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«Sa Majesté des mouches» au secours de «l’émergence»

«Sa Majesté des mouches» au secours de «l’émergence»

Le Palais de Beït-Salam envahi par des mouches humaines

Par ARM

     Sa Majesté des mouches est le titre d’un roman publié en 1954 par l’écrivain britannique William Golding et adapté au cinéma notamment par le titre «L’île oubliée». Le titre de cette œuvre, qui traite du comportement d’un groupe d’enfants perdus sur une île à la suite d’un accident d’avion, a déjà été évoqué par le journaliste Jean-Claude Pomonti dans un grand article du journal Le Monde, à propos de la Révolution d’Ali Soilihi aux Comores. Le papier, qui parlait de la chute, commence ainsi: «Mohamed Bacar Dossar, 19 ans, vice-président de la République». En effet, selon pour Jean-Claude Maestre, sous Ali Soilihi, «les Comores se sont transformées en ce que M. Jean-Claude Pomonti a appelé un “État-lycéen”, qui n’était pas sans rappeler celui du film de Peter Brook “Sa Majesté des Mouches”! Mais, comme dans le film, les jeunes Comoriens ont commis des excès qui ont beaucoup contribué à discréditer l’expérience»: Jean-Claude Maestre: L’expérience révolutionnaire d’Ali Soilih aux Comores (1976-1978), Annuaire des Pays de l’océan Indien, Aix, 1977, p. 33.

À l’époque, «Mohamed Bacar Dossar, 19 ans, Vice-président de la République» était très bavard et emphatique. Champion du lyrisme tropical, il avait tenu les propos suivants: «“Ce qui se passe ici est tout nouveau, je crois: nous avons fait tomber le système féodal, alors que bien des pays qui se prétendent marxistes ou socialistes sont encore aux prises, dans les villages, avec le tribalisme. Nous avons également provoqué la chute de la bureaucratie, qui, ailleurs, continue souvent de détenir l’essentiel du pouvoir, alors qu’elle ne produit pratiquement rien. Et tout cela, qui paraît énorme, qui s’est passé si vite, qui a été pour nous une expérience d’une intensité incroyable, nous l’avons réalisé sans grande tension sociale, sans effusion de sang, en prenant soin chaque fois d’apprécier la situation, de réunir les atouts, d’attendre que les contradictions soient mûres et que les différentes couches de notre population se sentent prêtes à sauter le pas…”. Mohamed Bacar Dossar, actuellement coordinateur du Comité national populaire, est un lycéen de vingt et un ans à peine, originaire de l’île d’Anjouan. Il fait partie de la poignée de très jeunes intellectuels sur lesquels le président Ali Soilih, chef de l’État comorien, s’est principalement appuyé pour “retourner” la société comorienne»: Philippe Leymarie: Décentralisation et lutte antiféodale aux Comores. Une révolution essentiellement culturelle? Le Monde diplomatique, Paris, novembre 1977, p. 20.

Que du chemin parcouru depuis, notamment pour passer de la Révolution au conservatisme et même au fascisme! En tout état de cause, la description du profil des personnages et des attitudes face au pouvoir pourrait bien instruire ceux qui ont quelques états d’âme parmi la cohorte de «Conseillers» en tous genres qui tournent en rond et répètent à qui mieux mieux le slogan de «l’émergence» sans lui donner une signification à une population qui se démène dans la survie, au jour le jour. Pourtant, voilà que 40 ans après, on se retrouve à Beït-Salam à reparler du pouvoir et des mouches. Dans la bouche du «saigneur» Azali Assoumani, il s’agit d’évoquer avec son arrogance caractérielle et caractéristique ceux qui tournent autour du miel, se doutant bien qu’ils voudraient goûter du contenu tout en cherchant à renverser le pot. Mais, il avoue qu’il ne sait comment se débarrasser de ses encombrants «amis», qui reviennent régulièrement à la charge, se muant en abeilles et lui rappelant que sans eux, lui-même ne serait pas en train de se complaire dans sa gourmandise de pouvoir, le ventre bien plein.

