You are here: Home » Monde » Quelles Comores faut-il concevoir pour être à la hauteur des problématiques contemporaines ?

Quelles Comores faut-il concevoir pour être à la hauteur des problématiques contemporaines ?

La situation prévalant dans le pays est marquée par des pénuries énergétiques redondantes, la dégradation de la vie sociale, le manque d’hôpitaux dignes pour procurer des soins rudimentaires aux patients comoriens, le taux de chômage touchant les plus jeunes, la délinquance et violence accrues… Ce constat qui s’observe de lui-même et percevable au village et en ville exige que les intellectuels, hommes et femmes de culture de bonne volonté prennent leurs responsabilités, d’une manière ou d’une autre. C’est d’abord un appel aux historiens, aux journalistes, aux hommes et femmes de plume et aux personnes de bonne volonté de pencher sur ces questions d’ordre social, sécuritaire et sociétal pour nous faire une image immédiate des Comores qui seront à la hauteur des enjeux présents et futurs vis-à-vis de la région et du monde entier.

Mohamed Taki Abdoulkarim : de l’élection démocratique à sa disparition mystérieuse
De l’idée d’un État comorien à celle de l’Union des Comores, en passant par la République islamique des Comores, beaucoup de choses se sont passées, de nombreuses personnalités incarnant la politique nationale ont défilé sur le podium sous différentes responsabilités et fonctions d’État. En revanche, beaucoup d’analyses sur notre parcours collectif restent à faire. De cette galaxie analytique, je retiendrai, pour commencer, au vu de nos relations avec l’extérieur les élections du 25 mars 1996 qui ont ramené Mohamed Taki Abdoulkarim à Beiti-Salam. Cet exemple anecdotique retient mon attention car je suis convaincu que parmi les défis que notre pays est contraint à relever, au-delà des questions sociales, il y a ceux liés à la sécurité, la paix, la stabilité mais aussi d’autres de nature environnementale.

Cette attention particulière portée sur cet ancien ministre du développement (2e gouvernement de Saïd Ibrahim Ben Ali) se justifie d’abord par l’amour populaire dont a-t-il bénéficié l’ancien président, l’effervescence électorale dont il a fait objet, le caractère jugé objectif des élections de mars 1996, les pénuries répétitives en plein quinquennat, l’émergence sécessionniste mais aussi et surtout la mort tragique et surprenante de l’ancien président de la République Islamique des Comores suivi de son enterrement hâtif, précipité par les siens à Mbéni, sa ville natale.

Disparation et enterrement surprenants de Mohamed Taqui Abdoulkarim, des questions

Mais que s’est-il passé avant, durant et après le voyage du feu président Mohamed Taki Abdoulkarim fin octobre 1998 ? Quel a été le motif du déplacement présidentiel ? Qu’est-ce qui expliquerait la décision prise après le signalement du décès au palais présidentiel, de rapatrier le corps de l’ancien raïs tout de suite après à Mbéni ? L’État, n’a-t-il pas failli à sa mission rigoureuse, nuit à son image pourtant symbolique ? Et si l’on relance ce débat sur le décès de Mohamed Taki entre Comoriens et l’État de se montrer ferme face à ça, d’ordonner l’exhumation du corps de l’ancien président pour des autopsies ? La résistance, je l’imagine dure face à une telle affaire, face à une telle opération, mais, c’est une étape très importante que l’État doit franchir pour comprendre où l’on va, pour comprendre notre avenir, pour comprendre les enjeux et les défis internes mais aussi ceux qui nous lient avec l’extérieur.

Or, être clair aujourd’hui, c’est abandonner les discours opaques au profit de ceux dont la transparence guide le raisonnement. C’est un appel à risque, je le sais. Mais je prends ce risque de m’interroger, de solliciter vos curiosités d’intellectuels sur les nouvelles problématiques dont notre pays doit désormais faire face. Si jamais, cette dépêche doit être la dernière pour moi, parce que je serai neutralisé pour l’avoir écrite puis publiée, j’invite à ma famille, à mes proches, à mes amis, aux intellectuels comoriens mais aussi du monde entier de faire de ce combat le leur.

En saisissant cette séquence relative au feu président Taki, je m’intéresse bien évidemment, non pas à sa personnalité en soi, mais à ce qu’il a incarné lorsqu’il a été président de la République jusqu’à sa disparition surprenante la nuit du 5 au 6 novembre 1998, quelques heures après son arrivée d’un voyage à l’étranger. Il venait d’un voyage à l’étranger. Sa vie dans l’exercice du pouvoir ne durera que deux ans, sept mois et 12 jours, lui qui s’est toujours montré attaché à l’islam et qui n’a pas hésité à modifier le drapeau national dominé par le vert, portant les saints noms « Allah » et « Mohamad » rajoutés au croissant blanc, quatre étoiles en face. Mohamed Taki Abdoulkarim sera donc décédé quelques heures après son retour d’un voyage à l’étranger le 6 novembre 1998, trois mois après ces attentats de Nairobi et de Dare es Salam le 7 août 1998, c’est-à-dire deux mois après ces attaques en Afrique de l’est. Y-aurait-il un lien direct ou indirect entre cette disparition surprenante et les attaques de Nairobi et Dare es Salam ?

