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Tradition: Le pouvoir des vivants est dans le cercueil

Je suis ce soi-disant notable de quelque part. Oui, un soi-disant notable sans projet ni vision. Je suis ce musulman notable, ce musulman qui pratique les gris-gris à chaque événements. Je suis ce megaloman, ce fossoyeur, ce malhonnête qui prédomine l’opinion. Etant un notable de haut rang, tout le monde doit de s’y soumettre, que j’aie raison ou pas. Un roi même, traditionnellement parlant. Un jour j’ai rêvé posséder un empire. Un jour j’ai rêvé diriger des aveugles.

 C’était doux, le rêve. Le lendemain matin je suis parti consulter un marabout. Il faut que mon rêve devienne réalité. Il faut que mon pouvoir soit décuplé. Il m’a recommandé de passer une partie de la nuit dans le cercueil du village. Oui dans le cercueil, ce machin-là au bord duquel on emmène les morts à la cimetière. Un jour de la semaine dernière, je suis parti de chez moi accomplir la mission. Et il faut que ça se passe à l’insu de tout le monde. Comme un chat, j’ai marché les longs des ruelles.
Mon parcours j’ai rencontré quelques difficultés, j’ai trébuché à des pierres posées ici et là. Tellement il faisait noir, la lumière noire D’Ibrahim Mzé. J’avais un torche avec moi, sauf que le marabout a insisté que tout doit se passer en catimini du début à la fin. Je n’ai donc pas allumé, pour ne pas éveiller la curiosité des villageois à 2h du matin. Je me suis retrouvé enfin à la grande mosquée. Là où est laissée le cercueil. Je m’y suis mis, me suis allongé, et commencé à réciter les formules que m’a prescrits le marabout. Soudain, j’ai eternué. Bruyamment. Un jeune noctambule est venu voir ce que c’était. Il m’a trouvé allongé dans le cercueil. Punaise, il a tout anéanti une oeuvre que j’ai commencé une semaine auparavant. Je lui ai supplié de ne plus rien raconter.

Le lendemain, comme une trainée de poudre, l’affaire circula. Je ne m’en fait pas. Car malgré la gravité religieuses et sociale du fait, nul n’osera me le parler en face. Je suis un notable. J’ai une écharpe verte. Mon pouvoir, étant vivant, c’est dans le Djanaza. Cette profanation est passée sous silence par le ulemas. Ah, ces ulemas qui « halalisent » ce que hier ils déclaraient haram! Notre pouvoir de régner, notre domination, se trouve là où l’on met les corps inertes. Je suis un musulman qui respire les gris-gris, je suis ce notable qui cherche val que val à garder le pouvoir. Et s’il faut que je profane ce qui est sacré, je le ferai pour satisfaire mes desideratas. Le pouvoir c’est dans le Djanaza, tant que je respire. Même si on m’avait recommandé de sacrifier un être humain pour garder le pouvoir, pourquoi ne le ferais-je pas tant que je suis vivant ?

Toufeyli Maecha

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