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Que faisons-nous pour sauver Mayotte, qui brûle?

Que faisons-nous pour sauver Mayotte, qui brûle?

Par Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah

  «Aussi longtemps qu’une seule portion de la terre africaine demeure sous la domination étrangère, le monde ne connaîtra pas la paix»: Kwame Nkrumah (1909-1978), homme d’État et premier Président du Ghana indépendant, indépendantiste et panafricaniste.

  Les dirigeants Comoriens ont toujours avoué leur volonté de vouloir le retour de Mayotte dans son giron naturel. Mais, cette volonté reste à l’état des discours prononcés au sein du Palais des Nations Unies, loin des Comores et de la France. Lors de dernières élections présidentielles, la question de l’occupation française d’une partie de notre territoire fut oubliée ou omis des débats publics ou des campagnes politiques. L’arrivée de nouveau dirigeant dont l’alliance avec les adversaires n’est plus à démontrer du moment qu’il avait préféré fuir à l’Ambassade de France pour sauver sa peau au lieu de défendre sa patrie lors de coup d’État mené par le mercenaire Bob Denard en 1995. Aujourd’hui, l’inquiétude est gravissime pour l’avenir des Comoriens qui avaient choisi de vivre dans la partie de notre territoire occupé par la France. La France a choisi, malgré les lois internationales, plus particulièrement, celles des Nations Unies, le 12 novembre 1975, qui reconnaissent Mayotte comme un territoire comorien, lors de la reconnaissance de l’indépendance du 6 juillet 1975. Mais, la France a du mal à respecter les lois internationales quand il s’agit de ses ex-colonies, notamment à Mayotte, où elle veut expulser et effacer toute trace des Comores. Le malheur des Comoriens est qu’aucun de leurs dirigeants n’a songé réellement à libérer l’île comorienne occupé par la France.

Les nouveaux dirigeants des Comores optent pour une attitude de complicité envers l’occupant afin de plaire

  «Nous n’avons besoin de personne pour fixer les règles des combats que nous allons livrer. Nous devons étudier la nature du combat en question, étudier l’ennemi, étudier ce qui se joue contre nous, et ensuite dresser un plan de bataille et mettre au point une stratégie. Alors, on obtiendra des résultats. Mais tant qu’on permettra à un tiers de venir nous dire ce que nous devons faire – et ces gens-là n’ont jamais qu’un mot à la bouche: non-violence… paix… il faut aimer tout le monde… mon Dieu, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Tant qu’on aura droit à ce genre de sornettes, on n’aboutira jamais à rien»: Malcolm X, Derniers discours, p. 138.

  La diplomatie est un domaine de l’action publique où l’hypocrisie devient un art qui se sert d’une manière acceptable. Mais la diplomatie peut-elle nous amener à ignorer les faits d’un pays étranger qui occupe une partie de notre territoire? La notion de la diplomatie ne doit-elle pas changer dans ce cas de figure en des termes de guerre? Les Comores et leurs dirigeants politiques et religieux n’ont jamais accepté que l’occupation par la France d’une partie de leur territoire, Mayotte, constitue une déclaration de conflit qui nécessite une rupture des relations diplomatiques. La France a pu accomplir tous les processus d’accaparation d’une partie de notre territoire, jusqu’à introduire dans sa Constitution que Mayotte est sienne. Il n’y a pas de niveau de provocation et de mépris et surtout de déclaration au-delà de ces actes accomplis par la France. Mais, nos autorités politiques continuent à jouer la tactique de courbette. La France ayant constaté la faible et la bassesse de nos dirigeants a poussé des voyous, des «tontons macoutes de l’océan Indien» pour torturer, intimider et expulser nos compatriotes de leurs propres domiciles.

L’ambassadeur de France à Moroni s’entoure de l’Union africaine pour humilier les Comores

  Notre union ne doit connaître aucun climat, aucune frontière ou nationalité. […]. Il faut que les Noirs du monde entier pratiquent une foi, celle de la confiance en eux-mêmes, avec un Dieu, un but, un destin». Marcus Garvey: Philosophy and Opinions, Part II, pp. 415-416.

