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Se défouler sur la présidence tournante par malhonnêteté

Se défouler sur la présidence tournante par malhonnêteté

La présidence tournante n’a rendu médiocre aucun médiocre

Par ARM

   D’emblée, je tiens à signaler que si demain, les autorités comoriennes organisaient un référendum sur le maintien ou la suppression de la présidence tournante, je ne serais pas du tout concerné par ce débat. Le maintien et la suppression de la présidence tournante ne sont pas des sujets qui m’intéressent. Par contre, le seul sujet qui m’intéresse en ce qui concerne cette présidence tournante est son respect sacerdotal tant qu’il sera mentionné quelque part, dans la Constitution comorienne que «la présidence est tournante entre les îles». Tant que cette formule figurera sur une disposition quelconque de la Constitution, je ferai partie de ceux qui défendront la présidence tournante telle qu’elle est conçue par le constituant comorien du 23 décembre 2001, parce qu’il faut défendre la Constitution. En réalité, en ma qualité de juriste, je ne vois même pas la nécessité d’organiser le moindre débat sur une modalité électorale qui n’a en rien rendu les dirigeants comoriens ni meilleurs, ni pires. Cela étant, tous les mensonges sur la présidence tournante, relèvent sans jeu de mots, du mensonge. Il est sûr et certain que la présidence tournante n’a pas vocation à devenir la panacée universelle ou le résultat de tous les échecs politiques des Comores. Pourtant, on constate qu’on l’accuse de tout et de rien. C’est ainsi que Philippe Divay m’a fait parvenir la plus étrange des «analyses» qu’on puisse imaginer sur la présidence tournante, et celle-ci serait née sous la plume d’un certain «Fundi Ali Mlamali, professeur à la retraite». Ladite analyse est publiée ou a été reprise sur le blog du même Philippe Divay et est un tissu de bêtises.

   On n’aura jamais lu autant de mensonges sur un seul «article». Prenons un exemple. «Fundi Ali Mlamali, professeur à la retraite» ose prétendre que la présidence tournante est «une terrible mécanique créatrice de corruptions, de détournements de fonds publics, de népotisme… La tournante, une terrible mécanique créatrice de corruption, de détournements de fonds publics, de népotisme, de permissivité, d’impunité, de tout ce qui affaisse irrémédiablement toute société, notamment insulaire». Toujours, s’agissant de la présidence tournante, il ajoute sans aucune forme de honte que «c’est une nouvelle culture, convenue, malheureusement capable d’ethnocentrisme îlien, que chaque île attend goulûment aujourd’hui d’en jouir à son tour, au détriment d’initiatives globales rigoureusement élaborées pour le développement. Elle accentue gravement nos prédispositions innées à ne percevoir que le catégoriel au détriment du général dont seule la permanence – qui nous fait cruellement défaut – suscite l’exigence d’une vision globale du développement socioéconomique, facteur déterminant d’une prise de conscience collective des enjeux, et décisive dans tout processus d’émancipation d’un peuple. Réelle précédemment, mais moins systématique dans la déraison de son application, cette nouvelle culture patrimonialiste est élevée par Mohéli – naguère sevrée de largesses dans la gratification de postes juteux – à un niveau jamais atteint auparavant. Plus grave, il n’est pas du tout acquis que les primaires, limitées à une île, offrent in fine au pays celui ou celle cumulant en lui ou en elle les qualités et les compétences nécessaires pour diriger un pays».