Des défis inséparables des questions de sécurité nationale, régionale et internationale

Ces défis, il se peut qu’ils soient inséparables de la sécurité nationale et internationale. Le monde entier, les puissants et ceux qui le sont moins traverse une crise et un phénomène internationaux sans précédent connus sous le nom du terrorisme. Face à cela, les pays avancés s’en donnent les moyens impliquant d’autres nations moins puissantes dans plusieurs domaines comme celui du renseignement. Les Comores sont un petit pays aujourd’hui miné par la misère générale, plus qu’il l’était il y a vingt ans. Cette situation risque de faire de nos concitoyens les plus fragilisés des mendiants, des nécessiteux prêts à tout pour soulager leurs désirs et prétendre sortir de la précarité. Face à une telle situation, l’intellectuel comorien doit se ressaisir, se préparer, s’y investir, interpréter pour avoir des réponses claires.

Puisque mon analyse se veut globale sur les Comores dans ses rapports avec l’international, dans ses liens avec le monde en alerte maximal contre le terrorisme, projetons un peu en arrière et en Afrique de l’Est vue du terrorisme ; le 7 août 1998, des attaques terroristes contre des ambassades américaines se sont perpétrées à Nairobi au Kenya et Dar es Salam en Tanzanie. Au moins 213 personnes ont été tuées dont une douzaine d’Américains parmi lesquels des agents de la CIA. Les attaques ont fait près de 5 500 blessés et des pertes matérielles dont plusieurs grands immeubles situés en plein centre-ville. Ces attentats sont intervenus trois ans avant ceux pérpétré sur le sol américain en 2001. On a pleuré les morts et eu de vifs sentiments pour ces milliers de victimes. La traque aux responsables présumés de ces attentats ne s’est pas fait attendre ; il se peut que parmi ces auteurs terroristes il y avait un jeune Comorien, Fazul Abdullah Mohamed tué le 8 juin 2011 à Mogadiscio par l’armée somalienne aujourd’hui assistée par les Américains. Un an après les attentats contre les tours jumelles du World Trade Center à New York, l’Union Africaine met en place la Brigade de l’Afrique de l’Est (à l’époque appelée EASBRIG) et dont le Secrtaire général actuel est le comorien Ismaïla Chanfi polyglotte ayant fait carrière au ministère des relations extérieures en tant que secrétaire général.

Voyez-vous, notre pays situé au carrefour du monde, très proche des côtes Est africaines est directement et clairement impliqué, d’une manière ou d’une autre dans ce combat international. Sachions tout de même qu’au moins un concitoyen comorien est accusé d’avoir été impliqué dans ce terrorisme puis tué. Dans la période précédant la mort déclarée de Fazul, vous pouvez vous en souvenir, le premier journal du pays, Al-Watwan diffusait son portrait qui, lui-même était affiché en grands formats dans des lieux publics aux Comores comme l’aéroport international Prince Saïd Ibrahim. Vous saurez donc pourquoi notre pays serait amené aujourd’hui à collaborer étroitement avec ceux ayant les moyens à leur disposition pour la paix, la sécurité et la liberté des Comoriens d’où qu’ils se retrouvent. Nous n’avons ni les moyens directs ni indirects de surveiller ces acteurs d’actes horribles. Nous devons travailler efficacement avec ceux qui en disposent.

Les Comores d’aujourd’hui et de demain demandent des hommes et femmes à la hauteur des enjeux actuels

Notre devoir aujourd’hui est de sensibiliser les Comoriens, pousser les dirigeants de ce pays à la réflexion et à la vigilance, les contraintes à dépasser leur simple naïveté et à être de vrais responsables aujourd’hui et demain pour que les Comores ne sombrent pas à la catastrophe et l’obscurantisme dans l’avenir. Or le contrôle de l’État sur son peuple et qui veillerait à un avenir harmonieux, il passera par des programmes solides, des bourses d’études prometteuses ouvertes nécessairement aux jeunes étudiants qui sont obligés de continuer leurs études à l’étranger. Il est inadmissible que l’État comorien ne puisse avoir les itinéraires précis des centaines d’étudiants qui fréquentent de nombreuses écoles dans le monde.

Les Comores longtemps ouvertes au monde doivent le rester davantage. Les autorités comoriennes doivent montrer combien elles sont responsables et vigilantes face à la menace. Elles doivent comprendre que notre pays, une fois sous la menace du terrorisme, dès lors que des individus malveillants accèdent interviennent aux Comores, ils peuvent nous être catastrophiques. Nous ne sommes pas prêts à voir notre pays s’enfermer, se plier entre lui-même et sombrer dans les embargos internationaux. Nous voulons un pays pacifiques, souple et fort dont les dirigeants n’auront pas à tâtonner mais à agir en tant et en heure en tant que responsables avertis.

Les problématiques modernes auxquelles je voudrais qu’on s’initie touchent à cette question de sécurité intérieure vue de l’extérieur. Un terroriste qui pénètre dans Moroni, accède à Fomboni, entre a Myutsamudu, il y viendrait pour tuer soit des Européens ou des Américains, cibler ceux qu’il considère de collaborateurs avec le monde extérieur. Ce jour-là, ce sera la catastrophe collective, la perte de tout, la fin d’un pays, les Comores que nous aimerions voir grandir et épanouies. Mobilisons-nous pour prévenir avant d’être rattrapés après pour guérir. Nous les vallons bien.

Powered by Comores infos