  Au moment où «les Tontons Macoutes de l’océan Indien» expulsent, torturent et humilient nos compatriotes à Mayotte, l’Ambassadeur de France à Moroni se pavane dans nos ministères. Il va d’abord, rendre une visite «de courtoisie» au ministre des Affaires étrangères et après celle au ministère de l’Intérieur. Le déplacement de l’Ambassadeur de France n’est pas anodin, ni dénué d’un tact humiliant. Au moment où son pays occupe par la force une partie du territoire comorien, a introduit un visa d’entrée pour les Comoriens dans leur propre pays, en foulant au pied tous les lois internationales, aujourd’hui, ils expulsent d’une manière barbare les quelques Comoriens venant de la partie indépendante qui s’y trouvent. L’Ambassadeur de France montre à la face du monde que nos autorités n’ont aucun problème avec la France, et que les Comoriens brutalisés et expulsés de leurs domiciles à Mayotte restent une question interne à la France. Pour marquer sa force et sa légitimité, il se fait accompagner par le représentant de l’Union africaine à Moroni. Un témoin d’envergure continentale, dont la France ne peut pas qu’être flatté de l’avoir à ses côtés en présence de notre ministre des Affaires étrangères et celui de l’Intérieur.

  Après Azali Assoumani à l’Ambassade de France, voilà le Grand Mufti

  «Ils t’interrogent sur l’acte de guerroyer pendant le mois sacré. – Dis: combattre pendant la trêve est un péché grave, mais il est plus grave encore au regard d’Allah de faire obstacle à la cause d’Allah, d’être impie envers Lui et la Mosquée sacrée, et d’en expulser son peuple. La persécution est plus grave que le meurtre»

  (Coran, II, La Vache, 217).

  Le Comorien se pose souvent des questions sur le rôle et l’utilité de cette institution nationale et constitutionnelle qu’on appelle le Mouftorat. Il y a un bureau, des employés et des budgets de fonctionnement. À l’époque d’Ahmed Abdallah Abderemane, le Grand Mufti, Saïd Mohamed Abdourahmane, avait été un Ouléma qui parlait au nom de ses paires et de la notabilité. Il a été un modérateur du régime dictatorial. Il intervenait dans tous les domaines. Parfois, il agaçait le Président Ahmed Abdallah Abderemane, surtout, sur la question de Mayotte. Le Grand Mufti le feu Saïd Mohamed Abdourahmane a été l’homme qui avait eu le courage d’apporter au Haut-Commissaire de la République française à Moroni la lettre de notre indépendance nationale. À cet acte de bravoure et de défi dont la France ne lui avait jamais pardonné en lui faisant payer de sa vie, il avait montré l’implication du religieux dans notre politique nationale.

  À l’époque du Grand Mufti Saïd Mohamed Abdourahmane, le Mouftorat ne figurait pas dans notre Constitution comme institution dotée d’un budget. Mais, aujourd’hui, il y est. Malheureusement, son rôle et sa sphère d’action et surtout son utilité nous restent inconnus sauf pour les commentaires de notre Saint Coran faits par notre Grand Mufti à la Grande Mosquée de Ntsoudjini, sa ville natale. C’est une institution étatique et non villageoise ou insulaire, qui s’avère qu’elle n’existe qu’à la Grande-Comore. Il n’y a pas de structure de ce type à Anjouan ou à Mohéli, et à plus forte raison à Mayotte. Il n’y a pas des représentants des autres îles au sein du Mouftorat, resté une affaire entre Grands-Comoriens. Dans la société comorienne, le Mufti est la plus grande personnalité religieuse du pays. L’Ambassadeur de France qui l’a invité à rompre le jeûne de Ramadan chez lui n’est pas ignorant de ce qu’il a fait. Il connaissait l’impact national et international de rompre le jeûne du Ramadan avec le dignitaire religieux du pays dont on occupe une partie du territoire et dont on humilie le peuple.

  Nos oulémas, plus particulièrement le Mufti, doivent nous donner des exemples rassurants en respectant l’Islam qu’ils nous enseignent. Notre pays ne peut pas continuer à faire la politique de la courbette envers celui qui occupe une partie de notre territoire et nous humilie de plus en plus chaque jour.

Par Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

Moroni, Comores.

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© www.lemohelien.com – Mercredi 29 juin 2016.

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