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Vous me décevez, Mme Sittou, et vous en avez le droit

Vous me décevez, Mme Sittou, et vous en avez le droit

Un ralliement inutile et contreproductif à Azali Assoumani

Par Saïd Idriss Ibrahim

     La décision ne vous venez de prendre ne vous honore pas cher Madame! Non pas que vous fassiez le choix, légitime, de vous rallier au camp qui est l’antipode des convictions qui, hier, vous ralliaient à celui que vous rejetez aujourd’hui. Mais bien parce que la position que vous prenez, face à ce que vous considérez comme une trahison, n’est pas honorable. Tout au plus, vous venez de vous hisser au même rang que ceux que vous dénoncez, si tenté que vos propos soient justifiés. La description que vous faites de l’homme que vous admiriez hier, j’aurais pu la faire à votre endroit, car moi aussi, comme beaucoup ici, j’éprouvais une grande admiration à votre égard. Femme de combat et de conviction, vous symbolisiez, à vous seule, un certain idéal, pas seulement d’un féminisme combatif, mais aussi d’un pragmatisme conquérant! Ce pragmatisme qui vous fait justement défaut dans votre analyse.

     Aussi, votre déclaration sonne-t-elle comme la fin d’un mythe, celui que beaucoup d’entre nous affectionnaient à votre endroit, depuis que vous avez forcé la porte de l’Assemblée nationale où vous fûtes la première Députée de notre Histoire. Vous venez de nous rappeler que, autant sur cette terre nul n’est immortel, autant dans le monde politique personne n’est infaillible! Vous, qui vous battez pour l’égalité entre femmes et hommes, venez de gagner une bataille, celle de la répartition équitable de l’incohérence politique qu’on croyait exclusive aux seuls politiques de la gente masculine. Ainsi l’incohérence politique transcende-t-elle le genre. Vous êtes prévenus, vous les bien-pensants, donneurs de leçons, des réseaux sociaux et autres espaces d’exposition: écrivez désormais @corrompus aussi avec «ies». C’est grammaticalement correct et politiquement justifié.

     Maintenant, revenons, Madame, à votre «contre-ralliement» à Mougni Baraka Saïd Soilihi, l’homme dont la position du 1er mai lui aurait ôté toutes les qualités que vous lui trouviez le 30 avril! Vous lui reprochez «d’avoir jeté l’éponge» à l’occasion de l’élection partielle, ordonnée par une Cour constitutionnelle qui a estimé que la prise en compte des voix des 14 bureaux, annulés ou saccagés, était nécessaire, non seulement pour le rétablissement du Droit, mais que cela pouvait impacter sur «l’écart entre les 2 candidats» arrivés en tête.

     Qu’on se le rappelle, au cas où certains auraient été frappés d’une soudaine amnésie qu’aucune théorie mathématique ne pourrait, au vue des résultats «provisoires», pour les uns, et «quasi-définitifs» pour les autres, annoncés par la CÉNI, venir modifier la 3ème place qu’occupe le candidat Mouigni Baraka Saïd Soilihi. Face à cette situation ce dernier a usé de la seule qualité que son amie Madame Sittou s’est gardée de citer: le pragmatisme. Oui, à l’heure où l’enjeu est le classement des 2 premiers candidats, Mouigni Baraka Saïd Soilihi a fait le choix de la raison et qui semble conforme à ses convictions.

     Cette position que nos compatriotes, vivant en France, connaissent mieux que quiconque, puisqu’elle aura permis d’éviter à certaines régions de tomber dans les mains du Front national. Non, loin de moi l’idée de comparer la coalition CRC-Juwa avec le FN, même si le qualificatif de «Mbushi» qui a été très largement admis et régulièrement utilisé par certains azaliste, pour renvoyer à celui qui a consacré toute sa vie au service des Comores, à son territoire de naissance, s’apparente de l’expression d’une «xénophobie» rampante.

     Non! Ce que je voudrais dire à Madame Sittou est que, comme l’intéressé l’a affirmé lui-même, il y a le camp qui prône l’unité nationale, la réconciliation, l’apaisement et la tolérance et il y a celui qui qui surfe sur la guerre civile, la revanche, le règlement de comptes. Mouigni Baraka Saïd Soilihi n’a pas changé. Il a tout au plus fait le choix du front républicain. Vous, si, Madame! Vous venez de changer en faisant le choix du camp d’un ancien putschiste. Vous cautionnez, par ce geste, la stratégie d’arrangement conclue par vos désormais admirables hommes politiques Azali Assoumani et Ahmed Sambi, qui hypothèque la démocratie dans notre pays. Azali Assoumani 2002/2006-Ahmed Sambi 2006/20011-Azali Assoumani 2016/2021-Sambi 2021/2026. Tel est le sort auquel par une fatwa azalo-sambien notre pays devrait être voué!

     À ce stade de mes propos, je voudrais attirer l’attention de nos cadres politiques anjouanais, en particulier, du danger de laisser leur choix de 2021 se vendre à crédit. L’élection d’Azali Assoumani aurait été une grosse épine dans la chaussure de tous et toutes d’entre vous, Anjouanais et Anjouanaises, qui aspirez à un mandat national en 2021. Et comme il vaut mieux prévenir que guérir, vous voilà prévenus. Le sort de 2021 est scellé dans le pacte Azali Assoumani-Ahmed Sambi.

     Madame Sittou, vous dites que 2021 aurait pu porter à la tête de la nation, par votre surprenant ralliement, vous faites le mauvais choix. Vous «likez» le scandaleux pacte. Surprenante décision, dis-je? Oui Madame et à plus d’un titre. Je n’en citerai que 2, eu égard à ce que vous reprochez à Mouigni Baraka. Vous dites vous désolidariser de lui car vous n’acceptez pas le fait qu’il n’ait pas consulté son parti et ses partenaires! Oh! Quel péché n’a-t-il pas commis là! Voyons! C’est vrai qu’Azali Assoumani et Ahmed Sambi, auprès desquels vous courez, avaient consulté, à bulletins secrets de surcroît, leurs partis respectifs avant de s’allier et signer le pacte de la vente du prochain tour d’Anjouan! Eux sont des vrais démocrates.

     Surprenante votre déclaration, car condamnant le positionnement de votre ancien candidat sur le principal argument qu’il ne fallait pas jeter l’éponge, vous n’appelez pas vos électeurs à maintenir leur vote, sans doute parce que le candidat se retire, mais alors pourquoi ne pas vous abstenir ou appeler au vote nul? Certes, vous n’aurez pas été suivie par des électeurs anjouanais qui, conscients qu’entre les deux camps en compétition, il y a celui qui voulait leur ôter leur droit de vote et celui qui s’est battu pour le leur ramener et, qu’à moins d’un syndrome de Stockholm généralisé, ils sont déterminés à voter pour ce dernier. Mais une telle position, Madame, vous aurez au moins mis à l’abri de ce qui nous paraît, ici, relever d’un prétexte fallacieux pour justifier votre ralliement aux anesthésistes politiques. Mince! Je voulais écrire «azalistes»!

     Assumez donc votre choix, Madame, sans user de subterfuges en tentant d’imputer cette lourde responsabilité à celle d’un Mouigni Baraka Saïd Soilihi dont l’Histoire retiendra le pragmatisme politique et le sens de la responsabilité.

Par Saïd Idriss Ibrahim

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© www.lemohelien.com – Dimanche 8 mai 2016.

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