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Quand Jacques Foccart parlait de l’île de Mayotte

Quand Jacques Foccart parlait de l’île de Mayotte

Très subtile, sa position était faite d’un grand réalisme

Par ARM

  Aux Comores, il y a des personnes qui occupent plus ou moins l’espace public et qui passent leur temps à dire aux autres que leur pays est tellement important que les dirigeants des grandes puissances s’appellent pour en parler dès leur réveil, et qu’ils passent leur temps à comploter contre «l’archipel aux Sultans batailleurs». Quand on parle de Mayotte, ils bondissent comme des bolides et rejettent toutes les fautes des autorités comoriennes de la période de l’autonomie interne sur la France. Une fois de plus, on constate les dégâts causés dans les mémoires par les bien-pensants, les chantres de la bien-pensance et les spécialistes d’une Histoire qu’ils n’ont pas apprise, ne connaissent pas et ne maîtrisent pas. Naturellement, on abreuve les gogos et les beaufs d’un discours mâtiné d’un nationalisme de pacotille sur «l’unité politique nationale des Comores avant la colonisation française», alors que la mémoire collective n’a retenu le nom d’aucun suzerain qui portait le titre de «Sultan des Comores», mais celui d’une région d’une île et, à l’occasion, des cousins n’hésitaient pas à se massacrer avec joie et sadisme. Au nom d’un certain sens de la famille.

Le dire est la pire des hérésies. C’est interdit. Motus et bouche cousue.

Et, il y a l’affaire de Mayotte, sur laquelle les pires mensonges continuent à être débités avec un incroyable aplomb par les «bons et vrais Comoriens», ceux qui connaissent tout, savent tous, et se sont arrogé le droit de donner des leçons aux autres. Cela étant et comme dans 10 jours, les Comores vont célébrer le 42ème anniversaire du référendum d’autodétermination du 22 décembre 1974 (que tel historien comorien refuse de qualifier de «référendum», allez savoir pourquoi!), il serait intéressant de revenir sur les propos de Jacques Foccart, proche collaborateur de Charles de Gaulle, notamment chargé des questions africaines.

Voici ce que disait Jacques Foccart en 1994, donc 20 ans après le référendum en question: «Le Général n’attachait pas beaucoup d’importance aux Comores. “S’ils veulent partir, qu’ils partent”, résumait-il. Mais il était sensible aux doléances des habitants de Mayotte. Sans envisager de donner suite aux pétitions pour la transformation de l’île en département français rattaché à la Réunion, il commentait: “Nous ne pouvons pas livrer ces malheureux à Saïd Mohamed Cheikh s’ils ne sont pas d’accord”. Lors de la visite à Paris d’une délégation de Mayotte, il m’a donné pour consigne de ne pas encourager nos visiteurs à se séparer des Comores, mais de leur dire qu’en cas de référendum ils seraient consultés séparément.

  Michel Debré et Pierre Messmer allaient plus loin que le Général sur ce terrain. Ils voulaient isoler Mayotte pour en faire une entité française et poussaient à cette consultation séparée. Pour ma part, j’étais convaincu qu’un jour le sentiment comorien prendrait le dessus, et que nous aurions des troubles à Mayotte, avec des conséquences pour la Réunion. Je le pense encore en 1994. Les Mahorais sont choyés et satisfaits d’être français, mais l’histoire n’est pas terminée. J’espère me tromper»: Gaillard (Philippe) et Foccart (Jacques): Foccart parle. Entretiens avec Philippe Gaillard, Tome I, Fayard et Éditions Jeune Afrique, Paris, 1995, pp. 256-257.

Ah bon? La France se méfiait des autorités comoriennes à travers Saïd Mohamed Cheikh? En plus, «le Général n’attachait pas beaucoup d’importance aux Comores», alors que les Comores sont censées être l’alpha et l’oméga des préoccupations de la France? De surcroît, le Président de la République française voulait que Mayotte ne se sépare pas des Comores, alors que, déjà dans ces années 1960, les Mahorais voulaient la transformation de leur île en département français? Voilà qui va faire bondir d’indignation les «bons et vrais Comoriens», les bien-pensants et les chantres de la bien-pensance. On se souvient de la rhétorique alambiquée et ampoulée de ceux qui disent que le transfert de la capitale des Comores de Mayotte à la Grande-Comore n’a joué aucun rôle dans les déceptions exprimées par les Mahorais et sur leur choix de rejeter l’indépendance, et que, de toute façon, «Saïd Mohamed Cheikh n’en est pas responsable» et qu’«il a été trompé par la France». Belles phrases!

Cette foi de charbonnier aux relents d’hypocrisie et de cécité est très mignonne, surtout à un moment où Jacques Foccart disait que «les Mahorais sont choyés et satisfaits d’être Français». Il avait dit qu’«un jour le sentiment comorien prendrait le dessus», mais on ne voit pas comment la politique de destruction malsaine et irresponsable du «saigneur ventriote» Azali Assoumani pourrait inciter les Mahorais à un «sentiment comorien». Et, chose qui ne manque ni de piment, ni de sel, c’est à l’époque de la fameuse «diplomatie du tambour et du tamtam» sous Ahmed Sambi que Mayotte est devenue un département français le 31 mars 2011, après le référendum du 29 mars 2009 (95,24% de «oui»). À ce jour, certains refusent de tirer des leçons de cette évolution institutionnelle et politique devenue une gifle pour les Comores, où, au lieu de développer le pays, les autorités ont tellement dégradé le cadre de vie que maintenant, les plus minables ramassent leurs postes par terre. Le copinage a de beaux jours devant lui.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Lundi 12 décembre 2015.

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