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Tout n’est pas perdu

Tout n’est pas perduJ’ai eu un entretien téléphonique, ce matin, avec l’un des grands journalistes du pays qui m’a avoué son désespoir de voir les Komor s’enfoncer de plus en plus. Venu de ce brillant analyste, ce cri d’alarme semble exprimer l’opinion d’une large majorité de la population. L’on sait, depuis plusieurs décennies, que le pays se cherche comme beaucoup d’autres mais qu’il tarde cruellement à trouver une voie de sortie des crises. Les gouvernements qui se succèdent et les mouvements politiques tantôt opposants tantôt alliés, et j’en fais partie des modestes acteurs, excellent dans la recherche des stratégies de survie et ont du mal à s’investir dans des dynamiques orientées vers l’avenir.

Mais, mon ami journaliste, qui paie d’ailleurs une partie du prix de son courage étant actuellement mis sur la touche encore une fois, m’a dit autre chose : « je crois que nous avons dangereusement raté la marche avec l’assassinat d’Ali Soilihi ».

En effet, malgré le temps qui passe, beaucoup d’acteurs politiques et une bonne partie de l’opinion publique reconnaissent que le président Ali Soilihi, avait une vision qui aurait permis aux citoyens de participer à la construction nationale et de réaliser leur développement individuel et collectif. Cette reconnaissance ne doit pas se manifester seulement par des « alhamdulillah, masikijni ye mongozi », cela n’aurait aucune portée historique. Il s’agit nécessairement d’une véritable prise de conscience sur les vrais enjeux de notre pays et sur les grands défis à relever collectivement pour remettre le peuple en état de libérer son génie pour le développement dans la justice sociale.

Reconnaître donc l’œuvre d’Ali Soilih c’est avant tout croire profondément que nous sommes capables de construire notre pays en mettant le meilleur de nous même dans l’intérêt général, dans la consolidation de la dignité et dans le courage de déstructurer et de restructurer notre façon de voir les choses, quitte à oser bouleverser les mentalités.

C’est ensuite, ne plus croire à la fatalité en nous accordant la possibilité de planifier nous-mêmes notre propre développement, dans le temps, de telle sorte que nous devons convenir que ce que nous allons entamer sera surtout pour les générations qui viennent. Cela exige de notre part, une refonte de nos valeurs du paraître pour d’autres beaucoup plus solides et sur une nouvelle échelle à graduer sur des démarches responsables de développement.

C’est enfin, renoncer au défaitisme, cette nécrose qui nous aliène à miser tout espoir de développement sur la communauté internationale, sur le mimétisme et sur le anda. Maintenant que nous avons les ressources et les compétences requises, il est temps de réinventer un modèle de développement. Et puisque tout peuple écrit son histoire par l’encre de ses propres références, le peuple comorien se doit de développer les acquis et de corriger les erreurs de sa révolution pour reprendre en main son propre destin.

Pour ceux et celles qui ont subi des épreuves malheureuses, voire douloureuses, pendant cette courte révolution mais porteuse d’avenir, je comprends parfaitement leur réserve issue des rancœurs du passé. Toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans l’expérience de la révolution présentent leurs excuses, s’il le faut, pour qu’ensemble, nous nous approprions les idées, les programmes et les projets qui restent encore justifiés aujourd’hui plus qu’hier. Ali Soilih l’a bien dit :« Ye nkodo yahatru ya huwana no umaskini, wo udjinga, wo uwade, ye madharawu na boneyo, yiyo nkodo ya haki, yiyo nkodo nyi djamalifu, rahana yepba yiza nyimani ne pbayiza mabesheleya za tarehi mdru yaparo rendwa nayi ».

Dini Nassur

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