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Violence verbale et hypocrisie électorale à Mohéli

Violence verbale et hypocrisie électorale à Mohéli

Les Mohéliens légalisent la duplicité en période électorale

Par ARM

     Une scène bien étrange. Celui qui vit à l’étranger et qui n’a pas l’habitude d’assister aux petits jeux politiques et électoraux en direct est tout simplement soufflé, ne comprenant pas. La scène a eu sous une véranda à Djoiezi, Mohéli, l’après-midi. Une femme définitivement et irrévocablement rangée politiquement sous la bannière de Mohamed Larif Oucacha aborde un homme avec qui elle a étudié à l’École primaire de Djoiezi, au Collège et au Lycée de Fomboni et lui dit: «Cher camarade de promotion, je viens te voir pour te dire que Mohamed Larif Oucacha est candidat aux élections du Gouverneur de Mohéli. Je t’en parle pour te dire que j’ai besoin de ton aide pour aller à ces élections, et je t’en parle en ta qualité d’ancien camarade de classe». «J’ai entendu», répondit laconiquement l’autre, se mettant à gratter la gorge. Ce qui faisait rire, c’est que la femme, politicienne aguerrie qui en a vu d’autres, savait très bien qu’elle sollicitait l’aide de l’un des plus fervents partisans de la Première Dame, surnommée Maman, elle aussi candidate au Gouvernorat de Mohéli, et que même si Maman n’était pas candidate à l’élection en question, il aurait tout de même voté pour elle. Il s’est alors engagé un monologue de sourds à double sens dans lequel l’homme expliquait à mots couverts à son ancienne condisciple que lui aussi avait fait son choix et qu’il ne fallait pas le «démarcher». Personne ne désarmait et chacun savait l’autre inébranlable. C’est ce qui se passe en période électorale sur une petite île sur laquelle tout le monde connaît tout le monde, y compris les choix électoraux de chacun.

     Déjà, en septembre 2010, Maman était partie voir sa tante, qui n’est autre que l’épouse de Mohamed Hassanaly, le vieux routier de la politique nationale qu’on ne présente plus, et lui avait tenu le petit discours suivant: «Tantine, je suis venue te voir pour te dire que nous devons joindre nos prières parce que ton gendre Ikililou Dhoinine est candidat à l’élection présidentielle de cette année». Très sûre d’elle-même et absolument impériale, la tantine lui avait aimablement répondu: «Oui, joignons nos prières parce que ton oncle Mohamed Hassanaly est, lui aussi, candidat à la même élection». Les choses en restèrent là. Il n’y a pas eu ni clash, ni esclandre. Au premier tour, chacune des protagonistes de la scène est allée voter comme bon lui semblait, et au second tour, il fallait raccommoder les morceaux de porcelaine comme cela se passe toujours. Pourquoi? Parce que quand les gens sont francs, les choses se passent toujours très bien, merveilleusement bien. Seulement, en 2016, à Mohéli, bien de personnes ont juré de ne pas dire la vérité, à commencer par les acteurs politiques eux-mêmes, y compris l’inégalable Ahmed Sambi, qui finance trois candidats à Mohéli pour l’élection gubernatoriale! Pas facile tout ça… Oui, pas du tout facile…

     Et voilà que les électeurs et les électrices eux-mêmes se sont mis dans le jeu de la duplicité, quand on voit des partisans d’un candidat aller jouer les «fidèles» chez les concurrents dudit candidat, histoire de «gratter» un peu. Et quand des femmes du quartier du Lycée de Fomboni électoralement estampillées Mohamed Saïd Fazul partent «gratter» chez Maman en lui faisant croire qu’elles étaient à 100% avec elle, cette dernière voit rouge et leur dit qu’elle connaît par le menu les choix électoraux des uns et des autres, qu’elle n’était pas dupe et qu’il était inutile d’essayer de l’embobiner. C’était chaud. Il est vrai que les Mohéliens peuvent être terribles, mais là, ils poussent le bouchon un peu trop loin. Aller mentir à Maman, qui a un réseau d’information très huilé, il fallait le faire. Et Maman n’a pas aimé qu’on aille essayer de l’embobiner d’une manière aussi vulgaire. Elle l’a fait savoir à ces femmes.

     Pendant que ces péripéties se produisent au grand désespoir des Mohéliens, les acteurs politiques eux-mêmes se comportent d’une drôle de façon, comme le fait Mohamed Ali Saïd, le Gouverneur sortant, interdit de troisième candidature, pour d’évidentes raisons légales. En effet, Mohamed Ali Saïd, qui avait pris des précautions pour que le cousin Bianrifi Tarmindhi soit candidat au cas où sa propre candidature à lui serait logiquement invalidée, est en train de chercher les voies et moyens de soutenir dès le premier tour la candidature de Maman, pour sauver ses arrières, soit des dizaines de villas construites un peu partout à Mohéli, notamment sur des terrains appartenant au domaine public, et avec l’argent des Mohéliens, des commerces frauduleux, des surfacturations, des vols d’argent public à ciel ouvert, en toute impunité. Quand il croyait qu’il avait encore une chance de présenter une candidature pour un hypothétique troisième mandat au Gouvernorat de Mohéli, Mohamed Ali Saïd, qualifié en 2013 de «dictateur africain peu fréquentable» par un journal des Pyrénées-Orientales, s’en prenait vertement à la candidature de Maman. Aujourd’hui, les vents ont tourné. Sa sinistre farce finit le 23 mai 2016, et ça sera bon débarras! Qu’il s’en aille!

