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«Rien de nouveau. Azali Assoumani n’est pas à féliciter»

«Rien de nouveau. Azali Assoumani n’est pas à féliciter»

Interview exclusive de Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah,

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

     www.lemohelien.com: Avez-vous appelé Azali Assoumani pour le féliciter pour l’inauguration de sa fameuse centrale électrique?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je ne pense pas qu’il y ait eu inauguration d’une nouvelle centrale électrique aux Comores. J’ai appris par les médias et les réseaux sociaux qu’on a acheté des groupes électrogènes. Je crains que le problème de l’énergie aux Comores ne soit devenu comme notre dette nationale. À chaque changement de régime politique, on dit qu’on a payé des dettes et aujourd’hui, on nous parle des groupes électrogènes. Si ma mémoire est bonne, il y a peine deux ans que le régime politique du Docteur Ikililou Dhoinine nous avait fait une mise en scène théâtrale avec l’arrivée des groupes électrogènes financés par la Banque africaine de Développement (BAD). Ces groupes électrogènes étaient censés satisfaire les besoins et la demande du pays en électricité. Je m’interroge sur ce qu’on a fait de ces groupes électrogènes et pourquoi en acheter encore d’autres, cette fois, à sept milliards de francs comoriens.

Cela étant, et pour répondre à votre question, il n’y a personne à féliciter. Il n’y a rien de nouveau. Azali Assoumani n’est pas à féliciter s’il a uniquement acheté des moteurs. Connaissant le problème de l’énergie aux Comores, le dossier est plus complexe qu’on ne le croit. Par contre, je présenterais des félicitations à lui et à ses collaborateurs directs, plus particulièrement au ministre en charge de l’Énergie, le jour où la crise permanente de l’électricité trouvera une vraie solution, loin du rafistolage et de la propagande mensongère.

www.lemohelien.com: Moi qui croyais que vous l’aviez félicité… Le monde n’est plus ce qu’il était. Les habitants de vos belles villes de Nkourani-Sima et Vouvouni vous ont-ils appelé pour vous rassurer sur le «merveilleux et flamboyant» retour de l’électricité dans leurs foyers depuis cette inauguration pour laquelle a été fait un tapage malsain et indécent?

Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je suis en contact permanent avec le pays et surtout avec les villes d’origine de mes parents, avant mon retour dans quelques jours. Je n’ai pas noté un enthousiasme particulier en ce sens. Je comprends la méfiance de la population comorienne. Ce n’est pas la première fois que nos dirigeants annoncent une solution à nos maux de toujours, alors que le peuple sait que le problème n’est pas uniquement lié à un groupe électrogène. Le problème est surtout lié à la gestion et à la décentralisation du pays. Il y a aussi le problème de la sécurisation et de la distribution de l’énergie au niveau des clients et aussi de sa rentabilité. L’électricité est un produit qui est demandé par un grand nombre de consommateurs. L’État ne peut pas le vendre à perte. J’ai eu plusieurs entretiens avec d’anciens Directeurs généraux de la MAMWÉ, société comorienne d’eau et électricité, et j’ai pu retenir que parmi les problèmes, il y a aussi celui de la rentabilité. Il faudra en parler. On veut tous avoir de l’électricité et il faudra, dans ce cas-là, en mettre le prix.

www.lemohelien.com: Croyez-vous que les conditions opaques et de désordre total dans lesquelles ont été passés les marchés des groupes électrogènes sont normales, et est-ce que le règlement de la question de l’énergie justifie de tels empiètements de la Loi?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je ne sais pas comment ont été achetés ces groupes électrogènes et d’où vient l’argent, qui s’élève à 6 voire à 7 milliards de francs comoriens. Je ne peux pas m’étaler sur cette question.

  www.lemohelien.com: Réveillez-vous! Les Comoriens ne parlent que de ça, Monsieur le Président! Est-ce dans ces conditions que doit se réaliser la sempiternelle «émergence», la tarte à la crème pour laquelle on rabat les oreilles des Comoriens depuis décembre 2016?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: La question de l’émergence de notre pays ne doit tomber ni dans un slogan creux, ni dans la moquerie. C’est une question sérieuse qu’Azali Assoumani a posée comme une ambition pour le 5 ans de son mandat. L’émergence n’est ni un état d’esprit, ni une philosophie, mais une réalité économique donnée et précise d’un pays. C’est possible et nous devons tous, y compris vous, ARM, y contribuer. C’est notre pays, et chacun doit apporter sa contribution aussi petite soit-elle, d’une manière ou d’une autre, pour le faire sortir de la misère et de la décadence. Dans la façon dont notre pays est conduit aujourd’hui, avec les licenciements abusifs et massifs des jeunes cadres, les désordres permanents dans l’administration publique et l’absence de cohésion entre l’Union et les îles, la politique extérieure de la main tendue, nous ne sommes pas dans la voie de l’émergence. Azali Assoumani doit réorienter son effort en optant pour une politique courageuse de plein-emploi, en allant dans le sens de ce qu’il a dit au Mali, par la refonte de la politique monétaire.

Je saisis cette occasion pour féliciter Inoussa Ben Imane, le nouveau Gouverneur de la Banque centrale des Comores. Je souhaite vivement qu’il redonne à cette institution sa vraie vocation. La Banque centrale ne peut pas jouer le rôle du Trésor public. Je peux me permettre d’espérer qu’Azali Assoumani a compris, comme son collègue Idriss Deby Itno du Tchad, les méfaits du colonialisme monétaire. Il doit comprendre que l’investissement propre à notre pays, qui ne peut pas survenir sans le pouvoir de battre notre monnaie, est la clé de l’émergence économique de notre pays.

www.lemohelien.com: Que fait la classe politique pendant que les jeunes sont licenciés chaque jour, et qui va aider cette jeunesse à trouver un emploi? Que propose votre parti politique?

Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je pense vous avoir déjà dit en privé qu’aux Comores, on a des politiciens de pure circonstance, souvent électorale, mais sans convictions idéologiques sur la manière de gérer la politique économique du pays. C’est dommage, mais c’est la réalité de notre pays. Aujourd’hui, chaque homme ou femme politique aux Comores veut se refaire une virginité auprès d’Azali Assoumani afin d’être casé ou ne pas être inquiété par la Justice. La classe politique comorienne ne peut rien faire pour aider les jeunes afin de sortir de sa misère quotidienne si elle n’a pas de vision pour l’avenir du pays.

Le premier qui devrait aider le jeune est l’État, en créant des emplois, en facilitant l’accès au crédit par le bannissement des crédits hypothécaires pour les créateurs d’entreprises. L’État doit attirer vers notre pays des investisseurs économiques et non des prédicateurs religieux. Pour notre parti politique, le Parti Comores Alternatives (PCA), nous ne cesserons jamais de valoriser nos idées et de faire des propositions. Je vous cite, entre autres, notre proposition d’introduire le service national de deux ans pour les jeunes. Il permettra de mobiliser, d’éduquer et d’occuper notre jeune à moindre coût. Nous devons favoriser la décentralisation au niveau des régions et rendre chaque ville et village à la Grande-Comore et Mohéli une commune comme à Anjouan. Nous devons relancer le tourisme, en profitant de nos relations avec le pays du Moyen-Orient, pour construire des hôtels, acheter ou louer des avions afin d’ouvrir la forte capacité touristique de notre région vers notre pays. Nous devons mener une politique extérieure dynamique, basée sur la rentabilité économique, surtout avec nos voisins de l’Afrique de l’Est, de l’océan Indien, du monde musulman, dont la Turquie et l’Iran.

www.lemohelien.com: Où en est l’opposition comorienne en ce moment?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: C’est une question très pertinente. Je crains fortement que cette opposition aujourd’hui ne soit réduite à une opposition de conférences de presse. C’est triste et dommage pour nous tous et surtout pour l’avenir de la démocratie et de notre pays. Comme j’en fais partie, je pense qu’on adoptera une autre manière de travailler dans peu de temps. Tant qu’on vit, on a de l’espoir.

www.lemohelien.com: Maître Saïd Larifou, Président du RIDJA, parti classé dans l’opposition, montre des prédispositions pour soutenir le pouvoir politique actuel à réaliser sa fameuse «émergence». Il a même été reçu par Azali Assoumani à Beït-Salam. En votre qualité de Président du Parti Comores Alternatives (PCA), allez-vous faire la même chose?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: J’ai beaucoup de respect et d’estime pour Maître Saïd Larifou, qui est un homme politique très courageux et patient. Je me souviens de ses débuts politiques aux Comores et de l’énergie qu’il y a mise. Il est libre de voir qui il veut et quand il veut, sans que cela ne nuise à son image. C’est un homme politique, surtout dans un petit pays par sa dimension comme le nôtre. Il est normal qu’il rencontre tout le monde, surtout Azali Assoumani. Pour sa part, notre parti politique, le Parti Comores Alternatives (PCA), n’a pas la même approche tactique que le RIDJA. Nous n’avons pas vocation à imiter ce que font nos amis ou les autres. En même temps, je ne pense pas qu’il soit impératif pour un leader politique de l’opposition de rencontrer Azali Assoumani.

www.lemohelien.com: On doit sans doute se féliciter de la bonne santé de «l’État de Droit» et de la «démocratie» aux Comores en ce moment?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je ne pense pas qu’on doit se féliciter du moment où notre système judiciaire reste toujours moribond. Il y a plusieurs dossiers judiciaires qui dorment ou qu’on a endormis afin de ne pas froisser certaines sensibilités. Nous avons un centre pénitencier en délabrement, et le prisonnier n’est pas en sécurité vis-à-vis des codétenus. Un pays ne peut pas se développer sans la sécurité et la justice. L’état de la sécurité nationale et de la justice doit être l’une des premières priorités de nos dirigeants.

Au niveau de la sécurité, on n’a pas tiré une leçon de la crise séparatiste anjouanaise de 1997-2008. Nous risquons de retomber sur le même problème si chaque fois on essaie de résoudre les problèmes par des traitements palliatifs. On parle d’un État de Droit quand il n’y a pas d’assassinat et de bain de sang, quand l’injustice n’est pas monnaie courante. Comment voulez-vous applaudir un État de Droit quand on peut licencier massivement les jeunes cadres sans que personne n’ose protester: ni les parents, ni les syndicats, ni même les concernés, et je ne parle pas des hommes politiques? Le pays nous appartient. Nous devons tous contribuer à son développement économique et social. Le silence, loin d’être un consentement, est souvent une peur d’aller, d’oser ou de faire. Nous avons tous peur de quelque chose mais jamais de notre malheur. L’État de Droit, l’émergence et la démocratie ne se proclament pas mais se méritent par la sueur et le sang, et jamais par d’interminables parlotes. Il s’agit d’une conquête permanente.

Propos recueillis par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 14 février 2017.

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