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Vente de passeports comoriens : Un scandale d’État de plus de 360 millions d’euros !

Vente de passeports comoriens : Un scandale d’État de plus de 360 millions d’euros !

Dans un courrier adressé le mercredi 23 août 2017, la Commission d’enquête parlementaire sur la loi dite de citoyenneté économique vient de demander audience auprès du président Azali Assoumani. Elle souhaite recueillir son témoignage en qualité d’ancien et actuel chef de l’État sur ce vaste programme de vente de passeports comoriens à des résidents de certains pays du Golfe.

« Sans doute la plus grosse escroquerie qu’ait connu l’archipel et dont les conséquences dépassent ses frontières », explique le quotidien Al-Watwan dans son édition du 28 août 2017.

Pour renflouer les caisses de l’État, les autorités comoriennes avaient trouvé une solution : vendre au prix fort des passeports aux étrangers en quête d’une nationalité. La recette était prometteuse, car elle rejoignait une préoccupation des pétromonarchies du Golfe : trouver une terre d’accueil – sur le plan administratif – pour des dizaines de milliers de « bidouns », des Bédouins considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur patrie, où ils sont privés de documents d’identité. Fin 2008, le président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, avait donc fait voter par le Parlement une loi qui ouvrait la voie à une « citoyenneté économique » dont devraient bénéficier ces « bidouns ».

En attendant que le chef de l’État communique à la commission la date et l’heure de l’audience, cette dernière a demandé, pour les besoins de l’enquête, que lui soient communiqués les décrets de naturalisation ayant servi à l’attribution des passeports. Ces décret ont été signés de décembre 2008 à mai 2016, depuis l’enclenchement du programme de vente jusqu’à la fin du mandat du président Ikililou Dhoinine. Ces documents ne seraient disponibles qu’aux archives de la Présidence.

Les conditions d’octroi des passeports étaient solidement encadrées même si les futurs citoyens comoriens pouvaient ne jamais mettre les pieds dans leur patrie d’adoption. Les pays demandeurs devaient présenter un programme d’investissement aux Comores et chaque candidat à un passeport devait verser l’équivalent de 2 000 euros et s’engager à développer l’économie locale. Ils ne devaient pas avoir d’antécédents judiciaires, qu’il s’agisse de terrorisme ou de blanchiment d’argent, expliquait le texte.

Parmi les mystères entourant ce programme, le nombre exact de passeports qui ont été vendus et les sommes réelles engrangées. Les élus à l’origine de la commission d’enquête parlementaire soutiennent que les sommes en jeu avaient atteint les 360 millions d’euros. Un chiffre provisoire du moment que l’on l’on ignore encore le nombre de passeports vendus.

Un premier accord avait été conclu par les Comores avec les Emirats arabes unis qui avait promis de verser « à très court terme » 200 millions de dollars (155 millions d’euros), l’équivalent de 40 % du produit intérieur brut des Comores. Le Koweït avait suivi. En revanche, le nombre de bénéficiaires des passeports économiques reste un mystère. L’opposition assure que 4 000 familles sont concernées pour le seul Koweït.

Selon Al-Watwan, la Commission parlementaire aurait déjà mis la main sur la base de données détenue par la société Semlex. Son responsable, l’homme d’affaire belge d’origine syrienne, Albert Karaziwan, avait signé avec les autorités comoriennes un contrat pour l’impression des passeports biométriques.

Trois anciens ministres de l’Intérieur, en l’occurrence Ahamada Abdallah (2011-2013), Houssen Hassan Ibrahim alias Jeannot (2013-2015) et Houmed Msaidié (2015-2016) ont été auditionnés dans le cadre de cette affaire. En tout, une quarantaine de personnes seraient impliquées, à des degrés différents, selon une liste établie par la Commission, laquelle est présidée par le vice-président de l’Assemblée nationale, le député Dhoihir Dhoulkamal.

Rebecca Moutien

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