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SAID HASSANE SAID HACHIM,LE DERNIER ARISTOCRATE DES COMORES

Dans mon expression de condoléances adressées à toute la grande famille du regretté, le prince Saïd Hassane Saïd Hachim, j’ai parlé de notre perte à tous du dernier « baobab-ngomi » pour désigner métaphoriquement cet homme unique dans son genre qui a marqué quatre générations par plusieurs aspects.

Dans cet article, je vais simplement lui rendre hommage et mêler mon sentiment aux nombreuses déclarations d’éloges posthumes qui s’expriment partout dans le monde par tous ceux qui ont eu l’opportunité de le connaître, peut-être de lui parler ou tout simplement, de le croiser un jour.

Ce prince là ne laissait personne indifférente. Il tapait d’abord à l’œil par son élégance vestimentaire et sa démarche légendaires, aux oreilles par l’éloquence dans ses propos et ses discours « pleins de miel » qui lui ont d’ailleurs valu le titre de « Said Hassane ndjizi »; tellement il plaisait souvent à écouter parler ou par sa sociabilité et sa générosité. C’était une éminente personnalité très communicative qui savait parler aux gens, toutes catégories socio-professionnelles confondues.

Saïd Hassane fut un grand homme à la fois imbu de traditions et de religion mais aussi très attaché à l’évolution de sa société et du monde. Un homme cultivé, ouvert et intelligent, avec une grande vision pour son pays. Il a eu une profondeur d’esprit jamais atteinte par aucun des hommes de sa génération et qui lui attirait l’écoute et le respect de beaucoup de jeunes comoriens, étudiants ou non, politiques ou religieux.

Pour moi, cet homme là était un aristocrate de corps et d’âme de par sa naissance et d’esprit, de par son intelligence. Lui qui savait, comme dirait le poète symboliste français, Charles Baudelaire, « se hisser dans les sphères étoilées et boire comme une divine liqueur le feu clair qui remplit les espaces limpides ». Il avait donc, chez papa Hachim, l’esprit aristocratique en ce sens, qu’il savait transcender « les miasmes morbides » de notre existence quotidienne qu’elles soient politiques, sociaux ou économiques pour réfléchir et redescendre après sur terre pour partager avec la « umma » ce qu’il retenait de sa retraite. J’illustrerai ce propos par une de mes expériences vécues à ses côtés.

Nous sommes en 2012. Je reçois un appel de Monsieur Saïd Hassane qui m’appelle chez lui, à Zilimadjou. Je m’y rends juste une heure après.

Il me reçoit ave son sens aigu d’accueil chaleureux et souriant qu’on lui connaissait.

Il me proposa au choix du thé ou du café ou un jus avec les afférents. Il appela gentiment Mma Hachim, son épouse, pour venir me donner le bonjour et prendre ma commande. Ce que la grande dame fît sur le champ.

Après les salutations d’usage pleines d’attention et d’amabilité, elle nous donna congé et aussitôt, le prince me présentait l’objet de son invitation.

 » Voilà mon fils Sidi. Depuis bien longtemps, Je voudrais réunir le grand Mbadjini. C’est mon vœux le plus important pour cette grande région, délaissée, enclavée et oubliée des projets de ce pays ou de cette île. Toutefois , vois-tu, rien ne changera de cette triste observation sans l’unité des enfants de la région. Et que cette unité ne se réalisera qu’à travers un grand projet rassemblant pour sa réalisation ces enfants.

J’en ai parlé à certains cadres de la région et à quelques notables. Ils sont d’accord pour murir un projet que je leur ai présenté et qui, à mes yeux, est susceptible de nous réunir. Le voici ce projet : édifier un marché du dimanche, sorte de grande galerie marchande moderne, à un carrefour central de la région qui ferait la jonction entre le  » Mbadjini ya Djuu né ya boini ». A mon avis, ce centre c’est Soumboussa dans le Pimba. Géographiquement, c’est le centre, et historiquement, c’est là où les grandes figures historiques du Mbadjini se retrouvaient pour prendre des grandes décisions d’intérêt général. Voilà mon idée. Beaucoup de personnes m’ont parlé de toi pour être des premiers lanceurs et initiateurs de ce projet. Maintenant, je te laisse réfléchir et me dire ce que tu en penses « , me dira-t-il vaillamment dans un clair exposé.

Je l’ai écouté très attentivement, impressionné et en même temps capté par l’idée à laquelle j’ai adhéré d’emblée sans le lui dire directement.

Je lui ai demandé de me laisser un moment de réflexion qu’il m’accorda. Je suis revenu au bout de trois jour lui apporter ma réponse positive.

Au bout du compte, le projet a été retenu, travaillé et même démarré. Il mobilisa, à son lancement, nombreux hauts cadres de la région dont Abdou Soefou; Maître Elarifou, Mohamed Saïd Mchanagama, Saïd Abdillah, Foundi Abdillah Saandi, Dr Saïd Bourhane, Ahmed Ali Abdillah, Mouridi Soilihi, Député Moumine Abdou, feu Jésus, le conseiller Ismaël Msaïdié, feu Ibrahim Djabir, etc.. qui ont créé une ONG, MBADJINI-ACTION pour piloter le projet, estimé à plus d’1 milliard de nos francs : un ambitieux projet. Des actes de solidarité sont posés par les communautés régionales et par la diaspora de la région, en France.

Le Président Ikililou Dhoinoune a posé en fanfare la pose de la première pierre des fondations. Malheureusement, dès les fondations réalisées, les travaux sont gelés. Le projet a fait long feu, torpillé par les uns qui lui attachent à tort des visées politiques, décrié par d’autres mus par des complexes sous-régionalistes, méconnu du plus grand nombre, qui afficha une relative indifférence. A ce jour, le projet reste en friche avec quelques millions gelés sur le compte bancaire ouvert à cet effet.

Une autre haute personnalité, Monsieur Hadji Abdallah Halifa, se bat depuis pour le relancer sans succès pour l’instant. Je pense que rouvrir ce dossier et relancer ce projet seraient le plus grand hommage que la jeunesse de Mbadjini pourrait rendre à Saïd Hassane Saïd Hachim et Abdallah Halifa.

Une jeunesse, notamment estudiantine, qui a eu en permanence l’appui, le soutien multiforme de celui qu’elle désigne affectueusement aujourd’hui leur « grand-père ».

Un homme qui a laissé beaucoup d’empreintes indélébiles à son pays, son île, sa région et sa ville, Foumbouni Ngomi dont il fut le 1er maire.

Adieu, grand homme, patriote, rassembleur, bâtisseur et visionnaire infatigable !

                                                          Mhoumadi Sidi IBRAHIMA

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