Certains y trouvent même refuge avec les habituels titres ronflants qui permettent surtout de faire oublier momentanément «la liberté sous caution» décidée par un Tribunal de complaisance, à la suite du témoignage bidon de Bellou. Bellou, encore Bellou! Tout à son nombrilisme, le chefaillon Azali Assoumani, caressé dans le sens du poil par le «griotisme» ambiant, ne s’imagine pas que dans les chaumières, on se gausse de cette histoire de mouches avec une version encore plus triviale et même nauséabonde d’un pouvoir qualifié de «merde». Ce qui ramène cette meute au fait que, finalement, elle ne se distingue en rien entre un festin et la matière fécale qui l’attire tout autant. Alors, on ergote et on pérore matin, midi et soir sur «l’émergence, l’émergence», rêvant de ressembler à l’île Maurice, où l’on ne traite modestement que de développement, avec des mots qui signifient avant tout «bonne gouvernance», «transparence» et «respect des règles» dans la conduite des affaires de l’État pour que les investisseurs sérieux (pas les Salama blablas) et les touristes du monde entier aillent se précipiter au portail de Port-Louis.

Indépendante juste après la Grande Île voisine, Grande Île mieux pourvue en ressources minières et humaines mais traînant encore malheureusement dans la misère, avec des maladies comme la peste, la lèpre et la tuberculose, Maurice n’use jamais de tintamarre et ne confond point réalisations et artifices. Or, aux Comores, dans leur boulimie de voyages intergalactiques, le «pouvoiriste» polygame Azali Assoumani et ses courtisans, suivis de courtisanes applaudissant et riant jaune devant l’humour de mauvais aloi de leur «Première Dame», qui feint ainsi de s’accommoder des manies de chaud lapin de son bonhomme, pourraient-ils s’inspirer de ce qui se fait positivement ailleurs sans tambours, ni trompettes?

Il suffirait d’aller voir combien, selon l’analyste Gérard Chaliand, les élites du Cap-Vert se moquent éperdument de la logomachie, de la logorrhée et de la diarrhée verbale qui en résultent à Beït-Salam, à un moment où au Cap-Vert, on prend d’abord en compte les besoins quotidiens de la population avec le plus grand sérieux, bâtissant progressivement et pierre après pierre un développement correspondant aux réalités du petit archipel de l’Atlantique. Les dirigeants du Cap-Vert ne dansent pas le «Bumping» sous la chansonnette «Émergence», mais se retrouvent en symbiose avec les besogneux, portés tout autant par la créativité musicale de feue Cesaria Evora et par les exploits de l’équipe nationale de football. Les dirigeants cap-verdiens se sont ainsi résolument séparés des faux frères se succédant à la tête de la Guinée-Bissau, pays étranglé par le putschisme et les trafics du Contre-Amiral José Américo Bubo Na Tchuto avant sa capture par les États-Unis, et qui ne se rappellent plus des leçons d’Amilcar Cabral, leur leader commun, assassiné peu avant l’indépendance, et la prise du pouvoir par le Parti africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).

Pendant ce temps, à Beït-Salam, on continue à jouer à «Sa Majesté des mouches», en cherchant à glorifier un passé qui avait fini dans les huées et les insultes du peuple un certain 26 mai 2006. Il est fort à parier que si nul ne s’est souvenu de l’accord de réconciliation du 17 février 2001 signé à Mohéli, on va vouloir nous bassiner les tympans avec le souvenir d’un putsch resté dans les mémoires enfouies anjouanaises comme étant «la journée du ndrimou», «la journée du citron». Pour rappel, les Anjouanais appellent le citron «Ndrimou», contre «Ndimou» à la Grande-Comore et à Mohéli. Quand, en avril 1999, le putschiste Azali Assoumani et ses hommes traquaient les Anjouanais dans les rues de Moroni, ils demandaient aux gens de dire «citron» en comorien. Et pour un simple et misérable «r», les Anjouanais étaient parqués vers les camps de concentration et le goulag. Oui, c’était en avril 1999, en prélude au coup d’État «100% comorien» du putschiste Azali Assoumani.

En attendant, en Grande-Comore, dans les casernes comme à la Commission électorale nationale «indépendante» (CÉNI), à la Cour anticonstitutionnelle et dans les chaumières, on se saoule avec le refrain d’une vieille chanson qui ne fait que rappeler que «les regrets viennent par l’arrière». Les regrets? Pis encore, les remords, c’est aussi le sens d’une des œuvres magistrales de l’écrivain français Jean-Paul Sartre: Les mouches. Effectivement, Mesdames et Messieurs les communicants et autres grands bavards, fêtards et bambochards de Beït-Salam, il n’y a pas que le pouvoir qui se délecte ad vitam æternam. Les remords comme les mouches, ça vous poursuit à vie, à mort et jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Samedi 18 février 2017.

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