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Un Blédard dans l’Hexagone

Aujourd’hui nos « valeureux imposteurs » m’ont supplié de leur laisser célébrer peinardement la qualification des cœlacanthes, un vœux qui a obtenue gain de cause. Du coup je vais, le temps d’une journée abdiquer la politique comorienne, mon thème de prédilection pour attaquer un sujet aussi sociétal que communautaire qui m’intrigue.

Il m’est arrivé souvent de flâner dans les rues de la capitale et sa banlieue, ou quand je squatte les cérémonies culturelles et de mariage auxquelles je suis convié ou parfois même dans les transports et d’assister à des scènes de moquerie et de mépris entre comoriens. Irrité par ces comportements affligeants qui n’honorent que leurs auteurs, je me suis dis qu’il est de mon devoir et d’ailleurs, ceux de tout être épris de justice de prendre la parole pour manifester son désarrois face à cette attitude que j’estime intolérable. Rassurez vous, je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, je tiens juste à dénoncer ce qui semble pour moi injuste. Loin de moi aussi l’idée d’extrapoler un sujet aussi complexe.

Capture d’écran youtube du film, DJOMANI: Mon mari est un blédard

Ainsi, au risque de farcir mon texte, je me dois de commencer par le commencement:

A la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle apparut un vocable issue du jargon militaire et de la langue arabe qui désignait la population maghrébine issue de l’immigration. Le fameux « Blédard ». Ce terme qui à la base, n’avait rien de péjoratif est devenue aujourd’hui la clef de voûte qui fragmente honteusement notre diaspora: Entre descendant d’immigrés, immigrés « intégrés » et les autres qu’on les surnomme satiriquement blédard.

Ce qui me chiffonne n’est pas l’appellation banale qu’on attribue à une frange de notre communauté du fait que certains peuvent embrasser des allures féodale ou qu’ils ont un accent prononcé, (pour bien grossir le trait de la caricature) c’est plutôt la proportion que prennent les choses de nos jours. Entendre une cousine déclarer fièrement à sa famille, qu’elle ne souhaite pas épouser X, pas parce qu’elle ne l’aime pas, ce qui pour moi me parait légitime, mais pour la seule et unique raison que ce Monsieur X est blédard m’a fait l’effet d’un coup de massue. Ébahis, je me suis senti blessé dans mon amour propre. Je n’ai pas pu m’empêcher de me poser mille et une question: Zut ! Qu’ont-ils fait ces gens-là pour mériter un tel sort ? Juste le le fait qu’ils ne parlent pas verlan et qu’ils n’ont pas intégrer « wesh » dans leur vocabulaire, ou simplement par ce qu’ils sont nés de l’autre côté et qu’ils ne possèdent pas le « bon passeport ».

STOP ! Trop c’est trop !! Je peux comprendre le fait qu’on doit fournir des efforts pour s’intégrer comme le disent certains, essayer au moins de manier la langue du pays qui nous a accueilli et pourquoi pas sortir de ce joug de communautarisme qui fait qu’on se sent encercler par des barbelés psychologiques, bâillonnant tout rapprochement avec l’autre, mais de là à faire une affaire d’Etat, c’est intolérable.

Au moment ou même ceux qui détiennent le passeport rouge ne sont plus considérés comme français, (Nadine Morano m’en est témoin) qu’on devrait se souder et agir d’une seule voix, sans pour autant basculer dans la victimisation,on trouve malheureusement le moyen de se désunir comme si la race blanche et la culture judéo-chrétienne connaissaient des accents. Il est temps de changer nos mentalités et de permettre à tout un chacun de se faire une place dans ces terres qui nous y sont hostiles.

Chers frères et sœurs, vous raconter cela est aussi un moyen pour moi de faire mon introspection, car je ne suis pas meilleur que vous. Rigolons ensemble, continuons à nous vanner, à nous moquer s’il le faut, mais n’oublions pas une chose, on est tous dans le même bateau et si ça arrive qu’il chavire, on va tous se noyer au fond de l’océan. Et ce ne sont pas ceux qui nous méprisent à longueur de journée, qui vont nous lancer une bouée de sauvetage.

Nous ne devons pas ignorer une réalité, Ex Nihilo, nos parents ont réussi à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui et Dieu seul sait s’ils parlaient verlan ou si dans leurs reparties il y’avait du « wesh ma gueule ».
Mais bon, on sait tous que dans cette histoire, il y’a ceux qui croient et ceux qui croivent.
Que la paix soit sur vous comme disait Ali !!

Rakib Matoir