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Se marier aux Comores (à Ngazidja)

Deux familles du même village se rencontrent autour d’un thé au gingembre et à la cannelle, les plus vieux prisant du tabac. On décide de qui va épouser qui. Une fois la décision prise, les deux futurs tourtereaux (appelons-les Lihoma et Mkaya) se fiancent en secret, mais on s’assure quand même à ce que toute la ville soit mise au courant. Des années plus tard, Lihoma débourse quelques 10.000 euros pour se fiancer. La famille de notre tendre demoiselle égorge 20 vaches pour nourrir les villageois (mais pourquoi?).


Encore quelques années après, on décide enfin de passer aux choses sérieuses. Les deux jeunes gens s’unissent enfin par le mariage, mais avec quelques consignes stricts à respecter : ils sont mariés certes, mais ils se sont juste mariés. Bon, je m’explique. Il y a trois types de mariages : le mariage en cachette, le mariage tout court et le Grand-mariage (du foutage de gueule).


Dans la première catégorie, celle que je viens de citer, les deux époux, comme je vins de le dire, ne sont rien à part deux simples jeunes gens destinés à devoir se supporter toute leur vie. A vrai dire c’est juste une façon de dire que Mkaya est déjà prise, que ce n’est pas la peine de toquer à la porte de chez sa famille afin de demander sa main.
La deuxième catégorie est pour moi ce qu’on appelle mariage, dans le vrai sens du terme. Lihoma passe la bague au doigt de Mkaya et obtient enfin la permission d’aménager chez elle, parce que chez nous c’est le mari qui part vivre chez la femme (on n’est pas masculiste nous!). On invite à manger quelques 80 personnes. Les deux vivent heureux, font des enfants et ce qui va avec.
Quand à la dernière, c’est un passage à un niveau supérieur. Je ne sais pas si on peut appeler ça mariage ou non, mais ce dont je suis sûr c’est que ça coûte la peau des fesses. C’est une sorte de passage au statut de « notable », d’homme accompli (rien à foutre).


Qu’il aie 10 enfants, un doctorat et une carrière professionnelle toute épanouie, Lihoma restera toujours juste le « Lihoma, de la famille Igna Makandazi » et sa parole ne comptera pas en public avant de faire ce Grand-Mariage. Il doit prendre une semaine entre juillet et septembre où on devra faire à manger et distribuer gratuitement de l’argent (à ses frais) à tous les habitants de l’île. Si monsieur ou madame est « quelqu’un d’important », le jour est déclaré férié (we carrément). Des ministres et directeurs généraux de mes deux se présentent au grand jour et des expatriés en France n’hésitent pas à sortir quelques 2.000 euros pour un billet d’avion afin d’y assister (pourquoi rater la Champions League?). Des sommes records d’argent, de l’or, des meubles très chers et tous moches pour décorer la maison, de la nourriture en excès, encore des vaches, de la musique, des récitations du Coran, sont au programme, puisque chacun veut faire mieux que les autres. Les gens n’hésitent pas à se couvrir de dettes pour la bonne tenue de cet événement.


A noter que tout cela peut se faire à l’ordre dans laquelle on souhaite et que toutes ces règles peuvent être bafouées des fois. L’essentiel c’est de perdre de l’argent et du temps.


Si on veut faire des économies, on peut toujours opter pour autre chose : aller voir ailleurs. Bon, pour ceux qui diront que c’est j’ai Fatima Zahra qui me monte au cerveau…vous vous trompez. Je sais juste que c’est dur de se faire de l’argent.

Isaac Diima 

Voir MILANANTSI UGUANGUI  » ANDA  » de Jack l’atout :

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