   Naturellement, tout ça est faux. Les Comores n’ont pas attendu la présidence tournante et l’entrée d’un Mohélien à la Présidence de la République pour devenir ce qu’elles sont devenues, à savoir un petit pays confronté à de grands problèmes, des problèmes dus à la mauvaise gouvernance. Déjà en 1982, alors qu’il n’y avait ni présidence tournante, ni Président d’origine mohélienne, les fonctionnaires français Bernard Vinay et Chantal Vie avaient rédigé un Rapport qui signalait qu’«il ne faut pas se cacher que les maux étant tellement graves et profonds, ce n’est pas de la médecine traditionnelle que relève le pays, mais de la chirurgie d’urgence»: Bernard Vinay et Chantal Vie: La situation financière de la République fédérale islamique des Comores (Rapport Vinay), Inspection générale des Affaires d’Outre-mer, Paris, 1982, p. 41. Les intitulés des chapitres de ce Rapport sont accablants: «Le pays n’est pas au bord du gouffre. Il est dedans», «le pays vit très largement au-dessus de ses moyens», «une situation financière inquiétante», «la situation déficitaire des finances publiques de l’État (Fédération et gouvernorats)», «la plaie des créances triangulaires», «le déficit budgétaire a épuisé la Trésorerie publique», «des sociétés d’État ou d’économie mixte en état de cessation de paiement ou à la veille de l’être», «un laxisme généralisé», «une société de transports aériens en cessation de paiement (Air Comores)», «une société nationale maritime en liquidation», «une société d’importation des hydrocarbures en position délicate», «une société des eaux et électricité en situation difficile», «une société d’importation de viande au bord du gouffre», «le coût des missions à l’extérieur», «le non recouvrement des recettes des services publics», et «une consommation d’essence étonnante»: Cité par Abdou Chacourou Abal Anrabe: Le contrôle des finances publiques aux Comores, L’Harmattan, Collection «Logiques juridiques», Paris, 1992, pp. 238-276. Qui était Président des Comores à l’époque? Un Mohélien? Non! Le Président de l’époque était l’Anjouanais Ahmed Abdallah, pendant que le futur Président Ikililou Dhoinine et moi-même étions en classe de 3ème au Lycée de Fomboni.

   On sait également que «[…] Saïd Djohar dit “Papa Djo”, émérite pionnier, selon ses détracteurs, de la “gendrocratie” […]» (Patrice Lestrohan: Prises de bec. Comores à crédit, Le Canard enchaîné n°4006, Paris, 6 août 1997, p. 7.) n’était pas Mohélien et n’a pas ruiné les Comoriens sous la présidence tournante, mais bien avant l’instauration de cette dernière. Par la suite, fut élu Mohamed Taki Abdoulkarim. Ambassadeur de France aux Comores de 1983 à 1987, Alain Deschamps dit de Mohamed Taki Abdoulkarim: «Il me semblait médiocrement intelligent, on le disait brutal. Ses trente-deux mois de mandat furent pour les infortunés Comoriens une nouvelle catastrophe. Son programme de gouvernement, pieusement baptisé paradis, prétendait introduire une bien nécessaire rigueur après des années de laxisme et de gestion crapuleuse. Le paradis après tout, ne s’obtient pas sans sacrifices. L’application de ces sévères principes fit de l’existence des citoyens un enfer. Des manifestations à Moroni et à Mutsamudu furent durement réprimées»: Alain Deschamps: Les Comores d’Ahmed Abdallah. Mercenaires, révolutionnaires et cœlacanthe, Éditions Karthala, Collection «Tropiques», Paris, 2005, p. 182. Mohamed Taki Abdoulkarim était-il Mohélien? Non. Il était Grand-Comorien. Ah!

   Par contre, c’est Azali Assoumani Baba qui a instauré la présidence tournante, et il ne s’est pas privé de faire du népotisme et du vol d’argent public ses deux mamelles. En témoigne l’article de Thierry Vircoulon, publié en janvier 2007 à la Revue Études et repris par le site du ministre français des Affaires étrangères, article sur lequel figure le petit passage suivant: «La privatisation de l’État, le “néo-paternalisme” de type sultanique ou la “politique du ventre”, bref les racines de ce que la Banque mondiale appelle la “mauvaise gouvernance” n’ont pas été éradiquées durant la transition. Corruption et mauvaise gouvernance ont continué à prospérer sous les yeux de la “communauté internationale”: aux Comores, comme l’atteste la découverte de 40 millions d’euros dans des comptes à l’étranger, le Colonel Azali a pillé le Trésor public et distribué les contrats publics à la coterie formée par ses proches». Azali Assoumani Baba est donc accusé d’avoir détourné 19.678.700.000 de francs comoriens, alors que les dépenses annuelles de l’État comorien sont de 29 milliards de francs. Cet Azali Assoumani Baba-là doit être un Mohélien? Non! Il est Grand-Comorien.