     En même temps, le discours de campagne électorale a pris des accents très virulents sur l’île. Tout se dit sur la place. Les gens injurient les candidats comme du poisson pourri. Dans les taxis de Mohéli, on n’entend que des injures et des malédictions envers les candidats pour le Gouvernorat de Mohéli. Les partisans des uns déchirent et jettent les affiches des autres candidats. La tolérance est au niveau zéro à Mohéli. Fait qui n’est pas passé inaperçu, Mme Soifiat Youssouf Bacar, épouse Abdou Djabir, a quitté provisoirement Mayotte et a pris ses quartiers chez elle à Salamani, à Fomboni. Très dynamique, motivée et gonflée à bloc, elle reçoit un monde fou, organise meeting sur meeting et prêche «la bonne parole». Elle est à Mohéli pour promouvoir sans réserves la candidature de Mohamed Saïd Fazul. À l’occasion, c’est-à-dire souvent, elle lance des missiles intercontinentaux sur la candidature de Maman, sans prendre des gants et sans craindre les retombées radioactives de ses armes de destruction massive. L’autre jour à Wanani, Maman lui avait préparé une réponse très piquante, mais une pluie de fin du monde est venue mettre fin à cet échange d’amabilités entre grandes dames. Le climat politique à Mohéli est tellement pourri qu’on se dit que si les choses continuent comme elles ont commencé, l’île finira par brûler au propre et au figuré. Les risques d’affrontement à coups de poings et à la flamme ne sont pas à exclure. La haine est très épaisse à Mohéli en ce moment.

     Et puis, à Salamani, cette mère et grand-mère d’habitude très sage tient un langage qui donne froid au dos. Il faut l’entendre dire sans ciller et avec une sérénité à faire peur: «Toute personne qui mettra son bulletin de vote dans l’urne pour cette femme s’ouvre les portes d’accès direct en enfer. Toute personne qui commettra un geste pour que cette île soit dirigée par une femme ira en enfer». À Mohéli, en période électorale, on entend souvent beaucoup de choses, mais cette fois, les gens vont un peu loin quand même. Voilà qu’on mêle Dieu à des histoires politiciennes. Que devient l’évolution sociopolitique du statut de la femme dans ce micmac de haine à couper au couteau? Ce n’est pas bien. Pourquoi parler de l’enfer alors qu’il s’agit de scrutin et de choses bassement terrestres? On comprend les rancœurs et les rivalités politiques qui ravagent l’île, mais les Mohéliens doivent absolument comprendre que du discours politique fait de violence naîtra la violence physique. Le problème, c’est que les gens de Mohéli ont la rancune tenace et refusent souvent de la jeter à la rivière. À Mohéli, existent encore des haines interfamiliales nées au début du XXème siècle et qui sont restées vivaces. Mohéli est le seul endroit au monde où la politique peut diviser à vie des familles en leur sein. Les Mohéliens ont le tort d’accorder trop d’importance à la politique et aux élections. Critiquer un politicien mohélien est considéré comme une injure adressée à toute une famille.

     Cela étant, il est impératif pour la société mohélienne de se réunir de toute urgence pour se mettre d’accord sur la manière de se comporter au cours de cette période électorale, en pensant à la cohésion sociale à la fin de la mascarade actuelle. Mohéli est en danger. Mohéli brûle. Exagération? Des clous! Une liste de trois candidats à éliminer à tout prix a été élaborée à Fomboni par des acteurs politiques qui comptent. L’un des membres du triumvir a été éliminé: Mohamed Ali Saïd, «le dictateur africain peu fréquentable». Mais, il y a les deux autres. Et comme les deux autres sont parmi les favoris, bonjour les dégâts! Actuellement, il y a une nécessité pour la notabilité de l’île de Mohéli de réunir les candidats aux élections et de leur adresser un message d’apaisement. Il y a urgence parce que certains parlent très mal sur l’île, et ce discours attise la division et la haine entre Mohéliens. Partout où il y a des Mohéliens, ils disent que les élections de 2016 laisseront des morts sur le carreau. Pourquoi? Parce que le discours politique tenu à Mohéli au cours de ce processus électoral n’est pas un discours responsable et d’apaisement, mais un appel au meurtre. C’est un discours de haine mâtiné d’une irresponsabilité totale. Tant d’injures et de menaces pourquoi et pour faire passer quel message? En tout cas, il s’agit d’un message de sang et de mort. Il s’agit d’un message enrobé de soufre et de kérosène. Si rien n’est fait dès maintenant, Mohéli va bientôt prendre feu.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Samedi 30 janvier 2016.

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