.000 dollars. Pour y arriver il nous faut une politique économique favorisant la production, le plein-emploi, les crédits aux entreprises et aux particuliers et la croissance économique. Ceci ne peut se concevoir sans le soutien de la Banque centrale, avec une politique monétaire expansionniste et non juste la lutte contre l’inflation. Or, aujourd’hui les statuts de la BCC excluent toute intervention de l’État comorien dans sa politique monétaire.

La BCC est dirigée par un conseil d’administration composé de 8 personnes, ignorées des Comoriens dont 4 Français.

Comment peut-on concevoir qu’un chef d’État élu, des Députés représentant le peuple et d’autres autorités, y compris le Gouverneur de la BCC, n’ont aucun pouvoir sur le domaine monétaire dite Comorien? La monnaie n’est pas seulement une partie de notre souveraineté nationale. C’est aussi l’oxygène de notre économie. Il ne peut pas avoir de l’émergence sans la maîtrise de notre politique monétaire. Aucun pays n’a réussi à émerger sans avoir conçu sa politique monétaire. Cette optique d’action d’une Banque centrale focalisée sur la lutte contre l’inflation en suivant la dictée de la BCE ne nous sert pas. L’exemple de la Côte-d’Ivoire (qui a chanté l’émergence en 2020), qui est encore loin de compte en fin 2017 doit nous réveiller et mobiliser nos forces et nos énergies à remédier aux vrais problèmes qui bloquent notre développement économique et social.

 8.- Il nous faut un Gouverneur qui gouverne la BCC et non un porte-parole servile

       Les Comores et les Comoriens d’aujourd’hui ne sont plus comme ceux d’hier, quand les dirigeants ignoraient les domaines économiques ou autres qu’on leur confiait. Il fut un temps où un simple instituteur a été nommé Gouverneur de la BCC. Ce temps-là est révolu, et nos derniers Gouverneurs ainsi que le nouveau sont des cadres rôdés dans le domaine économique et autres. Nous préférons leur faire confiance et nous attendons d’eux des comptes et des résultats. Nous ne pouvons pas continuer à remettre l’avenir économique et social de notre pays aux têtes invisibles qui sont les 8 membres du conseil d’administration, dont 4 sont des Français Blancs nommés par le gouvernement français. Dans toutes les banques centrales, y compris la BCE et la Réserve Fédérale des États-Unis, il y a un conseil d’administration que le Gouverneur préside et consulte, mais le dernier mot lui revient. Le Gouverneur de la Banque centrale doit être un Gouverneur qui gouverne et non un porte-parole qui annonce des décisions dictées et imposées par un conseil d’administration, dont la moitié ignore les malheurs des Comores et des Comoriens.

Suivons l’exemple de l’île Maurice, comme le dit Azali Assoumani. Sa Banque centrale a 8 membres du Conseil des Directeurs. Ils sont tous Mauriciens, sans le moindre anglais. Le Président du Conseil d’administration est le gouverneur de la Banque centrale. C’est le Gouverneur qui pilote et décide en dernier ressort. Osons faire confiance aux hommes et aux femmes des Comores que nous connaissons et à qui on peut demander des comptes demain. Les têtes invisibles nous ont dirigés pendant plus de 40 ans, et notre économie reste toujours moribonde. Regardons ceux qui marchent en ayant et prenant assurance sur nos capacités de nous prendre en charge afin de sortir d’«une crise civilisationnelle».

Par Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah,

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

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© www.lemohelien.com – Jeudi 30 novembre 2017.

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