   Quant à Ahmed Sambi, il a tellement volé l’argent des Comoriens qu’avant de devenir son frère de sang, Saïd Larifou, Président du RIDJA, avait rédigé une plainte contre lui, pour biens mal acquis, pendant que son blog publiait et republiait la liste des 50 mensonges électoraux les plus grossiers du personnage. La présidence d’Ahmed Sambi avait été une affaire de famille, et ses cousins Ahmed Ben Saïd Jaffar, Mohamed Bacar, Oumbadi Mirgane, Zoubert Ahmed Soufiane et d’autres ont pillé les Comores de 2006 à 2011. Pour qu’il soit aussi médiocre, il faut qu’Ahmed Sambi soit Mohélien? Non, il est Anjouanais. Ah bon?

   Il faut donc être un taré fini pour soutenir que «cette nouvelle culture patrimonialiste est élevée par Mohéli» alors que c’est justement un Mohélien, le Président Ikililou Dhoinine, qui a prouvé qu’on peut gouverner les Comores en travaillant avec les Comoriens des autres îles. Pour le prouver, nul besoin de parler dans le vide, mais de citer les nominations les plus emblématiques, faites par lui au profit de Grands-Comoriens: ministre de l’Économie et des Finances (Mohamed Ali Soilihi), ministre des Relations extérieures (Docteur Abdoulkarim Mohamed), ministre de l’Intérieur (Houmed Msaïdié), ministre de la Justice (Mohamed El-Had Abbas), Gouverneur de la Banque centrale des Comores (Mzé Aboudou Mohamed Chafioun), Directeur de la MAMWÉ (Ibrahim Mzé Abdallah), Directeur général des Douanes (Moustoifa Saïd Soimihi), etc. Les deux Mohéliens concernés par des nominations «stratégiques» ont été Abiamri Mahmoudou (Comores Télécom, d’où il a été viré en septembre 2015) et Aladine Daroumi (ONICOR). Et c’est pour ça qu’on dit que «cette nouvelle culture patrimonialiste est élevée par Mohéli»? Où est la nouveauté dans l’évolution ayant conduit à la transformation des Comores en État patrimonial depuis toujours?

   Bien avant l’instauration de la présidence tournante et l’entrée d’un Mohélien à Beït-Salam, il a été constaté que «les structures sociales de l’archipel remontent à l’installation définitive des Chiraziens aux Comores, c’est-à-dire au début du XVIème siècle. Il s’agit d’un système clanique, doublé d’une division géographique en sultanats, qui fait que chaque clan, ou plutôt chaque chef de clan, peut revendiquer le leadership de tel ou tel sultanat. On retrouve d’ailleurs aujourd’hui cette opposition géographique et sociale qui oblige chaque homme politique comorien, et plus largement chaque parti politique, à s’enraciner dans un certain terroir», étant entendu que c’est pour cela que «Ahmed Abdallah est l’homme de Domoni à Anjouan, […], Marcel Henry l’homme de Mayotte, Mohamed Hassanaly l’homme de Mohéli, […], Ali Mroudjae et Mouzaoir Abdallah les hommes de Moroni, Ali Soilih était l’homme de Ntsoudjini en Grande-Comore»: Jean Charpantier: Le régime d’Ali Soilih, Moroni, 1975-1978: analyse structurelle, (Deuxième partie), Le Mois en Afrique, n°221-222, juin-juillet 1984, Paris, pp. 12-13. Voilà la réalité des Comores, et elle n’est pas créée par Mohéli, mais par toutes les îles de l’archipel des Comores.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Dimanche 11 octobre 2015.

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